Publié dans éditions Albin Michel, corruption, Danemark, délinquance, harcèlement moral, maltraitance, Passion polar nordique, pouvoir politique

Passion polar nordique: Profanation, Jussi Adler-Olsen.

Dans cette seconde enquête, le département V est confronté à un crime vieux de vingt ans dont les ramifications au sein de la bourgeoisie remontent jusqu’au présent.

L’auteur:

téléchargementCarl Valdemar Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois né à Copenhague en 1950, auteur d’une série de romans policiers intitulée « Les Enquêtes du Département V » commencée en 2007 avec Miséricorde.

Le roman:

Profanation, Fasandræberne en version originale parue en 2008, a été publié en France en 2012 par les éditions Albin Michel et en 2014 par Le Livre de Poche dans la collection Policier/Thriller. Dans cette seconde enquête du Département V, l’auteur raconte son histoire dans un style sobre, sans effets particuliers, un peu comme dans un article de journal. Le ton est désabusé, empreint de désillusion.éditions albin michel

Toutefois, fait suffisamment rare dans la littérature policière scandinave pour le souligner, Profanation se distingue par les innombrables traits d’humour qui émaillent son récit pratiquement à chaque page, issus des réflexions du personnage principal: « Au deuxième étage, ils avaient encore tout déménagé. Putain de réforme de la police. Bientôt Carl aurait besoin d’un GPS pour trouver le bureau du chef de la brigade criminelle. » (Page 20)… »Assad sortit un bloc et nota l’information. Son assistant n’allait pas tarder à faire son boulot à sa place. Carl attendait ce jour avec impatience. » (Page 45)… »Il eut l’impression que son sang se mettait à bouillir et gelait en même temps. Cinq ordres contradictoires partirent de sa moelle épinière et se répandirent dans sa structure moléculaire: fais tomber ta gomme, efface le dernier point sur ta liste, éteins ta cigarette, efface l’expression débile que tu as sur la figure, ferme la bouche. » (Page 148)… »Le vacarme venant du salon, une cacophonie de roulements, de craquements et d’explosions, faisait penser à un troupeau d’éléphants qui auraient décidé de vandaliser son mobilier Ikea déjà très éprouvé. » (Page 385).

Construction: un prologue très court écrit au présent, contrairement au reste du roman écrit au passé. L’ancrage dans la réalité habilement mis en place grâce aux flashs infos concernant la situation en Birmanie et en Afghanistan, tout en intégrant l’intrigue du roman: « Un reportage sur le régime militaire en Birmanie défilait sur le grand écran…La détresse des soldats danois en Afghanistan passait à l’arrière-plan de l’actualité…Les images sur l’écran changèrent de nature. Pour la vingtième fois, la télévision diffusa celles de l’explosion de la bâtisse sur la voie de chemin de fer à la hauteur d’Ingerslevsgade. Tout le trafic ferroviaire avait été interrompu, plusieurs caténaires pulvérisés. » (Pages 341-342).

L’intrigue:campagne

Eté 1987. Quelques semaines après le carnaval. Les cadavres d’un frère et de sa soeur, respectivement âgés de dix-sept et dix-huit ans, avaient été retrouvés dans une maison de campagne située dans le nord du Sjaelland, tabassés à mort. L’arme du crime avait été retrouvée dans un parterre de bruyère tout proche. Les soupçons s’étaient rapidement orientés vers un groupe de pensionnaires d’une école privée réputée, surnommé « la bande de l’internat, issus de la classe dominante fortunée. Sans preuve, l’affaire avait été classée.

Vingt ans plus tard. Carl trouve le dossier de cette mystérieuse affaire sur son bureau comme si quelqu’un voulait qu’il reprenne les investigations. Pourtant, neuf ans après les faits, Bjarne Thogersen, seul de la bande issu d’un milieu modeste, se dénonce et est condamné. Dès lors, quel intérêt de rouvrir l’enquête? Carl, intrigué par les nombreuses zones d’ombre, relève le défi, sans envisager une seconde que cette nouvelle enquête le conduira dans les cercles très fermés des milieux d’affaires et de la haute bourgeoisie où corruption et vices mènent la danse.

Quel rôle ont joué, vingt ans plus tôt, les trois hommes les plus puissants du Danemark? Pourquoi Kimmie, leur ancienne camarade devenue une SDF camée, cherche à se venger d’eux? Quels sombres secrets se cachent dans leurs luxueuses villas, prétentieuses et  froides?

Les personnages:

maison de campagne
Maison de campagne
  • Carl Mock: lieutenant de la police criminelle de Copenhague depuis 10 ans; électron libre, grande gueule, très peu apprécié de ses collègues et de sa hiérarchie; ne permet jamais à quiconque de décider pour lui.
  • Hafez al-Assad: assistant et homme à tout faire de Carl; originaire de Syrie.
  • Rose Knudsen: secrétaire de Carl.
  • Marcus Jacobsen: chef de la criminelle; homme désordonné à la pensée bien structurée; n’oublie jamais le moindre détail.
  • Lars Björn: adjoint de Marcus; excellent inspecteur, grande expérience, taux d’élucidation d’affaires élevé.
  • Kirsten-Marie Lassen, surnommée Kimmie: SDF, camée; seul membre féminin de la bande de l’internat.
  • Ditlev Pram: bel homme sûr de lui, fondateur de plusieurs cliniques privées de chirurgie plastique; issu d’une riche famille; ancien membre de la bande de l’internat.
  • Ulrik Dybbol-Jensen: célèbre analyste financier; obtient toujours ce qu’il veut; ancien membre de la bande de l’internat.
  • Torsten Florin: designer mondialement reconnu; ancien membre de la bande de l’internat.
  • Bjarne Thogersen: seul membre de la bande de l’internat issu d’un milieu modeste.
  • Kristian Wolf: sixième membre de la bande de l’internat.
  • Tine la Rate: SDF, camée, copine de Kimmie.
  • Johan Jacobsen: fils de l’inspecteur de la PJ chargé de l’enquête des meurtres de 1987 et petit ami de la jeune fille assassinée.
  • Bent Krum: avocat de Ditlev, Ulrik et Torsten.
  • Aalborg: détective privé au service de Ditlev.
  • La bande de l’internat: six jeunes gens issus de la haute bourgeoisie bourré de fric, copenhagen-3963975__340enfermés dans une prestigieuse école privée dont ils ne sortent que pour les vacances, négligés par des parents bien trop occupés par leurs petites personnes pour s’intéresser à leurs rejetons qu’ils laissent livrés à eux-mêmes: « Ce n’était pas l’ivresse qu’ils recherchaient. C’était le défi. Ils voulaient juste cracher à la gueule de l’autorité sous toutes ses formes en faisant ce qu’ils imaginaient de pire. Fumer du hasch juste derrière l’établissement scolaire très strict dans lequel ils étaient pensionnaires était sans doute la plus grave des transgressions. »(Page 29)…Mais bientôt, ils passeront à la vitesse supérieure, en quête de jouissances plus fortes: « Ditlev s’approcha du gamin, qui était allongé par terre. Il le regardait avec curiosité. La réaction de ce sale gosse le fascinait. Il leva brusquement la main comme s’il voulait le taper, mais l’enfant ne réagit toujours pas. Ditlev lui asséna une violente gifle sur la tête…Ditlev le frappa à nouveau. C’était une sensation merveilleuse. Ditlev souriait…Des années après, Ditlev avait raconté que frapper ce garçon l’avait fait jouir pour la première fois de sa vie. » (Pages 31-32) =>L’auteur décrit avec maestria la descente aux enfers de ces jeunes gens désœuvrés, laissés à l’abandon par leurs parents, livrés à leurs pires instincts, sans pour autant leurs trouver des excuses improbables, décortiquant quel processus a pu les mener jusqu’au crime…

En conclusion:copenhague

Le +: une vision du Danemark à contre-courant des images d’Epinal que nous prenons souvent pour argent comptant: le Danemark, petite monarchie sans histoire, sans problèmes économiques ou sociaux. Jussi Adler-Olsen nous montre que tout n’y est pas si simple, avec la petite pointe d’ironie qui le caractérise.

Avec cette seconde enquête, le romancier danois monte en puissance. La maîtrise d’une enquête policière, des personnages originaux et convaincants, une intrigue bien menée, le monde fermé de la haute bourgeoisie habilement esquissé, le style efficace sont autant d’atouts qui confèrent à Profanation un indéniable statut de valeur sûre du polar scandinave. A lire sans aucun délai…

Citations:

« Carl connaissait des inspecteurs de police qui n’avaient même pas survécu un an après avoir cédé leur place à d’autres forçats de l’uniforme. Cette époque était heureusement révolue. Aujourd’hui, même les flics voulaient avoir le temps de découvrir le monde et de voir leurs enfants grandir. » (Page 44).

« Le pas lourd des chasseurs marchant de part et d’autre de Ditlev se fit plus volontaire. Certains d’entre eux avaient un besoin vital de ce petit shoot d’adrénaline qu’ils venaient chercher dans la brume matinale. Une seule pression sur la gâchette de leur fusil avait le pouvoir de les rendre heureux pendant plusieurs jours. Ils gagnaient des millions mais n’étaient réellement satisfaits que lorsqu’ils avaient l’occasion d’anéantir un être vivant. » (Page 79).

« Quand ils furent sortis, ils s’arrêtèrent un moment pour contempler la bâtisse du dehors. Carl avait un sentiment de malaise. Cette affaire était une goutte de mercure. Dangereuse et insaisissable. Floue et terriblement réelle à la fois. Toutes ces années passées, cet homme qui était venu se rendre. Ces gosses de riches qui tenaient encore aujourd’hui le haut du pavé. » (Page 96).

 

7 commentaires sur « Passion polar nordique: Profanation, Jussi Adler-Olsen. »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s