Publié dans éditions Hugo Thriller, cadavre, enquête criminelle, erreur judiciaire, Irlande, Passion polar, profiler, secrets de famille

Passion polar: Les Liens du Sang, Olivia Kiernan.

Je n’ai qu’un mot pour qualifier ce second roman de l’Irlandaise Olivia Kiernan: MA-GIS-TRAL !!!

L’auteur:

téléchargementOlivia Kiernan est une romancière et blogger irlandaise née dans le comté de Meath. Elle a obtenu un diplôme en écriture créative à l’université du Sussex. Elle vit actuellement en Angleterre.

Le roman:

Les liens du sang, The Killer in me dans la version originale parue en avril 2019, a été publié en octobre 2019 par les éditions Hugo thriller. Le style est net, direct, un peu brut parfois, mais le ton intimiste est tout simplement addictif…comme tout le roman téléchargementd’ailleurs! Le récit est raconté à la première personne au présent, du point de vue du commissaire Sheehan qui raconte les étapes de son enquête chronologiquement. =>Cette immédiateté de l’action que l’on suit en direct crée un suspense parfois à la limite du soutenable.

Le rythme, dans lequel chaque détail compte, est volontairement lent; une telle enquête ne pouvant se résoudre en deux temps trois mouvements, l’auteur respecte l’allure des investigations de l’équipe d’enquêteurs: « Je tends la main, le laisse me précéder dans l’église. Il hésite, échange un regard inquiet avec madame Berry, prêt à changer d’avis un court instant. Puis avec une tape de réconfort sur le bras de la vieille dame, il se ressaisit et s’avance vers l’église. Je sais exactement à quel moment il découvre les corps. Il ralentit l’allure, le rythme de ses pas se perd. Il plie le bras, se couvre la bouche. » (Page 35)… »Je prends la cassette, la retourne. Au dos, une étiquette jaune adhésive: Interrogatoire de Sean Hennessy, 13 août 1995. Je me lève et retourne dans ma chambre. Au fond de ma penderie, je déniche un vieux lecteur de cassettes. Je le ramène au salon, le dépose sur la table basse, souffle sur les boutons pour le dépoussiérer, et j’y insère la cassette. Je pets mon téléphone en mode enregistrement, et je lance la lecture. » (Page 208).  => On a envie d’appuyer sur la touche « Avance rapide », de secouer Frankie et de lui dire: « Allez, dépêche-toi!! Je veux savoir la suite!! »

Thème principal: l’erreur judiciaire et ses conséquences parfois incalculables, posant la question: la prison est-elle une fabrique à criminels? La réponse d’Olivia Kiernan a au moins le mérite de toucher du doigt les aspects éthiques du problème.buildings-1867550__340

Le fil rouge: la pluie, omniprésente comme un personnage secondaire incontournable: « Il pleut à verse. Des rideaux de pluie, des vagues qui bouchent l’horizon. »; ainsi que l’omniprésence de la mer, grise, parfois houleuse, que l’on aperçoit en second plan tout au long du roman.

L’intrigue:

Août 2012. Sean Hennessy, condamné à quinze ans de prison pour le meurtre sauvage de ses parents et pour avoir presque tué sa petite soeur de dix ans,  a été libéré quatre mois plus tôt. A l’époque des faits, il était âgé de quinze ans. L’association de Tanya, brillante avocate pénaliste, La justice en question, convaincue que l’enquête de l’époque a été bâclée, décide de reprendre le dossier afin de prouver l’innocence du jeune homme, innocence qu’il a toujours clamée. Tanya, qui possède de nouveaux éléments, demande à sa belle-soeur, le commissaire Sheehan, un avis non officiel.

Deux cadavres sont retrouvés dans l’église Sainte-Catherine de Clontarf, zone urbaine au nord de Dublin: une femme torse nu et un homme, sans doute mort depuis plus

état d'irlande
état d’Irlande

longtemps, revêtu d’un costume noir de prêtre. Le cadavre de l’homme a vraisemblablement été entreposé quelques jours dans un endroit réfrigéré, ce qui signifie que quelqu’un a dû constater son absence. Hors, aucune disparition n’a été signalée récemment. Sur les lieux du crime, la scientifique ne relève aucune empreinte, aucun indice, sinon une trace blanche dans la traînée de sang s’écoulant du cadavre de la femme, indiquant qu’il y avait à cet endroit un objet qui, depuis, a disparu.

S’il s’avère que le jeune homme est innocent des meurtres de sa famille, la Garda se retrouvera face à un procès et contrainte à verser une indemnité compensatoire de plusieurs millions. C’est pourquoi Frankie cherche un lien quelconque entre cette ancienne affaire et le double meurtre de Contarf. Si elle parvient à prouver l’implication de Sean Hennessy, tout ira bien. Mais la commissaire commence à avoir des doutes quant à la culpabilité du jeune garçon dans le meurtre de ses parents. Certains détails ne collent pas. Dès lors, il va lui falloir reprendre tous les éléments des deux enquêtes en prenant le risque de réveiller des démons endormis depuis longtemps…

Bureau des Enquêtes spéciales: bureau monté trois ans plus tôt pour faire face aux enquêtes compliquées, pour lutter contre le crime à l’échelon national. Divisé en quatre secteurs où sont affectés les meilleurs inspecteurs de la Garda.

L’association La Justice en question: son but est de sélectionner les affaires dont elle pense qu’il y a eu erreur judiciaire lorsqu’il y a de nouveaux éléments ou que des pistes ont été négligées.

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Dublin côte

Méthode de profilage de Frankie: afin de comprendre la psychologie du tueur dans le but de l’appréhender, Frankie se met dans sa peau; elle observe les scènes de crime du point de vue du tueur et non de celui des enquêteurs ou de la victime: « Alors je l’imagine. Le tueur. Penché sur les cadavres, il place les membres sanglants dans la position qu’il souhaite…Je le sens derrière moi, juste contre ma nuque. Il observe. Il m’observe pendant que j’examine son oeuvre; son souffle est encore là, dans l’air confiné de l’église. » (Page 29)… »Les photos de la scène de crime s’étalent sur mon bureau. Debout face à elles, j’étudie les victimes. Nous sommes nos comportements, nos actions, et un tueur n’échappe pas à la règle. Une scène de crime peut nous en dire beaucoup sur son auteur. » (Page 37).

Les personnages:

  • Frankie Sheehan: commissaire-divisionnaire à la Garda; spécialiste du profilage.
  • Jack Clancy: directeur adjoint de la police; patron et ami de Frankie.
  • Barry Harwood: surnommé Baz; co-équipier de Frankie; a travaillé à la balistique avant de revenir à la Criminelle; prudent mais capable de monter en première ligne si nécessaire.
  • Steve Garvin: inspecteur; n’agit pas sur le terrain; spécialiste en technologies modernes.
  • Flood Helen: inspectrice scrupuleuse et empressée, veut bien faire.
  • Keith Hickley: chef de l’équipe scientifique; œil de lynx et grande gueule.
  • Abigaïl James: médecin légiste de Whitehall, la morgue de Dublin.
  • Tanya West: avocate pénaliste très douée dont l’objectif est d’obliger la justice à être irréprochable; dirige l’association La justice en question.
  • Sean Hennessy: ancien détenu; a purgé une peine de dix-sept ans pour le meurtre de ses parents.
  • Cara Hennessy: petite soeur rescapée de Sean.
  • Père Patrick Healy: curé de Clontarf.

Les lieux:

clontarf
Clontarf

L’essentiel de l’intrigue se déroule à Clontarf, quartier du nord de la capitale de l’état d’Irlande qui longe la côte. C’est la ville natale du commissaire Sheehan, un lieu qu’elle connaît comme sa poche, ce qui devrait faciliter ses investigations…Ou pas, selon les circonstances. Un lieu dominé par le vent de mer, la puanteur des algues, les embruns chargés de sel et d’iode.

Scène de crime dans l’église: protégée par de gros ormes, l’édifice est fermé par une double porte de chêne ouvrant vers l’intérieur; la banalité d’un lieu de culte confronté à la violence: « Des livrets de messe entassés dans une boîte en carton sur la droite. Une poignée de confetti, oubliés, sous la première rangée de bancs. Une pile de paniers églised’osier prête à s’écrouler derrière la porte…A côté d’elle une seconde victime, un homme. Mort. Aussi mort qu’on puisse l’être. Depuis plusieurs jours, selon les apparences. La mort a marbré ses mains, sa figure. » (Pages 21-22).

En conclusion:

Le +: un aperçu très réaliste du travail de la police, du déroulement d’une enquête: « Nous sommes encore du bon côté de l’affaire. Tout est net, propre, qui nous attend. Pas d’erreur commise, pas encore. On peut travailler avec l’illusion qu’en faisant les choses dans les règles, la solution va nous venir bien gentiment. » (Pages 41-42)… »Au début d’une enquête, il est facile de garder son énergie et de se convaincre qu’on a la main. Certaines se déroulent comme ça, d’ailleurs. Sous la moindre pierre que vous soulevez, vous trouvez des tas d’indices.  » (Page 319).

Le ++: les passages de profilage sont particulièrement intéressants. La grande maîtrise de l’auteur dans l’analyse de la scène de crime fait que parfois on oublie que nous sommes dans une fiction. C’est tout simplement passionnant!!images

Les liens du sang est assurément le meilleur polar que j’ai lus cette année: tout contribue à le rendre parfait: une intrigue particulièrement bien ficelée, sans aucune fausse note ni incohérence; une finesse d’analyse rarement égalée; des personnages à la psychologie complexes, représentés avec beaucoup de profondeur; un travail d’investigation et de police au plus proche de la réalité. Un véritable coup de cœur!!!

Citations:

« Dans mon boulot, il y a des moments où je dois m’asseoir face à un véritable assassin. Lui serrer la main, lui parler. Lui laisser croire que nous sommes à égalité, que son esprit n’est pas si différent du mien. c’est un exercice subtil: que ce soit vrai ou non, je dois lui laisser croire que c’est lui qui contrôle les choses -surtout s’il a effectivement les choses en main, en fait. » (Page 9).

« Je reviens une fois de plus aux victimes. A cette scène de crime -littéralement- que le tueur a laissée, et je repense à la manière dont les corps ont été disposés. A la préparation que ça a dû demander. Ce sont les enquêtes comme ça qui donnent des insomnies aux flics. Non seulement parce qu’elles sont terriblement révoltantes, mais aussi parce que la première chose qui me vient à l’esprit en voyant cette scène, c’est qu’il va y avoir d’autres meurtres. » (Page 29).

« Elle était devenue une spécialiste de la dérobade. Elle se fuyait elle-même, en espérant que tous les autres l’éviteraient également. N’y regardez pas de trop près, c’était ça l’idée. » (Page 141).

« Parfois, quand on regarde de trop près dans la gueule du mal, on peine à détourner les yeux. On se dit qu’en attendant encore un peu, nos yeux vont s’adapter, qu’on va pouvoir voir le fond de cette noirceur, la comprendre. C’est tentant. Addictif. Et pendant qu’on reste planté là, on ne remarque même pas que cette noirceur se referme sur nous et qu’on est en train de disparaître. » (Page 191).

« Baz offre au prêtre un sourire rassurant. La psychologie d’un interrogatoire est particulière. Nous cherchons à faire penser aux témoins et aux suspects comme le père Healy que nous sommes de leur côté. En nous appuyant sur la capacité humaine à toujours croire que le pire ne peut pas se produire. Que quoi qu’ils nous disent, il ne leur arrivera rien. Et parce que tous les humains veulent y croire, ils finissent par se mettre à parler. » (Page 246).

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