Publié dans éditions Calmann-Lévy, manipulation politique, secrets de famille

Passion lecture: Terminus Garabit, Sylvie Baron.

Plus qu’un récit de Terroir, Sylvie Baron pousse ici un cri d’alarme vibrant d’humanité: il y a urgence à sauver et rendre vie aux régions rurales, garantes de notre patrimoine et de notre richesse culturelle…

L’auteur:

Sylvie Baron est un écrivain, mais, mais aussi professeur, passionnée de littérature, amoureuse des jardins à l’anglaise, de la nature et des grands espaces.C’est pourquoi, elle téléchargement (1)a choisi de s’installer en  Haute Auvergne  pour poursuivre son travail d’écriture.

Admiratrice des « grandes dames du crime » comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou Patricia Mac Donald, elle a à cœur de retracer cette atmosphère si particulière des romans dits à énigme avec des personnages forts et  attachants et des intrigues diaboliques.

Ses histoires proposent des fictions ancrées dans le présent et s’inscrivent pour la plupart dans ce territoire si fort du Cantal.

Le roman:

Terminus Garabit a été publié par les éditions Calmann-Lévy en 2019 dans la collection Territoires. Le style est vif et chantant, jouant avec les mots, au ton juste et au téléchargementvocabulaire précis: « Le huissement strident des milans qui tournoyaient dans le ciel ainsi que des odeurs subtiles de terre travailleuse, de foin coupé et de pierres chaudes réveillèrent dans sa mémoire des souvenirs enfouis, des souvenirs heureux, des rires d’enfance. » (Page 29)…un rien bucolique: « Les flancs des collines flamboyaient d’orange et d’or. Garabit, comme un arc-en-ciel, semblait vouloir les réconcilier sous son arche. Les colchiques tendres et discrets émaillaient les prairies, les nuages jouaient avec les cimes, les parfums des bruyères mauves et des grandes fougères se mêlaient pour rebondir ensemble dans l’air doux et paisible. » (Page 124).

Thèmes chers au cœur de Sylvie: la tradition en opposition au progrès aveugle; la qualité de vie et la lutte sociale pour la survie des régions rurales; l’enseignement. Thèmes développés avec toujours autant de grâce bien que j’ai noté une approche moins poétique, plus amère et plus tranchante que dans les précédents romans, un changement subtil, diffus, qui ne se remarque pas de prime abord mais qui démontre un engagement plus percutant. Comme si l’auteur voulait démontrer à ses lecteurs l’urgence d’une prise de conscience…

L’intrigue:

saint-flour.jpg2015. Marc, le petit parisien devenu prof d’histoire, se fait muter à Saint-Flour, afin de commencer une nouvelle vie. Besoin de se ressourcer? D’affronter son passé qui, quoiqu’il en dise, le hante? La maison de famille ayant été vendue après le décès de sa mère, il s’installe à Saint-Flour même.

Marc retrouve ses copains de vacances mais ses vingt années de silence volontaire les ont éloignés de lui. Simon et Gloria sont mariés mais la jeune femme, suite à un mystérieux accident dont personne ne parle, survenu huit ans plus tôt, a perdu l’usage de ses jambes. Pourtant, son handicap n’a en rien entamé sa beauté ensorcelante.

Peu à peu, mû par le désir de réconciliation, de renouer avec ses anciens amis, Marc tente de combler le fossé qui désormais les sépare. C’est la raison pour laquelle il se rapproche de la petite Pauline, qui vivait dans l’ombre de sœur, devenue une charmante jeune femme…Rapprochement que Gloria ne voit pas d’un très bon œil…

Pourtant, les questions ne tardent pas à surgir: qui est responsable de l’accident de Gloria? Est-ce en rapport avec le combat qu’elle mène contre la fermeture du guichet de la gare, combat auquel Marc s’associe? Ou est-ce en rapport avec cette fameuse nuit d’été sur le viaduc, nuit qui a scellé la fin de leur amitié? Le danger guette, tapi dans les ruelles de la petite cité médiévale, dans les chemins creux, dans les bois…

Les personnages:

  • Marc Tourette: professeur d’histoire, inventif et apprécié de ses élèves , consciencieux dans son travail, âgé de 35 ans; difficile à vivre, méfiant envers la gent féminine, désabusé.
  • Clothilde: grand-tante de Marc.
  • Simon Védrine: ami d’enfance de Marc, sage-femme, timide, voix hésitante, mais courageux dans ses choix, père aimant, époux dévoué; piètre bricoleur, mauvais jardinier.

    cantal 1
    Cantal
  • Gloria: épouse de Simon, amie d’enfance de Marc; ancienne conductrice de train; forte tête, courageuse, femme de conviction qui aime prendre le pouvoir, régenter et protéger les autres; une battante qui attache beaucoup d’importance à l’estime de soi.
  • Patrick Bernier: propriétaire des cars Bernier, ancien amoureux de Gloria.
  • Pauline: jeune sœur de Gloria; fleuriste.
  • Garance: fille de Gloria et Simon âgée de quinze ans; de caractère insoumis.
  • Xavier: frère de Simon, quarante ans; sans travail régulier; délicatesse d’un bulldozer sous ses airs de baroudeur et de dur à cuire.
  • Joseph: syndicaliste, ami de Gloria.
  • Le viaduc rouge:  viaduc ferroviaire permettant le passage des gorges de la
    gorges de la truyère.jpg
    Gorges de la Truyère

    Truyère, construit par Gustave Eiffel, ouvert en 1884, classé monument historique en 2017. Au cœur du passé et de la vie des personnages.

Les lieux:

Les lieux de ce roman sont chargés d’histoire, vibrant d’une vie intérieure, porteurs de mémoire, d’un patrimoine riche dont on croise les traces à chaque pas, comme la petite ville de Saint-Flour: « La chaleur, la pureté de l’air, la douce quiétude qui régnaient sur la ville l’apaisèrent peu à peu. Après avoir tourné en connaisseur autour de la cathédrale en admirant son austère architecture qui lui conférait un air de noblesse, il prit le chemin des écoliers pour descendre jusqu’au Faubourg, le quartier bas, qui s’étalait paresseusement le long de l’Andet. » (Pages 28-29) =>Les décors sont évoqués non pour remplir des pages de descriptions, mais pour apporter profondeur et sens au récit , comme lorsque Sylvie Baron aborde l’épineux sujet de la confrontation entre région sinistrée et modernité: « Aujourd’hui, tous ces hameaux ont bien changé, il n’y a plus de commerces, plus d’école. La plupart des hôtels autour de Garabit sont fermés ou crèvent, et on appelle ça le progrès!! (…)Finis les flux automobiles qui passaient au pied du viaduc, maintenant on se contente de l’admirer depuis l’autoroute et ça suffit à tout le monde. Finis aussi les trains de voyageurs ou de fret. La ligne est foutue et le pays avec, si tu veux que je te dise mon opinion! » (Pages 30-32).

                    Gustave Eiffel et Léon Boyer

En conclusion:

Le -: Les portraits des personnages principaux manquent malheureusement de profondeur, de subtilité, telle Gloria, la femme dominatrice, écœurante de cynisme; Pauline, bien qu’elle tente de vivre sa propre, reste en réalité la petite sœur soumise à son aînée; Simon, le mari faible et complaisant; Marc, le parisien désabusé. Cela dit, les motivations, les frustrations et les déceptions qui les animent éclairent le récit et font avancer l’intrigue dans un sens que l’on ne peut soupçonner avant la fin.

Le +: j’admirerai toujours cette façon subtile de distiller les informations concernant les protagonistes, même les plus anodines, au compte-gouttes, dans le but d’attiser la curiosité du lecteur, par exemple, en ce qui concerne la profession de Simon.

Le ++: cette formidable aptitude à exprimer les différents points de vue, avec sa connaissance aiguë du sujet, sans jamais juger ni donner son avis, bien qu’il soit aisé de le saisir. Il s’agit de recentrer le débat régional au niveau national afin de lui donner une dimension et une audience plus importantes, de s’attaquer aux préjugés avec finesse et cette pointe d’humour qui caractérise le style de Sylvie Baron dont on sent la bienveillance sous la colère et l’indignation.

Citations:

pont de garabit
Viaduc de Garabit

« Je reste très nostalgique de l’époque où le viaduc générait une vie intense. Les trains ont bercé mon enfance, la voie ferrée était le cordon vital de toute la région. Elle assurait le transit vers Paris aussi bien pour les gens, que pour les bêtes, les marchandises, les matières premières. Ah, j’en ai vu des wagons, de jour, de nuit, des convois exceptionnels, il y en avait alors de la vie dans le coin, crois-moi! » (Page 31).

« J’aime bien ce que fais, ça a du sens pour moi, mais évidemment avec ce métier je n’échappe pas au sexisme ordinaire. Que veux-tu, un homme faisant un « travail de femme » est considéré comme faible, sans ambition, on aura toujours tendance à le rabaisser, tout comme un homme au foyer, remarque. » (Page 43).

« Je préfère les stabulations modernes aux étables qui puaient. Les agriculteurs maintenant sont aussi branchés que toi, ils suivent les cours du bétail sur Internet et communiquent par smartphone. Arrête donc de nous prendre pour des arriérés. Je constate moi que les gens sont plus riches et mieux soignés qu’avant. Tu dis qu’il n’y a plus de vie dans les campagnes mais tu n’as pas vu les armées de randonneurs qui sillonnent nos chemins, et pas seulement l’été! » (Page 117).

« D’un côté, on nous vante la « mobilité géographique » comme remède aux blocages économiques, et paradoxalement on s’oriente vers une réduction des moyens de cette mobilité dans les territoires ruraux pour de simples raisons d’économie. On a rationalisé les cartes universitaires, judiciaires, hospitalières, obligeant les citoyens à plus de déplacements pour accéder aux services publics. On ne peut pas, dans le même temps, restreindre l’offre de mobilité. Les transports, c’est aussi de l’aménagement du territoire. Il faut arrêter de raisonner avec une politique comptable du ratio de voyageurs. » (Pages 162-163).

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