Publié dans Angleterre, éditions J'ai Lu, crime, espionnage, homicide, homosexuel, Passion roman historique, roman historique

Passion roman historique: Lord John Grey, tome 1: Une affaire privée, Diana Gabaldon.

« Celui qui dîne avec le diable a intérêt à se munir d’une longue louche »: proverbe écossais qui en dit long sur les aventures de Lord John Grey narrées dans ce premier tome.

L’auteur:

téléchargementDiana Gabaldon, née le 11 janvier 1952 à Flagstaff dans l’Arizona, est une romancière américaine. Son père est originaire du Nouveau-Mexique tandis que sa mère, anglaise, est originaire du Yorkshire. Elle vit à Scottsdale avec son mari Doug Watkins et leurs trois enfants. Elle est la mère de l’écrivain de fantasy Sam Sykes. elle est titulaire d’une licence de zoologie, d’un master de biologie marine ainsi que d’un doctorat d’écologie.

Elle est l’auteur de la série Le Chardon et le Tartan, également appelée Le Cercle de Pierre, Outlander en anglais. La série spin-off Lord John Grey reprend les aventures d’un personnage secondaire apparaissant dans plusieurs tomes de Outlander.

Le roman:

Une affaire privée, Lord John and the Private Matter en version originales parue en 2003, a été publiée en version française en 2003 par les éditions Presses de la Cité puis par les téléchargement (1)éditions J’ai Lu en 2019. L’histoire est racontée à la 3e personne du point de vue de John Grey. Le rythme soutenu est imprimé par de nombreux dialogues vivants, des détails de la vie courante parfaitement intégrés dans le récit…: « Grey acquiesça et déposa son chapeau à côté de lui pour ne pas l’écraser. Quarry passa la tête par la fenêtre et hurla ses instructions au cocher avant de se laisser retomber sur la banquette crasseuse avec un soupir. Puis, haussant légèrement la voix pour se faire entendre par-dessus les grincements de la voiture et le claquement des sabots sur le pavé, il reprit… » (Page 49).

…Ainsi que de nombreuses scènes d’action bien rodées: « Un violent coup de coude dans le ventre le prit par surprise. Il chancela vers l’arrière et piétina involontairement le gros orteil du prêtre. Celui-ci se mit à sautiller à cloche-pied, lâchant de brèves imprécations blasphématoires dans ce que Grey supposa être un dialecte irlandais…Le claquement sec d’une gifle retentit dans la ruelle, suivi d’un concert de cris stridents, tandis que les femmes se jetaient l’une sur l’autre toutes griffes dehors. » (Page 76).

Thèmes: espionnage et homosexualité masculine au XVIIIe siècle: « La perte de son emploi et la ruine de sa réputation étant le moindre de ce qui pouvait lui arriver. La prison, la flagellation publique et le pilori étaient tout aussi probables. En outre, si l’on découvrait que ses mœurs répréhensibles l’avaient conduit à violer son devoir de discrétion…il pourrait s’estimer heureux s’il échappait à la pendaison pour haute trahison. » (Page 316).

Actualité historique: tout au long du roman, l’auteur sème des indices historiques sous

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Robert Clive

forme d’anecdotes parfaitement intégrées au récit, permettant au lecteur d’appréhender le contexte politique et social dans lequel se déroule l’histoire: la domination anglaise sur les Indes imposée par le major-général Robert Clive; la situation internationale tendue suite à la signature du premier Traité de Versailles qui renversa le jeu des alliances entre les puissances européennes; signature du second Traité de Versailles qui vit le renforcement de l’alliance franco-prussienne au vif déplaisir de l’Angleterre: « La Grande-Bretagne disputant un bras de fer permanent avec la France pour asseoir sa suprématie sur les trois continents, les militaires avaient de beaux jours devant eux. » (Page 19); limogeage du Premier ministre Pitt qui défraya la chronique; les

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Robert Clive

conséquences du  conflit entre la Prusse et la Saxe: « La Prusse et la maison de Hanovre, naturellement, s’étaient ralliées à l’Angleterre, alors que le duché de Saxe avait choisi de s’engager aux côtés de la France et de la Russie pour soutenir sa voisine l’Autriche. Un colonel anglais qui fréquentait un bordel appartenant à une Allemande dont on ignorait l’origine et l’allégeance exactes, et de surcroît impliquée dans une affaire criminelle, risquait de se faire taper sur les doigts et avait tout intérêt à ce que cela ne parvienne pas jusqu’aux oreilles des instances supérieures. » (Page 252).

=> Une reconstitution historique dépeinte avec beaucoup de naturel: les coutumes, les costumes, les décors, les différentes classes sociales, des anecdotes, les pensées et les émotions de John Grey permettent une immersion totale dans l’époque au point qu’on en oublie l’endroit où nous nous trouvons. Diana Gabaldon possède un pouvoir d’évocation quasi hypnotique, par exemple lorsqu’elle raconte la rencontre avec Bowles: « Il faisait très chaud dans la pièce, en dépit de la fenêtre ouverte. La chemise de Grey était littéralement plaquée à son dos et la sueur lui picotait les tempes. Il aurait voulu s’essuyer le front avec sa manche, mais la présence de cet étrange personnages le contraignait à limiter ses mouvements à des hochements de tête, tout en veillant à se tenir droit et attentif. » (Page 224).

L’intrigue:

ancien londresLondres. Juin 1757. Lord John Grey, aristocrate et officier supérieur de l’armée de sa Majesté Georges II, est témoin d’un fait pour le moins inquiétant concernant Trevelyan, le fiancé de sa cousine. Son frère aîné se trouvant à l’étranger, c’est à lui qu’incombe de traiter ce problème en préservant au mieux les intérêts de sa famille.

C’est alors que le sergent O’Connell trouve la mort au cours d’une rixe. Mais il s’avère que le sergent n’était pas l’homme probe que tout le monde croyait: des papiers importants ayant disparu quand ils étaient cantonnés à Calais, Hal Grey, le soupçonnant d’être un espion sans que l’on sache à la solde de qui, avait chargé le valet de Trevelyan de le suivre afin de le démasquer, circonstance qui complique la position de John.

Mais ce dernier reste introuvable. Dès lors, John Grey part à sa recherche en même temps qu’il tente de comprendre qui a tué O’Connell et pour quel motif, et de résoudre le cas Trevelyan au mieux des intérêts de sa cousine. Ces deux enquêtes ont-elles un lien?

Les personnages:

  • Lord John Grey: 27 ans, major dans l’armée royale.
  • Joseph Trevelyan: fiancé de la cousine de John Grey; toujours élégamment vêtu, d’une nonchalance raffinée; possède des parts dans la Compagnie des Indes Orientales.
  • Malcolm Stubbs: lieutenant du régiment et ami de John Grey; apprécié de ses hommes.
  • Quarry: colonel ami de John Grey; caractère direct, manières souvent brutales; fin psychologue bien qu’indolent de nature.; apprécie la bonne chère et le bon vin.
  • Olivia Pearsall: cousine de John Grey, orpheline sous la tutelle du frère aîné de John, fiancée de Trevelyan.
  • Finbar Scandon: apothicaire irlandais.
  • Jack Byrd: valet de Trevelyan.
  • Tom Byrd: frère de Jack; nouveau valet de John Grey.

Les lieux:

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Saint-James Park

Tout comme les événements historiques et les détails de la vie quotidienne, les décors du récit bénéficient d’une documentation sérieuse, permettant une reconstitution soignée et précise, que ce soit pour décrire un lieu où se déroulent certaines scènes, comme le Beefsteak, club de John, ou la ville de Londres de 1747: « St Jame’s Park était la chasse gardée des grands bourgeois et des aristocrates, le jardin où les jeunes, les riches et les gens à la mode paradaient…Vauxhall était un quartier haut en couleurs, rempli de théâtres et de foires, très fréquenté par des dames de la nuit et des Molly fardées, venus égayer les nombreux bals masqués qui s’y donnaient…Devant eux pointaient les lumières de Piccadilly. Les rues s’élargissaient, les boutiques de drapiers et de commerçants remplaçant les vieilles pensions délabrées et les tavernes des artères plus étroites proches de Queen Street. A cette heure du soir, les rues étaient remplies de piétons, de chevaux et de voitures. » (Pages 258-260).

En conclusion:

Une Affaire Privée présente tous les atouts d’un excellent roman historique, de ceux qui font la différence: une reconstitution vivante, des scènes rocambolesques ( quand les deux « veuves » se crêpent le chignon devant le cercueil d’O’Connell), des tableaux et des portraits tellement criants de réalisme que l’on s’y croirait; un sens aigu de la mise en scène, comme au cinéma: la tension dramatique de la scène où John Grey achève un soldat britannique.

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Vieux Londres

Le +: les discussions entre John Grey et Quarry à propos des circonstances, des motivations et des conséquences du meurtre d’O’Connell donnent une réelle profondeur au récit.

Le plus gros coup de cœur de cette année littéraire déjà riche en émotions et lectures de qualité. Mais là, j’avoue qu’on atteint un autre niveau. N’ayant pas lu la saga « Outlander », je découvre ici le talent de Diana Gabaldon et je suis littéralement séduite. Suite au prochain épisode qui, croyez-moi, ne saurait tarder…

Citations:

« Il était passé le voir plus tôt dans la journée, l’invitant à un dîner suivi de divers « divertissements libidineux », afin d’enterrer comme il se devait sa vie de garçon. Trevelyan avait cordialement accepté l’offre d’un repas entre amis, mais avait affirmé avoir juré à sa mère sur son lit de mort qu’il ne fréquenterait jamais de prostituées. Quarry écarquilla les yeux: -Quel genre de mère parlerait de putains sur son lit de mort? » (Pages 58-59).

« Il se pouvait que celui-ci l’ait tué pour récupérer son argent et faire taire un témoin gênant, mais dans ce cas, pourquoi ne pas éliminer le sergent tout de suite et lui prendre les papiers avant la tractation? » (Page 73).

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Mode masculine 1750

« Jamie Fraser lui avait décrit un jour le purgatoire, cette conception catholique d’un lieu avant le jugement, où le sort d’un être pouvait être modifié par les prières récitées et les messes données en son nom. C’était peut-être vrai. Un lieu où l’âme attendait après la mort, alors que toutes les actions accomplies durant sa vie finissaient leur parcours, les conséquences inattendues et les complications se succédant comme un jeu de dominos qui s’effondre à l’infini. Mais cela signifiait qu’un homme était responsable non seulement de ses actes, mais de tout le bien et le mal qui pouvaient en découler éternellement, involontairement et de manière imprévisible: uns perspective effrayante. » (Page 202).

« Se contenter d’annoncer la dissolution de leurs accords matrimoniaux ne suffirait pas. Sans une bonne raison proclamée haut et fort, des rumeurs se propageraient comme un feu de forêt, et elles étaient la ruine des jeunes filles à marier. A défaut d’une explication, on penserait que Joseph Trevelyan avait découvert une grave faille chez sa fiancée. Dans les couches supérieures de la société, les promesses de mariage n’étaient ni faites ni retirées à la légère. » (Page 238).

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