Publié dans Angleterre, angoisse, éditions Harper Collins, harcèlement, maltraitance, Passion polar historique, secrets de famille

Passion polar historique: L’affaire Birdie Barclay, Mick Finlay.

L’important, dans l’histoire, c’est toujours ce que les gens ne veulent pas qu’on sache.

L’auteur:

mick finlayMick Finlay, né à Glasgow et élevé au Canada et en Angleterre, est un romancier britannique. Il a exercé de nombreux petits boulots, tenu un petit étal sur Portobello Road, travaillé dans un cirque itinérant, été garçon boucher, portier, et occupé diverses fonctions à la National Health Security et dans les services sociaux avant de devenir professeur d’université où il enseigne la psychologie. Il a publié des travaux sur la persuasion et la violence politiques, sur la communication verbale et non-verbale et sur le handicap.

Le roman:

L’affaire Birdie Barclay, second opus de la série consacrée au détective privé Arrowood, harper collinsThe Murder Pit dans la version originale parue en 2018, a été publié par les éditions HarperCollins France en 2019. Le premier roman de la série, intitulé Arrowood, signe l’acte de naissance de ce personnage enquêteur aussi atypique et peu sympathique que son concurrent Sherlock Holmes, mais de façon différente.

L’histoire est racontée à la première personne par Barnett, l’ami fidèle d’Arrowood, tout comme Watson racontait les exploits de Sherlock Holmes. Le fil rouge de L’affaire Birdie Barclay est d’ailleurs les nombreuses allusions à Holmes qu’Arrowood, quoiqu’il en dise, envie quelque peu: « …Ce charlatan a simplement inventé son diagnostic, gronda-t-il en tournant brutalement la page. Immédiatement, ses sourcils se froncèrent davantage, un grognement monta du fond de sa gorge. Je jetai un coup d’oeil au journal pour voir ce qui le perturbait. Lord Saltire retrouvé sain et sauf. Sherlock Holmes résout le mystère. « Le meilleur détective de tous les temps », déclare le duc d’Holdernesse. » (Page 34)… »Holmes travaille sur des indices physiques, il se sert de sa fameuse logique, mais j’ai constaté de mon côté que beaucoup d’affaires ne présentent pas d’indices. Il faut alors étudier les gens. Et les gens ne sont pas logiques, précisément. leurs émotions ne sont pas logiques, Pour élucider ces affaires, il faut connaître ces personnes. » (Page 59).

L’intrigue:

Depuis six mois qu’elle est mariée au fermier Walter Ockwell, Birdie Barclay, jeune femme déficiente mentale qui agit exactement comme on le lui demande, n’a donné aucun signe de vie à ses parents. Craignant que sa belle-famille l’empêche de les voir, ils engagent Arrowood afin qu’il mène une enquête.

imagesIl semblerait que la famille Ockwell la manipule, voire la maltraite, mais dans quel but? Cela aurait-il un rapport avec la déchéance de la ferme depuis la port du patriarche? Pour autant, les parents de la jeune femme semblant eux aussi cacher quelque chose. Pourquoi affirment-ils vivre dans leur maison depuis cinq ans alors qu’il n’y ont emménagé que deux mois plus tôt?

Plus Arrowood essaie de creuser l’affaire, plus le mystère s’épaissit. Où est passée la vieille madame Gillie, disparue subitement après avoir renseigné le détective sur d’éventuelles disparitions d’enfants de la ferme? Et pourquoi le sergent Root, policier du village, refuse-t-il d’enquêter sur cette disparition inquiétante alors que les indices disent clairement qu’il lui est arrivé quelque chose de fâcheux?

Pourquoi les Barclay mentent-ils à propos de leur situation et du mariage de Birdie? Quel sombre secret dissimulent-ils? Norman et Arrowood vont devoir faire preuve d’opiniâtreté et de ruse pour démêler le faux du vrai dans cette affaire complexe.

Les personnages:

  • Norman Barnett: fidèle ami et assistant d’Arrowood; narrateur.house-2187170__340
  • William Arrowood: ancien journaliste, détective privé; gentleman cultivant une haute opinion de lui-même, répugne à demander des émoluments pour ses services; perçoit les autres plus nettement que quiconque.
  • Birdie Barclay: jeune femme déficiente mentale; épouse de Walter Ockwell.
  • Walter Ockwell: fermier, mari de Birdie; homme assez rustre qui peut perdre son sang-froid quand il est pris de boisson.
  • Rosanna Ockwell: soeur de Walter, célibataire; très pieuse et instruite; dirige la maison Ockwell.
  • Godwin Ockwell: frère de Walter et Rosanna.
  • Polly: épouse de Godwin.
  • Neddy: messager d’Arrowood; âgé de onze ans; chargé de nourrir ses deux petites sœurs.
  • Spice-Hogg: révérend, magistrat municipal à Catford où se trouve la ferme des Ockwell.
  • Ettie: soeur d’Arrowood; ex-infirmière, travaille pour une association dont la mission consiste à sauver des jeunes femmes en perdition.
  • Isaiah Petleigh: inspecteur de police, ami d’Arrowood.
  • Lewis: ami d’enfance d’Arrowood; travaille dans une armurerie.
  • Root: policier de Catford; homme de basse extraction, peu éduqué.

Les lieux:

Les décors du roman bénéficient de descriptions succinctes mais soignées, parfois très évocatrices, reconstituant le Londres de la fin du XIXe siècle:

pubPub Willows, QG d’Arrowood: ce n’est pas l’endroit le plus raffiné du monde mais Arrowood et Barnett y ont conduit bon nombre de leurs affaires, et la propriétaire, Rena Willows, a un faible pour le détective.

Catford: ancien village agricole rongé peu à peu par Londres, envahi par de nombreux chantiers de construction: « dans la rue principale, après les petites maisons qui jouxtaient la gare, de grosses villas poussaient comme des champignons; habitées par des commerçants prospères ou des hommes d’affaires négociant au centre ville. Les zones les plus pauvres étaient repoussées dans l’ombre des entrepôts du tram et de la forge, et les familles de laboureurs y vivaient dans des cabanes pouilleuses et humides… » (Page 23).

Ferme Ockwell: « Deux granges, une étable, quelques abris en tôle ondulée rouillée effondrés, et de l’autre côté une vaste demeure. Tout semblait délabré (…)Un tas de crottin grand comme une calèche reposait contre l’un des cabanons…Tout semblait à moitié abandonné: la boue mouchetait les murs jusqu’au toit. Les cheminées étaient fissurées, tordues. Pourri par plaques entières, le chaume semblait déchiqueté. » (Pages 26-27)woods-690415__340

Reconstitution du sud de Londres de l’époque: ville populeuse dont les rues grouillaient de fiacres, souvent la proie d’un brouillard pénétrant…un quartier pauvre dont certains bâtiments servaient d’asiles de nuit.

En conclusion:

Le +: très au fait des méthodes de l’époque pour soigner les « fous »: « Les surveillants savaient maîtriser des forcenés, c’était même leur métier, on les sélectionnait pour ça. J’avais entendu parler des traitements qu’ils faisaient subir à ces malheureux pensionnaires, dans un de ces endroits. » (Page 190)…la façon dont ils étaient considérés: « Ils ne ressentent pas les choses comme nous…Leurs sens sont comme engourdis. Vous savez que leur cerveau fonctionne à peine en cas de froid? Le meilleur endroit pour lui, c’est un asile, ou une ferme, un endroit où on peut le contrôler. » (Page 206).

L’affaire Birdie Barclay recèle tous les ingrédients qui font un bon polar historique: le sens de la mise en scène, des scènes d’action bien huilées, des décors évocateurs, une époque minutieusement reconstituée, des personnages bien campés. Un roman qui se lit tout seul tant son propos et la manière de la traiter sont passionnants.

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« Un pasteur ne peut se laisser aller ainsi avec ses fidèles, donc, la plupart du temps, il boit seul. Boire seul est honteux. Cela le renvoie à ce qu’il est. Boire à plusieurs lui évite ce désagrément. Voilà pourquoi il est toujours désireux qu’on lui rende visite, parce que nous sommes des étrangers, sans lien avec ses fidèles. Nous lui permettons de boire, et il se fiche de ce que nous en pensons. » (Pages 169).

« L’important, dans l’histoire, c’est toujours ce que les gens ne veulent pas qu’on sache. » (Page 214).

« Je me dépêchai de rejoindre la gare. Il trotta derrière moi sans cesser de grogner. Nous n’échangeâmes pas un mot, jusqu’à ce que nous soyons installés dans le train, parmi les gens qui se rendaient en ville pour les courses du samedi. Il faisait peine à voir. Son œil au beurre noir ressemblait à une palette de peintre. Violet et bleu, rouge et doré, gonflé comme une citrouille. Ses moustaches tombaient, son nez rond et rouge avait une allure de patate bouillie. Ses cheveux gras luisaient de crasse. Son manteau boueux était assorti à son pantalon déchiré. » (Page 247).

« Qui de nous peut se targuer de connaître les autres? En fin de compte, il s’agit seulement de savoir à qui l’on fait confiance. » (Pages 404-405).

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