Publié dans Angleterre, angoisse, éditions J'ai Lu, disparition d'adolescent, enquête criminelle, fantômes du passé, Passion thriller

Passion thriller: L’homme craie, C.J. Tudor.

Premier roman très prometteur. Assurément une nouvelle plume de référence du thriller britannique…

L’auteur:

c j tudorCaroline J. Tudor est une romancière britannique. Née à Salisbury, ville située dans le Wiltshire à une dizaine de kilomètres de Stonehenge, elle a grandi à Notthingham, cité de l’est des Midlands, où elle vit toujours avec son compagnon et sa fille.
Après avoir exercé divers métiers,  journaliste, serveuse, rédactrice en chef, vendeuse, scénariste, voix-off et présentatrice TV, l’idée lui est venue d’écrire l’histoire de son premier roman. Forte de son succès, elle publie son deuxième roman, La disparition d’Annie Thorne, en 2019.

Le roman:

L’homme craie, The Chalk man en version originale parue en 2018, a été publié par les téléchargement (1)éditions J’ai Lu. Raconté à la première personne selon deux axes temporels: 1986 au passé (passages en italique); 2016 au présent. Le style est simple, privilégiant le mot juste dans des descriptions soignées: « J’ai grimpé les marches étroites. Le palier donnait sur une minuscule pièce d’eau aux murs et au sol verts. De petits tapis orange pâle avaient été soigneusement disposés au pied de la baignoire et devant la cuvette des WC. On avait fixé un modeste placard miroir au-dessus du lavabo »(Pages 177-178).

Le scénario, basé sur les souvenirs de l’enfant Ed racontés trente ans plus tard, transmettant les événements à travers le regard d’un enfant de douze ans, me fait penser à la nouvelle semi-autobiographique de Stephen King intitulée Le Corps, publiée dans le recueil Différentes saisons en 1982, admirablement réalisée par Rob Reiner en 1986, évoquant une aventure initiatique vécue par quatre jeunes garçons.

Le rythme est volontairement lent, laissant au lecteur le temps de s’imprégner des lieux, des personnages, des situations… Peu à peu, l’auteur distille les éléments du puzzle qu’Eddie s’efforce de reconstituer trente ans plus tard: Nicky qui déteste son père; la mère d’Eddie qui pratique des avortements; le pasteur qui désapprouve; Sean qui connaît le secret de leur langage codé; la colère du père d’Eddie…

…jusqu’à ce que le drame éclate et que tout s’accélère.

L’intrigue:

1986. Un terrible accident se produit lors de la fête foraine. Eddie aide Monsieur Halloran à sauver Elisa.

Deux mois plus tard, au cours de la fête d’anniversaire de Gavin copain d’Eddie, son père frappe le pasteur.

bonhomme baton.jpgEddie lance l’idée d’inventer un langage codé à l’aide de petits bonshommes dessinés à la craie pour que les membres de leur bande se laissent des messages secrets, connus d’eux seuls. Quelques semaines plus tard, le drame qui va changer leurs vies à jamais éclate…

2016. Le retour de Mickey à Anderbury met le groupe en émoi. Il revient après vingt ans d’absence pour demander à Eddie de l’aider à écrire un livre révélant la vérité sur les événements qui se sont produits trente ans plus tôt. Pourquoi demande-t-il à Eddie de ne pas parler de leur entrevue aux autres?

Eddie reçoit une enveloppe mystérieuse dont le contenu l’intrigue: aucun mot, seulement un bonhomme dessiné en bâtonnets avec un nœud coulant autour du cou. Qui est l’auteur de ce message? Quelle en est la signification? Un avertissement? Une menace?

Qui a dessiné des bonshommes de craie sur l’ardoise du foyer de la cheminée dans le salon d’Eddie? Est-il somnambule ou l’homme craie est-il de retour, comme en 1986?

Les personnages:

Présent:

  • Eddie: professeur d’anglais, 42 ans, endetté; puéril, immature et égoïste; collectionneur compulsif.
  • Chloé: locataire d’Eddie; à l’aise en toutes circonstances.
  • Gavin: ami d’enfance d’Eddie; handicapé moteur; corps très musclé.
  • David Hopkins: ami d’enfance d’Eddie, plombier
  • Mickey: ami d’enfance d’Eddie; travaille dans une agence de pub; créatif, se sort de toutes les situations.
  • Nicky: seule fille de la bande; fille du pasteur.

Passé:

  • Monsieur Halloran: professeur d’anglais très doué, drôle et intéressant; dessine pendant ses heures de loisir.
  • Père d’Eddie: allure de hippie sur le retour; journaliste free lance.
  • Mère d’Eddie: médecin, pratique des avortements.
  • Père de Nicky: pasteur de l’église locale.
  • Sean: frère aîné de Mickey; petit voyou.

Les lieux:

village anglaisLa totalité de l’intrigue se déroule à Anderbury, petite ville de l’Oxforshire, dont C. J. Tudor donne un aperçu peu reluisant, campant un décor factice, en réalité morne et propice à tous les drames: »Comme quantité de petites villes, Anderbury ressemble à une carte postale, vue de l’extérieur, avec ses rues pavées au charme désuet, ses salons de thé, sa cathédrale presque célèbre, son marché deux fois par semaine, ses nombreux parcs et ses promenades le long de la rivière…Mais si vous grattez le vernis…hors saison, le taux de chômage est élevé. Des bandes de jeunes qui s’ennuient traînent dans les rues commerçantes et dans les parcs. Des filles-mères poussent des bébés hurlants le long de l’artère principale… » (Page 40)…

…Comme le terrain de jeux hanté, où il faisait continuellement sombre et froid, même les jours de soleil.

En conclusion:

Le +: La façon particulière de C. J. Tudor d’entretenir le suspense en émaillant son récit d’allusions à un événement dramatique qui s’est passé trente ans plus tôt et dont les cinq gamins ont été plus ou moins témoins, mais dont on ignore tout, les informations n’arrivant qu’au compte-gouttes.

Un premier roman très prometteur, montrant les réelles capacités de la romancière britannique à ficeler une intrigue de thriller troublante et sombre, distillant savamment l’angoisse gagnant peu à peu le lecteur.

Citations:craie

« Il faisait chaud, le jour de la fête. Comme, semble-t-il, tous les jours de cet été-là. Je suis sûr que ce n’était pas le cas, qu’un prévisionniste -un vrai, pas comme mon père – aurait dénombré autant de jours pluvieux, couverts ou franchement minables que n’importe quelle autre année. Mais la mémoire est étrange et le temps s’écoule différemment aux yeux d’un enfant. » (page 56).

« Il y a des choses dans la vie que l’on peut influencer -le poids, l’apparence, même le nom -, mais d’autres sont immuables, peu importent les efforts que l’on consente. Ces choses sont celles qui nous façonnent. Celles sur lesquelles nous n’avons aucune prise. » (Page 70).

« Les principes, c’est bien. Quand on en a les moyens. J’aime à croire que je suis un homme de principes, mais la plupart des gens pensent ça d’eux-mêmes. Le fait est que nous avons tous un prix, tous un bouton sur lequel appuyer pour nous faire faire des choses peu honorables. Les principes ne paient ni les traites ni les dettes. Les principes sont en réalité une monnaie de singe au quotidien. Un homme de principes, c’est en général quelqu’un qui a déjà tout, ou qui n’a rien à perdre. » (Page 125).

« On croit vouloir des réponses. Mais en réalité ce que nous voulons, ce sont les bonnes réponses. Nous posons des questions dont nous attendons en retour la vérité que nous voulons entendre. Le problème, c’est qu’on ne peut pas choisir ses vérités. La vérité a cette habitude d’être simplement la vérité. Le seul choix que nous ayons, c’est d’y ajouter foi ou non. » (page 255).

2 commentaires sur « Passion thriller: L’homme craie, C.J. Tudor. »

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