Publié dans cadavre, chien renifleur, Dossiers police scientifique, enquête criminelle, Non classé

Dossier n° 19: La capture des odeurs.

Des policiers pas comme les autres, sans arme ni uniforme, très poilus au demeurant, mais avec un flair surdéveloppé…Devinez !!

1-Unité unique en France.

Depuis quelques années, l’odorologie, « science » des odeurs, est en train de s’imposer comme un auxiliaire indispensable de la police scientifique. Son principe, simple, repose sur le fait que chaque individu exhale une odeur qui lui est tout aussi spécifique que ses empreintes digitales. Provenant des bactéries de la peau, ces effluves sont impossibles à dissimuler complètement. Un criminel peut faire disparaître l’arme du crime, effacer ses empreintes, nettoyer ses traces biologiques. Mais il lui sera impossible de masquer sa « signature odorante »!!

Car il est inutile de tenter de la masquer en s’aspergeant de parfum, brouillage qui ne trompera pas les chiens, dont la sensibilité leur permet de distinguer les fragrances parasites pour se concentrer exclusivement sur la signature odorante d’un suspect. L’extraordinaire flair des chiens renifleurs provient de leurs cellules olfactives dix fois plus nombreuses que celles de l’homme. A leur contact, les molécules odorantes déclenchent des modifications chimiques qui excitent le nerf olfactif connecté au cerveau. Or, l’aire cérébrale dédiée au traitement des signaux olfactifs représente plus de 10% du cerveau canin contre seulement 0,3 % du cerveau humain.

2-Policiers canins.

Vous l’aurez compris, nous parlons ici de curieux policiers qui ne portent ni uniforme, ni arme de service, et pour cause: il s’agit de chiens renifleurs !!

La SDPTS, sous-direction de la police technique et scientifique, basée à Ecully, près de Lyon, exploite cette incroyable capacité canine en faisant renifler aux chiens une odeur piégée sur une scène de délit afin de la comparer à celle d’un suspect. Une méthode utilisée et éprouvée en Hongrie depuis les années 1970, mais importée chez nous seulement au début des années 2000. Vidra et Tolatos, les deux premiers chiens de l’unité, ont été formés là-bas. Du coup leurs maîtres chiens ont appris le hongrois afin de leur donner les commandements dans leur langue natale.

Aujourd’hui, bien que les six chiens que compte l’unité soient pour la plupart nés en France, on continue de leur parler en hongrois. L’autre particulier de ces enquêteurs canins est qu’ils n’interviennent jamais sur les lieux des crimes. En effet, les traces odorantes sont piégées dans les soixante-douze heures suivant le crime ( au-delà, l’odeur risque d’être indétectable) par l’un des 540 techniciens scientifiques spécialement formés à cet effet. Pour emprisonner une odeur, le spécialiste applique un textile stérile sur la surface à prélever, par exemple un siège de voiture, lui-même recouvert par une feuille d’aluminium pendant une heure. La feuille d’aluminium provoque un effet thermique qui favorise le transfert moléculaire entre le tissu piégeur d’odeur et la surface ciblée. Une heure plus tard, la feuille d’aluminium est retirée et le tissu conservé dans un bocal.

3-Un textile spécial.

Lorsqu’un individu est suspecté, on lui demande de malaxer deux bandes de tissu dans chacune de ses mains pendant dix minutes afin que son odeur s’imprègne correctement. Il s’agit d’un tissu spécialement conçu pour la fixation des odeurs, importé de Hongrie. Si l’on sait que ses fibres sont essentiellement composées de viscose, un polymère artificiel dérivé de la cellulose, dont la porosité a été expressément développée pour une conservation optimale des odeurs, enduites ensuite d’un dérivé de paraffine, on ignore la recette précise, jalousement conservée par les Hongrois. La police française a consacré deux années de recherche mais les tissus réalisés n’ont pas été concluants. Les chiens avaient plus de difficultés à reconnaître les odeurs qu’avec le tissu hongrois.

4-Odorothèque.

Tous ces échantillons sont soigneusement conservés dans une « odorothèque » contenant plus de 7000 bocaux conservés dans trois salles maintenues à une température entre 18 et 24 degrés, à un taux d’hygrométrie constant. Les trois salles regroupent les échantillons relevés sur des lieux de crime, sur des suspects, mais également ceux servant à l’entraînement des chiens.
En effet, afin de ne pas perdre le « nez », ils doivent s’adonner à une pratique quotidienne. Contrairement aux chiens travaillant pour les Stup, le travail des chiens de l’unité canine ne repose pas sur la mémorisation des odeurs, mais sur la comparaison de fragrances différentes. Leur truffe doit donc être stimulée en permanence dans des conditions rigoureusement identiques à celles d’une enquête véritable.

5-Entraînement.

Afin que les chiens conservent leurs repaires, l’identification se déroule toujours dans la même pièce, dans les locaux de la SDPTS. Une fois à l’intérieur, le chien est invité à plonger sa truffe dans le bocal contenant le prélèvement que l’on veut analyser. Ensuite, son maître lui ordonne de se diriger vers la ligne d’identification, matérialisée par cinq autres bocaux ouverts, distants d’environ un mètre. Tous ces récipients contiennent des traces d’odeurs corporelles, mais un seul est imprégné de celle du suspect. La parade d’identification peut alors commencer.

Si le chien identifie une odeur dans un bocal, il se couche devant. Néanmoins, son travail ne s’arrête pas là. Après avoir récompensé son animal, le maître chien procède à une vérification sur une « ligne à vide », dans laquelle l’odeur du suspect n’est pas présentée. Pour que l’étape suivante soit validée, le chien ne doit donc pas s’arrêter. Ensuite, on réintroduit l’odeur du suspect dans l’un des bocaux. Si le chien parvient à nouveau à la débusquer, un autre animal entre en scène afin de recommencer toutes les étapes.

Une fois que les deux chiens ont obtenu deux résultats positifs et réalisé le test à vide, dans un ordre aléatoire, les enquêteurs peuvent être certains que le suspect était bien sur les lieux du crime. Pourtant, cet indice laisse les juges perplexes, à la différence des traces corporelles laissées par les empreintes digitales ou des fragments d’ADN, pouvant être facilement matérialisées. Les odeurs demeurant invisibles et impalpables, les magistrats n’y ont que peu recours.

6-Un mystère scientifique.

Il faut avouer à leur décharge que le mécanisme d’identification d’une odeur par le chien demeure un mystère scientifique, tout comme sa capacité à filtrer les molécules « parasites » qui ne participent pas à la signature odorante.

Pourtant, moins de 1 an après son entrée en vigueur, l’odorologie a permis à un groupe de la SDPTS de confondre un suspect en 2004, en Charente, dans une affaire de viol. Dans son témoignage, la fillette, victime du violeur, avait indiqué que son agresseur l’avait fait monter dans sa voiture. Les odeurs relevées dans le véhicule concordant avec la signature corporelle du suspect, celui-ci finit par avouer son crime.

Depuis, les chiens renifleurs ont suivi plus de 400 affaires ayant abouti à la mise en cause de 140 suspects.

7-Un stress énorme.

Mais gare au surmenage pour nos fidèles policiers canins!! Car l’exercice leur demande une concentration extrême qui génère un gros stress. En effet, alors qu’un berger menant une vie bien tranquille vit à peu près jusqu’à 12-14 ans, l’espérance de vie des chiens renifleurs n’excède généralement pas 8 ans en moyenne.

Durant l’été 2013, une étude a été menée avec l’école vétérinaire de Lyon afin de mieux cerner l’impact physiologique d’une telle activité sur la santé des chiens. Certains pensent à les remplacer par des machines, mais pour cela il faudrait connaître tous les ingrédients et mécanismes de l’odeur humaine dont les chercheurs pensent qu’elle serait composée de pas moins de 300 molécules. Quand on sait que seulement une centaine serait identifiées à ce jour, nos amis renifleurs ne sont pas près de prendre leur retraite!!!

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