Publié dans éditions Albin Michel, crise économique, Danemark, disparition d'adolescent, enquête criminelle, humour noir, Passion polar nordique

Passion polar nordique: Délivrance, Jussi Adler-Olsen.

Disparition d’enfants, sectes et intégrisme religieux sont au programme de la troisième enquête du département V dans un style toujours aussi addictif…

L’auteur:

téléchargement.jpgCarl Valdemar Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois né à Copenhague en 1950, auteur d’une série de romans policiers intitulée « Les Enquêtes du Département V » commencée en 2007 avec Miséricorde, et continuée avec Profanation.

Le roman:

Délivrance, Flaskepost dans la version originale parue en 2009, a été publié par les éditions Albin Michel en janvier 2013, puis par Le Livre de Poche en 2015, ainsi qu’en livre audio la même année. Le style est d’une grande simplicité: l’auteur raconte son histoire sans s’encombrer d’effets de style, un peu comme dans un compte-rendu journalistique. Le ton est désabusé, empreint de désillusion, d’un certain fatalisme face à la nature humaine.éditions albin michel.jpeg

Humour: comme je l’ai souligné dans les chroniques présentant les deux premiers opus de la série, les romans de Jussi Adler-Olsen se distinguent par les innombrables traits d’humour, parfois cyniques et décapants, qui émaillent le récit, fait plutôt rare dans la littérature policière scandinave: « Nous avons peut-être une touche à Ballerup », annonça-t-elle avec un air de triomphe mal dissimulé et des morceaux de brioche entre les dents. « Je suis portée par les ailes de la chance, ces jour-ci. Mon horoscope m’avait prévenue. » Carl leva sur elle des yeux remplis d’espoir. Peut-être ses ailes allaient-elles la transporter directement dans la stratosphère où elle pourrait méditer à son aise sur sa bonne fortune. » (Page 162)… »La dondon pesait une tonne, lui répondit son beau-fils, tout en buvant son jus d’orange à même le carton. La prescience de Nostradamus n’allait pas assez loin dans le temps pour prédire le jour où ce garçon saurait se servir d’un verre. » (Page 16).

Toutefois, Délivrance, plus sombre, laisse à l’humour une place moins importante, ce qui ne signifie pas qu’il en est exempt, en témoigne le fil rouge du roman: la mouche qui importune Carl dans son bureau : « Carl entendit un bourdonnement et vit la mouche se poser sur le plafond au-dessus de sa tête. Et voilà, c’était parti pour une nouvelle séance de provocation! » (Page 458).

fanatisme religieux.jpgThème: les sectes religieuses, le fanatisme inhérent et les dégâts qu’il peut causer: « Le fanatisme religieux faisait toujours autant d’adeptes qui, à l’instar de ses parents, se montraient incapables de comprendre ce qu’aimer son prochain signifie vraiment. » (Page 422).

L’intrigue:

2002. Une lettre dans une bouteille échoue en Ecosse, près de l’archipel d’Orkney. Un expert pense qu’elle a été envoyée du Danemark. Mais la bouteille séjournera quelques années dans le bureau de l’inspecteur britannique avant d’échouer à Copenhague, au département V treize années plus tard. Mais Carl est perplexe. Pourquoi s’intéresser à cette lettre ridicule, sans doute une plaisanterie de gamins désœuvrés.

Alors que la capitale danoise est la proie d’incendies criminels sans que la police nebouteille à l amer.jpg parvienne à arrêter les responsables, Assad fait le rapprochement avec une ancienne affaire: quatorze plus tôt, un incendie avec mort d’homme, vraisemblablement d’origine criminelle, leur avait donné du fil à retordre. Le cadavre était tellement carbonisé qu’aucun prélèvement n’avait été possible. Personne n’avait été porté disparu. Tous les cadavres trouvés sur les lieux des incendies portaient à l’auriculaire de la main gauche une curieuse trace. Que signifie cette trace? S’agirait-il d’un gang? D’un réseau de fraude à l’assurance? Dans ce cas, comment expliquer la présence de cadavres carbonisés au point de rendre toute identification impossible?

Pendant ce temps, Carl parvient à reconstituer une partie du message contenu dans la lettre. Apparemment, son auteur lançait un appel au secours. Que s’étai-il vraiment passé? Qui l’a écrite? Quand? Et pourquoi la jeter à la mer? Finalement, les membres du département V parviennent à identifier l’auteur du message qui semble avoir disparu de la surface de la terre sans refaire surface depuis ce jour de février 1996, treize ans plus tôt. Jusqu’au jour où….

Les personnages:

L’équipe:

  • Carl Morck: lieutenant de la police criminelle de Copenhague depuis 10 ans; électron libre, grande gueule, très peu apprécié de ses collègues et de sa hiérarchie: « Il harcèle ses hommes, il fout la merde partout, il ne répond jamais quand on l’appelle, son bureau est un bordel sans nom et, pour couronner le tout, il s’est mis les types du médico-légal à dos. » (Page 16).
  • Rose: assistante de Carl; mauvais caractère, souvent en retard, dégaine de punk.
  • Assad: assistant et homme à tout faire de Carl; originaire de Syrie.
  • Marcus Jacobsen: chef de la criminelle; homme désordonné à la pensée bien structurée; n’oublie jamais le moindre détail.
  • Lars Bjorn: adjoint de Marcus; excellent inspecteur, grande expérience, taux d’élucidation d’affaires élevé.
  • Hardy: ex-collègue de Carl, handicapé depuis la fusillade qui a coûté la vie à leur équipier; perspicace, capable de voir les affaires sous un autre angle, vit avec Carl.

Les autres:

  • Mia: mariée, un enfant, vingt ans plus jeune que son mari; souvent seule pendant d’assez longues périodes.
  • Kenneth: militaire.
  • Isabel Jonsson: employée de mairie.
  • Rakel: amie d’Isabel.

Contexte:

copenhague.jpg
Copenhague

L’insécurité qui règne dans la ville de Copenhague: « Ces temps-ci, les bandes de voyous étaient surexcitées. Il y avait eu encore une fusillade dans le quartier de Norrebo la veille, la troisième en une semaine, et la brigade criminelle avait largement de quoi s’occuper. Même les ambulances n’osaient plus s’aventurer dans le quartier. Le danger était omniprésent. Plusieurs d’entre eux s’étaient acheté des gilets pare-balles sur leurs deniers personnels et Carl avait remarqué qu’ils les portaient déjà sous leurs polos, à cette heure matinale. » (Pages 301-302).

La police: le manque d’effectifs suffisants pour pallier aux affaires qui ne cessent de s’entasser sur les bureaux, la pression que subit le chef de la police à cause des media qui s’étonnent de l’incapacité de la police à empêcher les règlements de compte et les incendies criminels qui défrayent la chronique, mais aussi par la population « qui somme la police de stopper ce vent de folie », et par les grands pontes qui n’apprécient que moyennement les allusions à leur incapacité notoire face à la criminalité exponentielle. =>Contexte qui montre les conditions dans lesquelles le département V doit travailler.

En conclusion:

Bien que proposant une enquête passionnante, Délivrance est moins réussi que les deux précédents opus de la série. Les passages narrant des épisodes de la vie personnelle de Carl sont trop longs, nuisant à l’intérêt du lecteur pour le traitement des affaires en cours.

Cela dit, il est captivant de voir comment le département V mène cette difficile et improbable enquête: les recherches, les interrogatoires, les impasses, la fébrilité qui s’empare du pisteur quand il sent qu’il s’approche de sa proie.

Le +: la scène de course-poursuite pour suivre le trajet du train est d’un suspense échevelé.

Au final, si l’on enlève la centaine de pages en trop, Délivrance est un roman captivant dans lequel nous retrouvons avec plaisir les protagonistes du département V aux prises avec des intégristes religieux débarqués d’un âge que l’on aurait pu croire à jamais révolu dans une société qui se veut toujours plus moderne et avant-gardiste.

Citations:téléchargement (1).jpg

« Songeant à la communauté et au bien que pourrait faire un tel apport de sang neuf, elle le suivit dans la cuisine, la main posée sur le bas-ventre, persuadée que la Sainte Vierge avait sciemment choisi ce moment pour éprouver sa foi et pour lui faire comprendre que ses douleurs n’étaient qu’une caresse prodiguée par la main de Dieu. Sa nausée, le sable du désert. Elle était une disciple et aucun obstacle terrestre ne devait se mettre en travers de son engagement. » (Page 139).

« Le kidnappeur a tué Poul et vous a épargné? …Oui, ce salaud m’a laissé en vie et je l’ai maudit des milliers de fois de l’avoir fait. » (Page 224).

« Quand par extraordinaire quelqu’un demandait à Isabel Jonsson de parler de son passé, elle disait toujours qu’elle avait grandi au pays de Tupperware. Élevée par des parents propres sur eux, propriétaires d’une berline Opel et d’une maison en lotissement. Ils avaient fait des études moyennes et leurs opinions divergeaient rarement de celles des autres petits-bourgeois de leur entourage. Une enfance protégée, sans bactéries, emballée sous vide. Dans sa famille, tout le monde jouait la même partition. » (Page 340).

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s