Publié dans Angleterre, aventures, éditions De Borée, Londres, Passion roman historique, prison

Passion roman historique: Le Trésor du Papillon de Fer: Le Livre de Raison, Londres 1666, David Glomot.

Une chasse au trésor originale et inédite, des personnages hauts en couleur, une intrigue bien construite: vous allez adorer ce Livre de Raison!!

L’auteur:

david glomotDavid Glomot, né en 1976, professeur et docteur en histoire, il a décroché son doctorat à l’Université de Toulouse en 2010 avec une thèse intitulée « Héritage de serve condition », une société et son espace : La Haute-Marche à la fin du Moyen-Age.
Il est professeur de géopolitique et d’histoire en classes préparatoires à Limoges.

Familier de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, il donne des conférences sur l’histoire médiévale creusoise aux Archives départementales. Mais David Glomot est avant tout un passionné de musique rock dont il aime à cacher des allusions dans ses textes. Egalement passionné de jeux de rôles et d’imaginaire, il construit ses récits d’aventures autour de lieux et d’époque au fort pouvoir évocateur, dans la lignée des grands romanciers qui ont bercé notre enfance.

Le roman:

Le Trésor du Papillon de fer a été publié par les éditions De Borée en 2017 dans la th (3)collection Vents d’Histoire. Il constitue le premier opus de la série consacrée au Livre de Raison. Le style est ample, parfois grandiloquent comme pouvait l’être l’époque. La plume envoûtante de David Glomot mène le lecteur dans un récit digne des romans picaresques qui ont fait la gloire de la littérature espagnole du XVIe siècle.

Le sens de la description et la puissance d’évocation donnent tout son sel à ce roman historique original: « Ils marchèrent lentement sur la terre glissante et dans le vacarme des oiseaux. L’eau ruisselait sur eux. La lumière du soleil leur parvenait parfois. Jonas semblait savoir où aller. Mais…il dut admettre que cette luxuriance le perturbait et qu’il ignorait s’ils suivaient le bon cap ou violaient des territoires indiens. Ils mangèrent mal, ne parvenant pas à faire de feu. Ils ne dormirent pas mieux, cernés par des insectes grands comme la main. » (Page 104)… »Ils arrivèrent enfin devant la porte la plus délabrée de la plus sale impasse du plus pauvre amas de ruelles du quartier. » (Page 146)… »Ils trouvèrent Sykes sur le parvis du temple, dans un quartier déserté par la population. Il était assis, ou plutôt avachi, et se tenait l’abdomen à deux mains. L’incendie projetait une lumière orangée qui permettait de voir assez bien ses traits pâles. Du sang coulait en fines rigoles sur les marches. » (Page 271).

Thèmes: intransigeance; méfiance envers l’étranger; droit à la différence; misère =>Des thèmes malheureusement encore très actuels.image revue concours

Fil rouge: le manuscrit de Muricellos, gros cahier déchiré contenant la fascinante histoire du conquistador Muricellos qui a erré quarante années durant en Europe et en Asie, abandonné par Magellan en Patagonie.

L’intrigue:

Padraig Muricellos se retrouve enfermé au fin fond d’une geôle puante de la ville de Chester. Tull, son geôlier protestant, qui pourtant déteste les papistes et les Irlandais, lui épargne la torture. Ce n’est ni par charité, ni par bonté d’âme, mais parce qu’il a découvert l’existence d’un fabuleux butin de pirates qui, en sus de pièces d’or sonnantes et trébuchantes, recèlerait un mystérieux livre écrit par un conquistador espagnol, ancêtre de son prisonnier.

Bientôt, une inhabituelle amitié lie les deux hommes que tout sépare, sauf l’amour pour les histoires de pirates et de Nouveau-Monde. Padraig décide de retrouver le livre perdu afin d’en connaître le dénouement. Pour cela, il conclue un pacte avec Tull: celui-ci le fait évader en le faisant passer pour mort et le laisse partir pour Londres à la recherche d’un certain Jethro, dernier détenteur du livre. Les deux hommes convienne de se retrouver à Pâques à l’Auberge de Fairport, dans la cité de Conwy.

Et si dans le même temps ils pouvaient retrouver le trésor du capitaine Barriemore dont ils estiment avoir été spoliés, tout irait bien dans le meilleur des mondes…

Contexte historique:

Le récit se déroule dans l’Angleterre de 1666, se relevant à peine de la guerre civile et du conflit contre la France et les Pays-Bas, alors que Londres est à nouveau touchée par la peste, semant la terreur dans tout le pays: « …toute l’Angleterre vivait dans l’angoisse de l’épidémie apparue l’année précédente. Pourtant, le mal n’avait véritablement touché que la capitale. La maladie avait foudroyé ce bourbier populeux, grouillant de paysans ruinés et jetés dans la ville par la rapacité des grands propriétaires…Charlatans et docteurs en médecine avaient eu une fastueuse saison. On avait accusé les catholiques, les Français et les Espagnols d’être à l’origine du mal…Chacun prenait avec résignation cette nouvelle mise à l’épreuve envoyée par le Seigneur. » (Pages 14-15).

Les personnages:

  • Padraig Muricellos: contrebandier papiste irlandais, illettré; petit-fils du conquistador espagnol Antonio Muricellos; ne croit pas aux coïncidences; doux comme un agneau malgré sa taille imposante, jeune et innocent.
  • Tull: intendant de la prison de Chester, ancien corsaire et quartier-maître du capitaine Barriemore; ne croit pas aux coïncidences; chevillé par l’envie obsessionnelle de retrouver le livre de Muricellos ; n’aime pas les religieux; plus rusé qu’un renard, peu scrupuleux.
  • Muricellos l’Ancien: conquistador espagnol, auteur du Livre de Raison; a voyagé avec Magellan.
  • Jethro: ancien compagnon de Tull, esclave affranchi; aussi grand et intimidant que Padraig, port digne, gestes mesurés; ne ment jamais.
  • James Edward Titus Salamander: ancien compagnon de Tull et Jethro; marin expérimenté, habile et increvable, sachant lire les cartes et possédant de bonnes connaissances en voilerie et charpenterie marine.
  • Capitaine Barriemore: esprit subtil mais caractère teigneux.
  • Vintersorg: contrebandier et marchand suédois.
  • Lizzie: jeune prostituée.

Les lieux:

Le parcours de Padraig à la recherche du Livre de Raison le mène de Chester, au nord-est du royaume anglais, à Bristol, port situé dans le sud-ouest, jusqu’à Londres, villes dont l’auteur donne un aperçu de l’atmosphère aussi bien ambiante que sociale, dans des descriptions très vivantes.

Chester: « …à Chester, loin au nord, au-delà du Pays de Galles, on était pauvre, peu lettré et faussement placide. Nourrie de mauvaise bière et de fanatisme religieux, la population s’enflammait aisément. Elle recevait peu de nouvelles, vivait en vase clos. Bien que la mer fût fort proche, l’époque n’était pas au cosmopolitisme: on détestait les Irlandais, on se méfiait des Ecossais, on méprisait les Gallois… » (Page 15).

Bristol: « Bristol était une grande cité, peut-être plus grande que Liverpool ou Dublin. D’énormes navires patientaient sur l’Avon, leurs mâtures comme enchevêtrées au-dessus des toits de la ville…Bien qu’un port soit censé être un endroit cosmopolite, il y avait surtout ici des Anglais et bien peu de Gallois et d’Irlandais. » (Page 43).

Londres qui incarne la quintessence du monde britannique avec ses avantages et surtout ses travers: « Une odeur persistante de fumée baignait toute chose. Une fange faite d’eau grise, de terre et d’étrons de provenances variées envahissait les ruelles. Londres était une métropole en devenir et déjà déliquescente…La grande ville sembla au jeune Muricellos une sorte de paradis n’ayant pas su refermer correctement la porte des enfers. » (Pages 138-139)… »Deux jours à Londres et déjà la ville leur pesait, ils fixèrent les voiles à l’horizon avec l’envie de partir naviguer. L’impression d’enfermement, la puanteur de la brique pourrie, les remugles de cloaque, toutes ces sensations renvoyaient l’Irlandais quelques mois plus tôt, quand il croupissait à Chester. » (Pages 145-146)… »Pour franchir la Tamise, il n’y avait qu’un pont, le Pont. Encombré de maisons et de cabanes en hourdages, cette venelle aveugle, ce boyau épouvantable, permettait de rejoindre la Cité. C’était une bousculade constante de troupeaux, de traîneurs de ballots et de chaises à porteurs. » (Pages 195).

En conclusion:téléchargement

De nombreuses qualités caractérisent ce second opus de la série consacrée au Livre de Raison: l’histoire des personnages subtilement mêlée à la Grande Histoire au point de croire qu’ils ont vraiment existé et participé aux événements, notamment le grand incendie de Londres, proposant un regard lucide et désenchanté, mais pas cynique, de la nature humaine: « Ils virent là des malheureux qui refusaient de quitter leur logis, pleurant jusqu’à ce que les flammes les léchent. D’autres, le meilleur de l’humanité, se précipitaient de maison en maison pour piller ce qu’il restait à prendre. » (Page 269).

Le +: omniprésence de l’écrit: revivre les aventures passées et des événements historiques (allusions à la guerre civile et à l’exécution du roi Charles Ier) de Tull à la lecture de son journal intime dont il reprend régulièrement des passages.

Un souffle épique balaie les pages de roman historique documenté comme un essai, passionnant comme une fiction, écrit avec beaucoup de verve. Pas une seconde de répit pour le lecteur qui jamais ne s’ennuie…

Citations:

« -Ton histoire familiale est très distrayante, Padraig Muricellos. Franchement, j’ai envie de te croire. Si tu mentais en inventant de telles histoires, tu ne serais pas un simple contrebandier à la petite semaine, mais un authentique financier. Ou un cardinal. » (Page 21).

« Cromwell avait dit qu’il donnerait le choix aux rebelles entre l’enfer et le Connemara. Ce que les cousins trouvèrent dans cette province, ce fut une lande infecte, des brumes, des marais, le froid, la faim, les moustiques et la maladie. Ils regrettèrent de ne pas avoir choisi l’enfer. » (Page 22).

« Sur le continent, la justice du pape faisait brûler les sorcières, ou plutôt les brûlait à moitié, pour pouvoir en exposer les restes. Ces poupées noirâtres aux membres recroquevillés et aux mâchoires béantes avaient une évidente utilité pédagogique. » (Page 47).

« Elle chercha à prouver qu’elle n’allait entreprendre que des rites conformes à l’ordre divin. Elle allait prier et vénérer la nature, la Création. Elle allait invoquer le Tout-Puissant, chanter sa gloire. Il n’y aurait pas de sacrifices d’animaux, pas de symboles cabalistiques. Elle, sa mère et sa sœur étaient des houngans. Il y avait bien des curés qui intercédaient auprès des saints et pratiquaient l’exorcisme? (Page 107).

« De nombreux regards jaunes prouvèrent aux deux amis que le Londonien n’aimait pas les étrangers. Ils furent généralement pris pour deux laquais, un affranchi exotique flanqué d’un portefaix, forcément idiots parce que trop grands. Londres était l’enfer, le paradis promis n’était qu’un paradis menti. » (Page 139).

« Southwark, son arène pour les combats de chiens et d’ours, officiellement fermée. Southwark où la loi interdisait les massacres d’animaux mais autorisait l’asservissement des nègres et des orphelines. Southwark et son théâtre du Globe. Southwark et son ossuaire des pauvres de Crossbones. Southwark, ses bordels et l’infinie variété des métaphores pour dire « putain », car le Londonien avait trop honte de cela, alors qu’il parlait de profit, de bénéfice et de richesse sans la moindre gêne. » (Page 189).

 

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