Publié dans Interviews exclusives, roman historique

Interview de David Glomot auteur de la série historique consacrée au Livre de Raison.

A la découverte de David Glomot, historien, romancier, scénariste de jeux de rôle et….musicien de talent !! L’auteur de la série consacrée au Livre de Raison répond à toutes mes questions avec beaucoup de gentillesse, sans rien cacher…ou presque !!

1)Pouvez-vous évoquer rapidement votre parcours scolaire ?

J’ai fait des études d’histoire, afin d’en faire ma profession. Parallèlement, j’ai toujours pratiqué la musique, le journalisme et l’écriture… en parfait autodidacte !

2)Et votre parcours professionnel ? En quoi consistent les cours que vous donnez ?

A l’origine je suis professeur agrégé et docteur en histoire médiévale. J’ai enseigné dans des établissements « difficiles » de région parisienne et en province, avant d’intervenir à l’université, puis d’être recruté comme professeur en classes préparatoires. J’assume aujourd’hui des cours en hypokhâgne et khâgne à Limoges, ainsi qu’en prépa pour les écoles supérieures de commerce. Si je suis médiéviste, ma période de prédilection étant le XIVe-XVe siècle, j’aime beaucoup enseigner la géopolitique et l’histoire contemporaine.


3)Quelles sont vos influences littéraires ? Un auteur en particulier vous a-t-il donné envie d’écrire des fictions ?

Je viens de la « pop culture » et, avant d’écrire des romans, j’ai travaillé dans le monde des jeux de simulation. En particulier, j’ai conçu des scénarios de jeux de rôle pour Donjons & Dragons, Le Seigneur des Anneaux, l’Appel de Cthulhu… Il est donc logique que je cite Tolkien et Lovecraft comme mes influences principales, venues de mon adolescence, tout comme Stephen King. C’est peut-être ce dernier qui est le plus marquant : il est à la fois prolixe, créatif et « tape toujours juste » dans la construction de ses intrigues comme dans celle de ses personnages. Il y a une vraie identité et une grande cohérence dans son œuvre, sans qu’il ne se cantonne à une série, ou à un seul genre. Derry et Castle Rock sont des lieux qui accueillent aussi bien de l’épouvante, du thriller, du polar que de l’anticipation.

4)Quelle place occupe la lecture dans votre quotidien ?

La lecture occupe une place aussi grande que la musique… c’est dire ! Disons que quand je dors, je rêve à des livres et à de la musique ; quand je ne dors pas, je lis, ou j’écris, ou je pense à ce que je lis et écris, ou j’écoute de la musique en lisant, ou je joue de la musique…

5)L’écriture de romans est-elle une vocation ? Avez-vous toujours eu envie d’écrire ?

J’ai eu la chance formidable de croiser récemment, lors d’une dédicace, mon institutrice de CP : celle qui m’a appris à lire ! Elle se souvenait que, déjà petit, je racontais et écrivais des histoires qui intriguaient mes camarades.

6)Pourquoi avoir choisi le XVIIe siècle comme théâtre de vos romans ?

Comme médiéviste, j’ai conscience d’avoir un bagage culturel qui peut déstabiliser le lecteur : j’ai donc peur qu’écrire une histoire se déroulant dans mon Moyen-Age ne se transforme en un cours qui soûlerait le lectorat. L’auteur ne doit pas avoir une trop grande avance sur son lecteur, pour ne pas le perdre, pour garder une connivence, « juste un coup d’avance, pas plus » pour que l’intrigue fonctionne. Voilà pourquoi, jusqu’à présent, j’ai écrit de la SF, de la fantasy, du polar totalement contemporain… et trois romans historiques volontairement situés aux XVIe et XVIIe siècle, et pas avant !

Ensuite, j’aime l’histoire, toutes périodes confondues. Travailler sur les conquistadors, le grand incendie de Londres de 1666, l’âge d’or des flibustiers ou la construction de Versailles, c’est un vrai plaisir, ce sont des thèmes qui me passionnent. Puisque tout ceci ne se passe pas dans ma période de prédilection, je suis obligé de me documenter beaucoup, de repartir sur les bancs de l’école. Ainsi je réapprends l’histoire au fur et à mesure, et j’en fais profiter mes lecteurs. Le plaisir de la (re)découverte et du partage !


7)Vos romans bénéficient d’une reconstitution historique très précise et vivante. Comment procédez-vous pour réunir la documentation requise ? Combien de temps consacrez-vous à cette étape ?

Cela prend beaucoup de temps et se conçoit sur le long terme. Je lis, je compile des informations, je construis des dossiers sur des thèmes qui me paraissent mystérieux, narrativement intéressants, comme l’univers des pirates, l’exploration de l’Amérique par les Européens, l’occultisme et la chasse aux sorcières, ou, plus récemment, le mysticisme à la Belle Epoque et les conspirations politiques à la veille de 1914… Il faut des mois, voire des années pour arriver à rassembler de quoi faire un beau décor, ensuite il faut trouver une intrigue !

8)Comment construisez-vous vos intrigues ? Autour d’un événement ? D’un personnage ? D’un thème ?

Je visite d’abord les lieux où se passera l’action, je voyage, j’arpente à pieds pour me rendre compte des distances, de l’espace-temps de l’époque, sans automobile ni téléphone. Je crée des personnages à la manière des jeux de rôles, je fabrique une galerie de personnages, premiers et seconds rôles, et je recherche des événements authentiques ou des anecdotes auxquels ils peuvent se trouver mêlés. Ensuite, j’invente des événements fictifs qui sont le cœur de l’intrigue.

9)Combien de temps vous est nécessaire pour écrire un roman ?

Pour le concevoir, plusieurs années… pour le rédiger, 6 mois, et autant pour le laisser mûrir et ensuite le relire, le corriger.

10)Comment élaborez-vous vos personnages ? Sont-ils tous fictifs ?

Mon grand amusement est de confronter mes créations avec des personnages réels. Ainsi, il y a dans chacun de mes livres de « vrais héros » ou de « vrais salauds » des temps passés : Magellan et Piri Reis dans Le secret de la clé d’acier ; Samuel Pepys dans Le trésor du Papillon de fer. Dans Les hommes aux masques d’argent, je me suis particulièrement fait plaisir en prenant possession de plusieurs hommes illustres, ou moins illustres, du Versailles de 1680 : Desgrez, Varillas, et des maîtres maçons limousins comme Villedo. Enfin, je suis assez joueur, et j’aime placer dans mes livres des musiciens « rock » pour leur rendre hommage : Lemmy, le regretté bassiste de Motörhead apparaît dans Les hommes aux masques d’argent ; Danko Jones, un rockeur canadien, est une sorte d’indien dans Le trésor du Papillon de fer. Les lecteurs peuvent s’amuser à rechercher toutes les références parmi ma galerie de personnages… Allez, je donne un indice : le chanteur de heavy metal danois « King Diamond » apparaît dans mon dernier tome, saurez-vous le retrouver ?

11)Avez-vous un faible pour l’un d’entre eux ?

Jethro, l’esclave noir émancipé, est mon préféré, car c’est – malgré lui – l’ancêtre des bluesmen. Il grattouille sa guitare pour oublier son mal-être, il a vécu tant de choses indicibles. J’aime aussi beaucoup Cartagena, le furieux conquistador du Secret de la clé d’acier. Je l’aime car il est tout ce que je ne suis pas : une grande brute furieuse, un idéologue fanatique et déterminé, une force de la nature que rien n’arrête, pas raisonnable du tout. Il est du bois dont on fait les monstres, ou les héros.

12)Qu’est-ce qui est plus simple à créer pour vous : les lieux, les personnages, les actions ?

Les lieux existent déjà, il suffit de se documenter et d’explorer. Les personnages et leurs différentes actions, voilà ce qui est le plus dur à échafauder. Heureusement, ma pratique des jeux de rôles me permet d’anticiper sur les réactions des protagonistes. Il m’est même arrivé de « jouer » certaines scènes de mes romans en jeux de rôles, avec une bande d’amis, pour voir comment les interactions se mettent en place. Les trois tomes du Livre de raison sont d’ailleurs, à l’origine, un scénario que j’avais conçu pour le jeu de rôles Pavillon Noir, de Renaud Maroy.

13)Pour quelle raison avez-vous centré votre intrigue autour d’un mystérieux livre, à une époque où les livres constituaient encore des objets coûteux? Et pourquoi l’avoir appelé « Livre de Raison »?

Un « livre de raison », à partir de la fin du Moyen Age, c’est un cahier ou un carnet où un noble ou un bourgeois note toutes les informations utiles à transmettre à ses descendants, comme un journal intime fait pour être lu, ou un journal de bord domestique. Dans Le secret de la clé d’acier, un des aventuriers tient un « livre de raison » et y note ses découvertes. C’est ce livre, au contenu mystérieux, voire dangereux, qui sert de moteur à l’intrigue de mes différents romans, qui peuvent se lire comme une série, ou isolément, ou dans l’ordre que l’on veut. A chaque tome, il est question de retrouver ou cacher le précieux ouvrage.
J’aime le concept de chasse au trésor, mais chercher un coffre avec des pièces d’or, c’est d’un banal… d’autant plus que le trésor passe de mains en mains et finit dilapidé. Alors que si le trésor est un livre, on n’en partage pas les pages, on le garde intègre et on le met à l’abri. Voici donc un enjeu, un « MacGuffin » comme disait Hitchcock, un objet prétexte pour ficeler l’intrigue.
Enfin, je dois admettre adorer, comme lecteur, les histoires de manuscrits mystérieux, de livres maudits… Je pense au « Necronomicon » qui apparaît dans les nouvelles de H.P. Lovecraft, aux « Neuf portes du royaume des ombres » d’Arturo Perez-Reverte dans Club Dumas, évidemment au livre caché dans l’abbaye du Nom de la Rose d’Umberto Eco. Il y a aussi le fameux Décalogue de la BD de Giroud. Une lectrice vient de me faire découvrir Le nuage d’obsidienne, d’Eric MacCormack, et je jubile !

14)J’aimerais en savoir un peu plus sur vous en tant qu’écrivain. Comment se déroule une journée de travail-type ? Un endroit particulier où vous écrivez ? Un moment ?

J’écris un peu tous les jours, quand j’en ai le temps. Il n’y a pas de rituel, sinon qu’il me faut de la musique, celle des groupes qui donnent leurs noms à chaque chapitre de mes romans. Un peu de café le matin, ou de thé l’après-midi… Quand j’ai l’occasion, je m’offre des marathons d’écriture, je peux alors passer toute la journée et la nuit à écrire, téléphone coupé, musique à fond.

15)Pensez-vous que le romancier ait un rôle à jouer ? Si oui, lequel ?

Ce qui fait de l’humain ce qu’il est, c’est sa créativité. Si l’on se contentait de se lever, de travailler pour se nourrir, de se reposer et de se reproduire, notre vie ne serait pas différente de celle des autres mammifères. Toute action créative sert donc à élever l’homme, le romancier se range donc aux côtés des musiciens et des peintres. Voilà son utilité : apporter des idées, des mythes, des concepts, ou du simple divertissement. C’était déjà le rôle d’Homère. On remarquera que les dictatures brillent par leur incapacité à faire naître de grands romanciers ou de grands musiciens, artistes (pitoyables) de cour mis à part.

16)En tant qu’auteur de romans historiques, que pensez-vous de la Mémoire ou des mémoires ?

C’est le meilleur et le pire, la mémoire. Une société qui serait hyper-mnésique, qui n’oublierait rien, serait constamment dans la recherche de vengeance, de compensation, de justice. L’histoire omniprésente nous rappellerait que chaque maison a vu mourir des gens, que chaque rue a pu être le lieu d’un drame. Histoire, mémoire, mémoires, tout cela forme un tout qui doit s’inscrire dans une temporalité intelligente : savoir oublier, savoir retrouver, comme la France avec la collaboration ou la guerre d’Algérie. La mémoire idiote, c’est le règlement de compte permanent, la mémoire intelligente, c’est la matière première de l’histoire.

Il faut donc savoir regarder en face la mémoire, pour l’assumer et en faire de l’histoire. En ce sens, l’exemple rwandais après le génocide de 1994 est sidérant : ils ont à la fois fait œuvre de mémoire collective (pour que chacun sache), œuvre d’histoire (pour que chacun apprenne) et œuvre de justice (pour que chacun assume). C’est exemplaire de dignité et de rigueur intellectuelle.

Plus modestement, dans mes œuvres, j’essaie de revivifier le souvenir, la mémoire, des victimes et des petites gens, les oubliés de l’histoire : les malheureux marins de Magellan, les prostituées londoniennes et les catholiques Irlandais dans l’Angleterre puritaine, les maçons limousins et les migrants du chantier de Versailles.


17)Votre calvaire va bientôt prendre fin (sourires), voici ma dernière question : si vous deviez emporter cinq œuvres littéraires sur une île déserte, quels seraient-ils ?

Si j’ai droit à six, parce que je suis un éternel insatisfait et le roi des casse-pieds, je dirais Le Quinconce (Charles Palliser), 21/11/63 (Stephen King), L’île au trésor (Robert-Louis Stevenson), Les montagnes hallucinées (Howard P. Lovecraft), Le Seigneur des Anneaux (JRR Tolkien) et L’axe du loup (Sylvain Tesson).

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