Publié dans éditions J'ai Lu, disparition d'enfants, enlèvement d'enfants, littérature suédoise, Passion polar nordique, polar suédois

Passion polar nordique: Les étoiles de David: une enquête de Fredrika Bergman, Kristina Ohlsson.

Une ancienne collaboratrice de la police scientifique passe de l’autre côté du miroir avec pour résultat des intrigues policières drôlement bien ficelées avec le talent des écrivains scandinaves pour ce genre. Une lecture addictive…

L’auteur:

téléchargement.jpgKristina Ohlsson est née le 2 mars 1979 à Kristianstad, petite ville suédoise située en Scanie, dans le sud du pays. Elle a fait sa carrière dans la police suédoise en tant qu’analyste politique. Depuis 2009, elle consacré tout son temps à la rédaction de romans policiers qui ont obtenu un très grand succès et pour lesquels elle a reçu de nombreux prix, ainsi que des livres pour enfants.

Le roman:

Les étoiles de David, Davidsstjarnor en version originale parue en 2013, a été publié en version française par les éditions J’ai Lu en 2019. Le style est haché, direct comme un coup de poing, à coup de morceaux de phrases mis bout à bout: « Elle court comme s’il en allait de sa vie, à la rencontre de la mort. Le bruit de ses pas s’étouffe dans la neige, son souffle se mue en une épaisse fumée. Elle franchit un dernier carrefour et voit la lumière bleue enflammer les façades. Il y a des gens partout. Des hommes et des femmes en uniforme, sur les trottoirs, sur la chaussée. Des voix fortes, des visages bouleversés. » (Page 14). Les chapitres sont plutôt courts répartis en plusieurs parties, chacune correspondant à une journée d’avant les événements narrés dans l’introduction de chacune d’elle.téléchargement (1)

Les étoiles de David est le cinquième tome de la série consacrée aux enquêtes de Fredrika Bergman. Depuis, elle en a écrit six autres encore non traduits en français. Kristina Ohlsson a une façon particulière de raconter les événements de l’histoire en dissimulant certains détails tels que patronymes de personnages, leur fonction, leur rôle, comme par exemple pour Efraïm Kiel pour lequel il faut attendre de nombreux chapitres avant de comprendre qui il est et pourquoi il est là. Tout l’intérêt qui rend passionnante cette histoire est de savoir si et comment Alex et son équipe vont retrouver les enfants et leur assassin.

La chronologie des événements est également déroutante: comme si l’auteur nous donnait différents morceaux d’un puzzle géant en les éparpillant en cinq groupes d’enquête: Peder Rydh; Alex et Fredrika; Efraïm Kiel; Eden Lundell; la Rikskrim =>Chacun d’entre eux possède une proportion différente dont elle occulte une partie aux autres. Une façon subtile de créer le suspense.

Fil rouge: la neige qui recouvre toutes les pistes et les indices, qui gèle les doigts et les visages, qui rend compliquées les investigations: « Quel froid de canard! L’hiver semblait chercher à s’insinuer à travers murs et planchers…Dehors, la neige s’amoncelait, ensevelissant tout ce qui se trouvait sur son chemin. » (Page 90)… »

L’intrigue:

Janvier. Afin de faire face à une série de sabotages, Efraim Kiel est chargé de recruter, par le secrétaire général de la communauté de Salomon, un nouveau responsable de la sécurité. C’est alors qu’une institutrice de l’école de la communauté est abattue par un tireur embusqué, devant les enfants et leurs parents venus les chercher. Aussitôt informé, Efraim se demande s’il existe un lien entre ce meurtre et les sabotages, car la jeune femme vivait avec un individu peu recommandable, bien connu des services de police.

Le même jour, deux jeunes garçons âgés de dix ans, appartenant à la même communauté, disparaissent sur le chemin de leur cours de tennis; ils sont retrouvés morts le lendemain. Crimes antisémites? Vengeance personnelle? Le groupe d’investigation dirigé par Alex Recht est appelé en renfort pour mener une enquête qui s’avère d’emblée délicate.

Petite ironie: le nouveau chef de la sécurité embauché par la communauté n’est autre que Peder Rydh, l’ancien collègue d’Alex, démissionné de la police suite à une affaire douloureuse.

Les investigations, menées conjointement avec la police de Stockholm et la Rikskrim, s’avèrent complexes pour l’équipe d’Alex, une tempête de neige ayant effacé toutes les traces. Pendant ce temps, Eden Lundell, à la tête de l’unité anti-terroriste suédoise, qui ne voit pas de bon augure le retour d’Efraim Kiel en Suède, tente de comprendre ce que l’agent du Mossad fait dans la capitale. Elle se demande s’il est impliqué de près ou de loin dans les meurtres de la synagogue…

De nombreuses pistes emmêlent leurs fils de Stockholm à Jérusalem sur les traces du mythe du Garçon de Papier. Mais le mythe n’aurait-il pas rejoint la réalité??

Les personnages:

Des personnages intéressants, pétris de contradictions, de faiblesses et d’atouts, profondément humains:

  • Efraim Kiel: un des plus performants agents du Mossad; chargé de recruter un responsable de la sécurité pour la communauté Salomon.
  • Peder Rydh: ancien policier au sein du groupe spécial de la police criminelle, marié, deux enfants; a fait son service dans le corps d’élite de la défense côtière; enquêteur habile et très compétent.
  • Alex Recht: commissaire d’un groupe d’enquête spécial; veuf.
  • Fredrika Bergman: membre du groupe spécial dirigé par Alex Recht; passionnée de musique, violoniste dans un orchestre; mariée avec son ancien prof de fac.
  • Spencer: mari de Fredrika: professeur de littérature.
  • Eden Lundell: dirige l’unité anti-terroriste de la Sapo; autoritaire, sûre d’elle, un œil infaillible pour coordonner des détails en apparence indépendants lié à des dons de stratège; mariée.
  • Buster Hansson: directeur général de la Sapo, allias GD.
  • Michael: pasteur, mari d’Eden.

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La communauté de Salomon: illustre les communautés juives disséminées en Europe avec pour thèmes sous-jacent l’antisémitisme et le racisme dans le cadre du terrorisme international; basée à Stockholm; communauté très soudée dont les membres sont une immense famille.

Le groupe d’enquête spécial: groupe d’investigation indépendant de la Criminelle formé de trois enquêteurs permanents disposant de moyens importants en cas de besoin ( hommes de renfort, etc), dont la mission est d’enquêter sur des affaires sensibles, dépassant les compétences de la Crim. Un groupe qui ne rencontre pas toujours le succès mais qui utilise au mieux les compétences de chacun afin de résoudre positivement ses enquêtes.

En conclusion:

Le +: assez nombreuses allusions à des enquêtes précédentes menées par le groupe, donnant de l’épaisseur au récit: « Ils pouvaient connaître l’échec, ce qui leur était encore arrivé à l’automne précédent, quand l’auteur du détournement d’avion leur avait échappé. » (Page 201)… »Alex sentait ses repères se dérober. Il repensa à l’affaire sur laquelle il avait enquêté avec Fredrika et Peder au cours de cet été où il ne cessait pas de pleuvoir. L’été de la disparition de la petite Lilian Sebastiansson. » (Page 217)

Un roman policier aux nombreuses qualités, au regard neutre. Pas d’interprétation hâtive; seulement les faits, les étapes d’une enquête, en tenant compte de l’état d’esprit des parents des victimes, de la psychologie des différents protagonistes, l’exploration de toutes les pistes sans en omettre aucune.

Un excellent polar qui figurera à coup sûr dans mon top 12 de l’année tant j’ai été impressionnée par la maîtrise de l’auteur, sa capacité à conduire une enquête criminelle très réaliste avec pour toile de fond un contexte d’espionnage et de terrorisme international crédible, à dresser des portraits vivants, à reconstituer une ambiance sombre et inquiétante.

Citations:

« Mais ce qui effrayait David, ce n’était pas ces choses qu’on voit à l’œil nu. Il avait peur des menaces impossibles à percevoir avant qu’il ne soit trop tard. De celles qui avancent à couvert de l’ombre, avec le silence pour compagnon de route. De celles dont on ne peut se protéger. » (Page 7).

« Dans le vide qui se faisait autour d’elle, une fois le violon posé sur son épaule, bien coincé sous son menton, il n’y avait plus ni « ici » ni « maintenant ». La musique la portait, lui donnait des ailes. Elle s’envolait très haut, au-dessus de tout le monde. » (Page 31).

« Alex le savait: jamais l’homme n’est aussi irrationnel que lorsqu’il a peur. Il savait aussi que l’espoir est la dernière chose qu’on abandonne. Sur ce chapitre-là, Peder en avait long à raconter. Sur ce qui se produit quand l’espoir disparaît et que l’enfer entre dans l’ordre des faits établis. » (Page 118).

« Si seulement il n’avait pas eu cette impression, cette foutue impression qui l’obsédait. La même qui le stressait quand il craignait de ne pas trouver de candidat pour le poste de responsable de la sécurité. Elle était dans l’air, elle planait au-dessus de sa tête comme le présage d’une catastrophe imminente. » (Page 135).

« Et maintenant, les gosses passaient la moitié de leur vie devant l’écran. Allez savoir où se trouvaient les parents pendant ce temps-là. Pas avec leurs enfants, en tout cas. Rien d’étonnant à ce qu’autant d’entre eux aient des problèmes et se trouvent en contact avec des gens mal intentionnés sur Internet. Autant les conduire jusqu’à un club porno, les déposer sur le trottoir en leur disant: « Tu retrouveras bien tout seul le chemin de la maison? » (Page 212).

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