Publié dans angoisse, éditions l'Archipel, corruption, harcèlement, manipulation politique, Passion thriller

Passion thriller: La Chambre des murmures, Dean Koontz.

Une vision sans concession, un rien désabusée, de l’humanité. Flippant !!

L’auteur:

thNé le 9 juillet 1945 en Pennsylvanie, Dean Koontz est un romancier américain auteur de romans policiers, de romans noirs, de SF, de romans d’horreur et fantastiques. Malgré une enfance vécue sous le joug d’un père alcoolique et violent, il obtient une maîtrise de lettres. En 1967, il décroche son premier poste de professeur d’anglais à la Mechanicsburg High School. Il consacre son temps libre à l’écriture. Son premier roman, intitulé Star Quest, est publié en 1968. Quelques années, il publie des romans de suspense et d’horreur sous plusieurs pseudonymes et sous son vrai nom. C’est avec Whispers ( La nuit des cafards dans la version française), roman publié en 1980, qu’il obtient son premier gros succès. Il réside dans le sud de la Californie, région où se passent la plupart de ses histoires.

Le roman:

La chambre des murmures, The Whispering room en version originale parue en 2017, a été publié par les éditions L’Archipel en 2019. Le rythme lent met la patience du lecteur à rude épreuve: on a envie de savoir enfin comment Jane va se sortir de ce terrible guêpier téléchargementdans lequel elle s’est fourrée: « Armée d’un pistolet crocheteur LockAid acheté au marché noir, elle vint rapidement à bout de verrou de la porte arrière. Elle remisa l’outil dans son cabas en toile, ouvrit le battant et tendit l’oreille en découvrant une cuisine plongée dans l’obscurité. » (Page 13)…le poussant à tourner les pages à une allure frénétique: « Elle s’installa derrière le volant, démarra et actionna l’ouverture du volet roulant à l’aide de sa télécommande. La lumière grise de cette journée d’hiver pénétra à flots dans le garage alors que le volet remontait sur ses rails, et elle crut y voir l’éclair de lumière qui accompagnait toujours l’arrivée d’un phénomène merveilleux au cinéma… » (Page 42).

Dans des chapitres courts, voire très courts, chaque élément de l’histoire, symbolisé par un des protagonistes, se met en place. Ils vont évoluer en parallèle, chacun à son rythme, jusqu’à se rejoindre au moment clé de l’intrigue.

Construction: curieusement, les chapitres consacrés à Jane et Thilman, les poursuivis, sont écrits au passé, tandis que ceux consacrés à leurs poursuivants sont écrits au présent, donnant une impression de différents plans, comme au cinéma: Jane et Thilman dans le fond et l’action en cours au premier plan.

L’intrigue:

L’action se situe trois semaines après les événements survenus dans Dark Web. 

Jane se retrouve dans une situation très délicate: recherchée par toutes les polices du pays, elle continue son enquête malgré tout, mais elle ne peut agir seule. Elle prend contact avec un journaliste qu’elle estime fiable: son aide à faire éclater la conspiration contre les preuves qu’elle a réunies et qui lui permettront d’écrire le reportage du siècle.

Mais Hannafin, plus ambitieux qu’elle ne l’aurait cru, n’est pas celui qu’elle croyait. Pourtant, Jane doit tenir coûte que coûte et aller au bout de sa mission. Elle ne peut oublier son combat une seule seconde, « sachant que son petit garçon, Travis, avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête ».

Comme elle ne peut révéler le scandale dans la presse, la seule solution qui s’offre à elle est de s’attaquer directement à la source, autrement dit le milliardaire DJ Michael. C’est alors que se produit un terrible attentat contre l’hôtel Veblen dans le Minnesota, tuant le gouverneur et les nombreux invités venus célébrer la réouverture de l’établissement: Cora Gundersun, une femme sans histoire, percute la baie vitrée du Veblen avec son véhicule chargé de bidons d’essence.

L’enquête, confiée au FBI, est bâclée. Le shérif Thilman, un homme intelligent et observateur, qui connaissait bien Cora, ne peut comprendre son geste insensé, si peu en accord avec sa personnalité. Bien qu’il soit écarté des investigations, il veut comprendre pourquoi.

Cora était-elle l’une des nombreuses victimes de l’algorithme dont se servent les conspirateurs? Cette affaire a-t-elle un rapport avec l’enquête de Jane?

Complot: « Les implants cérébraux de Bertold Shenneck étaient un véritable Graal pour un grand nombre de salopards assoiffés de pouvoir, ce qui avait permis à Shenneck et DJ Michael de monter un complot à grande échelle impliquant aussi bien des acteurs du privé que des hauts fonctionnaires recrutés au FBI, à la Sécurité intérieure, au ministère de la Justice, et à la NSA. Et ce n’était qu’un début. Jane soupçonnait la CIA, le fisc et d’autres organismes gouvernementaux d’être également infiltrés par cette bande d’utopistes totalitaires, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. » (Page 55).

Les personnages:

  • Jane Hawk: agent profiler du FBI, amatrice de musique classique, 27 ans, veuve; courageuse, intelligente et déterminée.
  • Lawrence Hannafin:journaliste d’investigation et essayiste; célibataire, caractère timoré; à la solde de DJ Michael.
  • Cora Gundersun: 40 ans, institutrice.
  • Randall Larkin: avocat, ami d’Hannafin; l’âme damnée de DJ Michael; lâche, aucune capacité de résistance.
  • David James Michael: milliardaire, responsable du complot mis en place par les Volontaires Pour un Avenir Meilleur à l’aide des implants cérébraux mis au point par Shenneck (voir Dark Web).
  •  Luther Thilman: shérif du comté, afro-américain; humble et respectueux d’autrui.
  • Rob Stassen: adjoint du shérif Thilman; fait une totale confiance à son chef.
  • Booth Hendrickson: envoyé du ministère de la justice; beaucoup moins clean qu’il ne veut le faire paraître.
  • Jason Drucklow: détective privé.
  • Marshall Ackerman: un des responsables des « Volontaires Pour un Avenir Meilleur »; contact de Drucklow.

Les lieux:fbi.jpg

Certes, La Chambre des Murmures est un thriller qui aborde un sujet grave, aux multiples péripéties, ce qui n’empêche pas l’auteur d’offrir un texte aux descriptions soignées propres à créer des décors réalistes, parfaitement intégrés dans l’histoire, dans une débauche d’adjectifs parfois pesante: « Les couches de neige s’accumulaient sur un paysage ensommeillé dont les vallonnements évoquaient les silhouettes de rêveurs endormis. Les squelettes des arbres figés par l’hiver formaient un tableau monochromatique avec les buissons persistants aux feuilles cotonneuses dans la lumière spectrale de l’immensité neigeuse. » (Page 73).

Néanmoins, je reconnais à Dean Koontz une indéniable aisance dans la mise en scène: « Elle longea le mur de la cage d’escalier en montant à l’étage, dans l’espoir vain d’éviter que craquent les marches, et effectua un tour complet du premier afin de s’assurer qu’il n’y avait personne. La maison se trouvait au coeur d’un quartier prisé, toutes les chambres disposaient de leur propre salle de bains, mais l’atmosphère de vide qui régnait autour d’elle donna à Jane le sentiment d’un déclin entamé. » (Page 13)

En conclusion:

Cette suite de Dark Web présente certaines qualités, notamment l’intensité dramatique, le suspense de certaines scènes et la composition des personnages. Bien sûr, le thème du complot international mis au point par des hommes riches avides de pouvoir est galvaudé dans les thrillers, surtout américains. Mais le grand mérite de La Chambre des Curiosités est de dénoncer, dans un récit qui reste captivant malgré ses faiblesses,  l’éternelle poursuite de l’argent et du pouvoir au détriment de valeurs humaines qui devraient être bien plus importantes.

Néanmoins, je me pose une question: comment est-il possible qu’une femme seule, recherchée par toutes les polices de son pays, poursuivie par des personnes sans scrupules prêtes à tout pour sauvegarder leur secret et leur mainmise sur des représentants d’organismes gouvernementaux puissants, comment est-il possible, dis-je, qu’elle parvienne à traverser le pays de long en large sans jamais se faire arrêter, à pénétrer chez ses ennemis sans laisser pratiquement aucune trace, à ne subir aucun blessure grave? Oui, comment ??…On se croirait dans un film américain de série B…

Citations:

« La société est ainsi faite que les criminels sont plus nombreux que les personnes chargées de les poursuivre, si bien que les flics se voient régulièrement contraints de trier dans la lie, au même titre qu’un urgentiste est obligé d’établir une hiérarchie entre les blessés dont il a la charge, en cas de crise. » (Page 64).

« Que se passerait-il s’ils parvenaient à la capturer et à lui injecter un mécanisme de contrôle? Si on lui ordonnait d’aller retrouver son fils, de le tuer, et de se suicider ensuite? Pire, de le tuer et de ne pas se suicider, l’obligeant à survivre en sachant quel sort elle lui avait fait subir? Elle avait cru pouvoir mesurer les risques qu’elle prenait, mais ce n’est pas sans raison que les poètes et les sages différencient les cercles de l’enfer. Elle venait d’entrevoir des conséquences plus terribles que toutes celles qu’elle avait pu imaginer jusque-là. » (Page 92).

« -Vous ne connaissez pas ces gens-là. Ils ont décidé de changer le monde afin de le dominer comme personne avant eux. En présence d’un enjeu pareil, vous devez bien vous douter qu’ils me tueront, m’enterreront et pisseront allègrement sur ma tombe sans l’ombre d’une hésitation. Ils savent qui vous êtes et ils me connaissent, leur confiance s’arrêtera là. Je serai réduit au rang de simple déchet. Ces gens-là sont sans pitié. » (Page 151).

« L’époque où Internet était un territoire vierge est révolue, poursuivit Jane. Aucune information hostile aux autorités ne se retrouve sur le Net sans raison. Si elle est disponible à tous, c’est qu’il y a une bonne raison, sinon ils l’auraient fait disparaître ou l’auraient maquillée depuis longtemps. » (Page 163).

6 commentaires sur « Passion thriller: La Chambre des murmures, Dean Koontz. »

  1. Je suis un grand fan de Koontz depuis le début des années 80, c’est dire 😉
    Même si le Koontz actuel n’a plus rien à voir avec celui de l’époque, j’aime cette série, son personnage principal. Et puis l’auteur, en vieux routier, mène ça avec beaucoup de maîtrise

    Aimé par 1 personne

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