Publié dans Angleterre, éditions De Borée, cadavre, enquête criminelle, littérature britannique, Passion polar historique, prostitution

Passion polar historique: L’inconnue de Queen’s Gate, Anne Martinetti.

Faisons bon accueil à Beth Huntly, nouvelle venue parmi les enquêteurs venus du passé. Vous verrez combien Beth, bien qu’elle soit illettrée, est une femme  très attachante et perspicace…

L’auteur:

OIPAnne Martinetti, auteur de romans policiers historiques, est par ailleurs passionnée de cuisine. Elle s’est ainsi penchée sur les péchés gourmands des écrivains, de cinéastes ou de leurs héros, donnant lieu à des livres de cuisine qui remportent du succès. Reconnue comme une spécialiste internationale d’Agatha Christie, elle donne régulièrement des conférences littéraires et intervient pour des démonstrations gastronomiques.

Le roman:

L’inconnue de Queen’s Gate a été publié par les éditions De Borée en 2019 dans la collection Vents d’Histoire. C’est le premier opus d’une série consacrée à Beth Huntly. Le récit se déroule au rythme de chapitres courts racontés à la première personne par Beth elle-même et à la troisième personne lorsque Beth n’y figure pas. Cette alternance de points de vue donne une certaine authenticité au roman.th (3)

Le style, classique quand l’auteur brosse des portraits ou décrit les événements,  s’emballe et devient plus haletant dans les scènes d’action: « Je ne lui réponds pas et m’élance. Je traverse sans regarder. Un cab manque me faucher. Je me fais insulter copieusement. un autre m’évite de justesse. J’entends le claquement d’un fouet. Je ne m’en soucie pas. J’arrive de l’autre côté. » (Page 110).

Fil rouge: considérations culinaires, recettes et ingrédients…donne parfois l’eau à la bouche!!

L’intrigue:

Londres. Décembre 1899. Alors que Beth, cuisinière à l’essai chez les Hewes, fume un cigare dans la cour après son service, elle découvre une femme assise sur le banc, appuyée contre la fontaine, un couteau indien planté dans son cou, les boutons de son chemisier arrachés. L’arme du crime est le couteau indien que Rajiv, valet indien, a offert à son maître lord Hewes qui l’utilise pour ouvrir son courrier.

Pourtant, nul dans la maison ne semble connaître la morte. Evidemment, vue la position sociale du maître des lieux, l’enquête doit se faire la plus discrète possible: si le lord était accusé de meurtre, que deviendraient l’ordre des choses qui régit la bonne société londonienne? Mais lorsque le surintendant chargé de l’enquête découvre sur le corps de l’inconnue le tatouage d’une prostituée, les choses se gâtent.

OIP (3)Beth, bien décidée à conserver sa place, prend les choses en main. Elle décide, à l’instar de Sherlock Holmes dont elle suit les aventures, de mener son enquête, d’autant que la police pense que le meurtrier n’est autre que Rajiv, le valet de monsieur, et l’arrête sans autre forme de procès. Le pauvre homme ne possède pas d’alibi, ou n’est pas en mesure d’en fournir un; étant étranger de surcroît, il constitue le coupable idéal. Mais d’ici que Beth, son amante, soit accusée de complicité, il n’y a qu’un pas que la jeune femme est bien décidée d’empêcher.

Les personnages:

  • Beth Huntly: très bonne cuisinière, écossaise catholique, du caractère; illettrée mais excellente mémoire; aime fumer des cigares.
  • Lady Hewes: épouse de lord Hewes; aime le confort moderne et tout ce qui est français; mère de quatre enfants, suffragette.
  • Lord Hewes: un certain penchant pour les femmes indiennes; a vécu en Inde dans ses jeunes années.
  • Miss Katryn: fille de lord et lady Hewes; caractère indocile, se complaît dans la désobéissance, aime fouiner dans la maison.
  • Rajiv Singhore: valet indien de lord Hewes, amant de Beth; semble indifférent à tout ce qui l’entoure.
  • Alexander Hewes: fils de lord et lady Hewes; âgé de 19 ans, laid, mène une vie dissolue.
  • Maître Brownton: avocat et ami de lord Hewes.
  • Superintendant James Bent: chargé de l’enquête; imbu de son importance.
  • Arthur Mayor: adjoint de Bent; excellent policier, doué, intuitif, intègre.
  • Lilian Carter: journaliste.

Les policiers londoniens, appelé bobbies en hommage à leur créateur sir Robert Peel, OIP (5)habillés de leur élégant uniforme bleu, leur tête protégée par un casque bombé, sont chargés de faire régner l’ordre dans la capitale: « A tout heure du jour ou de la nuit, l’habitant les trouve sur son chemin. Ils avertissent en cas d’incendies ou d’effractions, écartent les embarras, préviennent les dangers, veillent sur tous et sur tout. Chaque policeman supervise un îlot composé d’un certain nombre de demeures qu’il peut pour ainsi dire embrasser du regard. » (Pages 28-29).

Les lieux:

OIP (2)Reconstitution historique minutieuse du Londres de 1899 conférant au roman justesse de ton et ancrage dans la réalité de l’époque: « Je passe devant le chantier de l’ancien musée de South Kensington rebaptisé au printemps Victoria and Albert Museum en l’honneur de la reine qui en a posé la première nouvelle brique. Noyées dans l’obscurité, ses façade sont bardées d’échafaudages inquiétants. » (Page 10)… »Après un rapide coup d’œil au-dessus de ma tête, je décide de remonter le trottoir mouillé de neige fondue en direction de Kensington Gardens. La police patrouille plus que de raison sur cette artère cossue, habitée par le gratin londonien. Plus que dans Cromwell Road, à cette heure-ci désertée de ses commerçants, qu’à Whitechapel ou sur les Docks… » (Page 28)…

En conclusion:

Le+: carnet de recettes de Beth que vous trouverez en fin de volume avec toutes les instructions pour réaliser les délicieuses compositions culinaires que concoctent la jeune femme tout au long du récit.

L’inconnue de Queen’sGate est un roman policier historique très agréable à lire, passionnant autant par sa reconstitution scrupuleuse, ses personnages attachants aux personnalités complexes que par son intrigue très bien construite. Bienvenue à Beth Huntly, nouvelle venue dans l’univers des enquêtrices atypiques qui, espérons-le, accomplira une longue et fructueuse carrière à nos côtés.

Citations:OIP (4)

« A cette heure avancée, la maison des Hewes ressemble à une part tranchée de gâteau à la fraise et à la crème. Et moi, je sais que ce n’est pas MA maison. Je prends soin des gens qui y vivent comme si c’était ma famille, peut-être mieux même, mais c’est contrer espèces sonnantes et trébuchantes, et pas pour la vie. » (Page 11).

« J’ai donc pu constater que les écrivains sont des hommes comme les autres, qu’ils ont l’œil égrillard après avoir goûté plus que de raison au porto de Monsieur, qu’ils ne savent pas dissimuler quand une fille les excite, et qu’ils considèrent les domestiques comme des animaux, dont ils peuvent parler en termes crus même en leur présence, puisqu’il est avéré que les domestiques n’ont ni âme ni oreilles. » (Page 14).

« Les Britanniques combattent les Boers en Afrique du Sud, avec comme justification l’exigence de droits pour les citoyens britanniques immigrés dans les Etats boers. Il est donc possible à un Etat de faire la guerre à un autre pour des droits civiques, font le droit de vote. Mais ce même Etat refuse le droit de vote à ses citoyennes sur son propre sol! » (Pages 123-124).

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