Publié dans adultère, amour, éditions De Borée, Passion lecture

Passion lecture: Les Brumes du Causse, Marie de Palet.

Un regard lucide mais bienveillant sur la nature humaine…

L’auteur:

téléchargement (2).jpgMarie de Palet, ancienne institutrice en établissements privés en Lozère, se consacre, depuis sa retraite, à l’écriture de romans populaires, étiquette revendiquée par l’auteur elle-même. Ses romans sont l’occasion pour elle de mettre en scène sa région d’origine dans lesquels elle dévoile aux lecteurs sa connaissance intime d’un monde perdu, celui des paysans d’autrefois, qu’elle fait revivre avec une justesse de ton rarement égalée.

Le roman:

Les Brumes du Causse a été publié par les éditions De Borée en version grand format en 2013 et dans la collection Terre de Poche en 2019. Marie Palet, grâce à un style accessible,th (3) exprime les choses simplement, sans détours, avec franchise et pudeur: « A côté de ses activités agricoles, Aristide avait pris la succession de son père à la mairie de Blachères quand celui-ci s’était senti trop vieux pour briguer un dernier mandat. Le jeune homme qu’il était alors avait accepté cette charge comme il avait accepté la ferme et ses obligations. Cependant, il avait pris goût à la politique et s’était vu confier, en plus, le mandat de conseiller général, fonction à laquelle il avait été élu haut la main. » (Page 31).

Le rythme de l’histoire se déroule assez lentement, laissant à chaque personnage le temps d’agir, de réagir ou de parler, chacun à sa convenance, laissant le temps au lecteur de voir chaque partie de la scène : « Les deux valets avaient saisi le vieillard, un par les pieds, l’autre par les épaules, et le triste cortège s’était dirigé vers le village. Personne ne soufflait mot. Cornelia tremblait comme une feuille. Bertille marchait près d’elle, le visage fermé, et la grand-mère, France, était soutenue par Julien et Hillaire, ses petits-fils. Paulin, près du corps, marmonnait des paroles incompréhensibles et agitait les bras en tous sens. Les porteurs eurent du mal à monter les marches de l’escalier. » (Page 10).

L’intrigue:

Aristide Barthier, 83 ans, maire de Blachères, est retrouvé à cent mètres de sa ferme, sur un chemin qu’il n’empruntait jamais, mort d’un violent coup assené sur la tête. Lorsque Cornelia, sa petite-fille, le découvre, le corps est encore chaud. Qui a bien pu assommer cet homme que tout le village aimait et respectait?

Pourquoi son fils Paulin n’alerte-t-il pas les gendarmes? Pourquoi ment-il quand il affirme que le vieil homme a fait une mauvaise chute? Aurait-il décidé de se débarrasser d’un père trop encombrant qui se refusait à lui passer le flambeau de ses activités politiques? Aristide connaissait-il un secret pour lequel on aurait voulu le faire taire?

téléchargement (1)Le même soir, la Serpette trouve dans le fond de son potager un nouveau-né nu, emmailloté dans une couverture. Les deux événements sont-ils liés? Quel secret cache cette naissance clandestine?

Des années plus tard. L’Armistice vient d’être signé. Frédéric rentre au village sans une blessure, ce qui fait jaser les méchantes langues de Blachères. Le jeune homme est toujours taraudé par le désir de découvrir le secret de sa naissance et l’identité de ses parents. mais est-il bon de remuer le passé? Ne serait-il pas plus raisonnable de le laisser dormir en paix pour sa tranquillité et celle du village?

Les personnages:

  • Aristide Barthier: maire de Blachères; homme honnête et droit, beaucoup de charisme; caractère jovial et chaleureux; toujours prêt à venir en aide aux démunis: 83 ans.
  • France: femme d’Aristide.
  • Paulin: fils d’Aristide; homme calculateur, profiteur, manquant de la droiture et de la franchise de son père; caractère fourbe et cruel.
  • Bertille: femme de Paulin.
  • Julien : petits-fils d’Aristide; caractère ombrageux, taciturne et lointain.
  • Victor: frère de Julien; tout l’opposé, joyeux luron.
  • Cornelia: petite-fille d’Aristide; 30 ans, pas mariée.
  • Marie Bernard: surnommée « La serpète »; veuve sans enfant; mère adoptive de Frédéric, 53 ans.
  • Frédéric: enfant trouvé et recueilli par Marie; honnête et travailleur.
  • Céleste: soeur de Marie; fermière à Balduc.
  • Balthazar Mounier: mari de Céleste.
  • Anthonin: domestique des Mounier, dur à la tâche; 52 ans.

Les lieux:téléchargement (3).jpg

L’histoire racontée dans Les Brumes du Causse se déroule dans la seconde moitié du 19e siècle, dans une région reculée, un peu sauvage, aux paysages grandioses. Le village de Blachères et la ferme de Balduc se situent à quelques kilomètres de Mende, préfecture de la Lozère: « De l’endroit où il était, Frédéric s’approcha du bord. Toute la vallée de la Nize se découvrit à ses yeux. Le soleil avait chassé les dernières écharpes de brume et la rivière brillait d’un éclat argenté partageant la vallée en deux: l’adret avec ses champs de blé qui ondulaient dans la brise en de gracieux mouvements de velours de tous les tons de vert; sous les flancs du causse de Mende, en face, la terre montait à l’assaut de la butte, s’appuyant sur des arbres et dessinant des ravins aux reflets bleus. » (Page 111).

Reconstitution d’un monde rural révolu: Marie de Palet décrit avec beaucoup de justesse la vie quotidienne rythmée par les saisons et les travaux de la terre de ces hommes et de ces femmes entièrement dévoués à leur domaine, vivant une existence simple et rude, sans le secours des machines agricoles ou du confort moderne. Un monde où le facteur, en l’absence de boîtes aux lettres, rentre dans les maisons et pose le courrier sur la table. Où les journaliers, riches de leur seule faucille, louent leurs services de ferme en ferme. Où l’on ne refuse jamais un verre de vin et un quignon de pain au passant.Mais où l’on connaît la valeur du travail bien fait, de la sueur et de l’effort, de la terre qui coule entre les doigts, de l’autorité du père et du devoir des fils…

En conclusion:

OIPLes brumes du Causse, malgré une chronologie parfois fantaisiste, un roman de terroir porté par la plume énergique de Marie de Palet qui sait, en quelques mots bien choisis, brosser un décor, une ambiance, dresser des portraits de personnages engoncés dans leurs préjugés, leurs ambitions, leurs cachotteries…

Le +: On plonge directement dans le drame familial avec la mort du maire et l’abandon d’un nouveau-né. Des gens prêts à tout pour sauvegarder leur prestige, leur notoriété. Une intrigue qui flirte le mystère, les secrets de famille qui resurgissent toujours au moment où on s’y attend le moins, abordant des thèmes intemporels tels que la jalousie, l’hypocrisie, l’ambition, la vénalité, les convenances…Mais également la droiture, la générosité, l’abnégation…La morale de cette histoire?? On a toujours le choix entre faire le bien et faire le mal. Il faut juste ne pas oublier qu’un jour ou l’autre, on paie ses erreurs et ses fautes; et que le rachat est toujours possible…

Citations:

« En tout cas, il ne faut pas que cette histoire sorte de la maison, sinon s’en est fini de notre réputation et nous pouvons dire adieu à la mairie et à bien d’autres choses…-Je ne vois pas pourquoi, on n’y est pour rien. -Tu es jeune, tu ne sais pas juger les gens et tu ne connais pas la méchanceté… » (Page 15).

« Le pauvre Aristide n’avait pas encore refroidi que déjà tout s’organisait autour de son cadavre, dans cette douce soirée d’été, alors que les grillons faisaient monter vers le ciel leur chant monotone et que les chauves-souris passaient et repassaient. Leur vol rapide et silencieux frôlait la maison et apportait au drame qui s’y était joué un parfum de mystère et de menace. » (Page 36).

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