Publié dans amour, aventures, éditions De Borée, endoctrinement, guerre, Passion roman historique

Passion roman historique: Les Marais de Bourges, Edouard Brasey.

Une fine analyse du comportement humain en période d’Occupation: deux camps en opposition? Ou des êtres dramatiquement humains en proie à la peur, à la couardise, à l’égoïsme de vouloir avant tout sauver ses biens et les siens?

L’auteur:

édouard braseyEdouard Brasey est un romancier, essayiste, scénariste et conteur français né à Marseille le 25 mars 1954.  Il est l’auteur de plus de 70 livres traduits en plusieurs langues , notamment anglais, russe, japonais, espagnol, portugais et italien), lauréat de divers prix littéraires.

(Prix Merlin 2009, Prix du jury Imaginales 2006, Prix Claude Seignolle de l’Imagerie 2006) et bénéficiaire de deux Bourses de création du Centre National du Livre. Spécialiste reconnu des contes, des légendes et de la Fantasy pour lesquels il a publié de nombreux ouvrages de référence, il est un écrivain à succès de thrillers contemporains et de romans policiers.

Le roman:

Les Marais de Bourges a été publié par les éditions De Borée en 2019. Le style fluide coule comme l’eau pure d’un ruisselet. Le vocabulaire est soigné sans être trop recherché: « Un corbeau égaré s’envola d’un fourré, les effleura de ses ailes déployées avant de se fondre dans l’air. Son croassement retentit longtemps dans le ciel qui commençait à se pommeler de nuages. » (Page 20).th (3)

Le mélange de précisions historiques et d’intrigue fictive donne toute son épaisseur et son intérêt au roman, dont on sent le soubassement de recherche documentaire très sérieux.

L’intrigue:

Pour Jacques, fils d’un des plus importants notaires de Bourges, l’avenir semble tout tracé: il fera son droit, travaillera dans l’étude paternelle, épousera une femme issue de la bonne société berruyère qui lui donnera des enfants aptes à reprendre la relève. Bien entendu, Zoé n’a pas sa place dans ce panorama idyllique. Mais les jeunes gens s’aiment et vivent leur amour à l’abri des marais qui entourent la ville.

bourges.jpg
Bourges

La capitulation et l’occupation de Bourges changent la donne, poussant chacun dans ses retranchements: pour, contre, neutre, chacun selon ses propres motivations. « Moi aussi, je veux rester français, reprit Jacques d’un ton sec. C’est pourquoi je soutiens l’action du Maréchal. Sans lui, nous aurions fini dans un bain de sang. Tandis que là…Les Allemands défilent chez nous, oui, mais sans s’en prendre aux civils, que je sache. La guerre est finie, Zoé. Nous allons connaître à nouveau la paix. -La paix sous la botte des Boches? Jamais! » (Page 51).

Malgré son hostilité à l’égard des envahisseurs, la jeune fille est contrainte par son père de travailler aux usines Balland, spécialisées dans la fabrication de munitions et de grenades, constituant par là un lieu hautement stratégique et surveillé. Mais Zoé, qui ne s’en laisse pas compter, est décidée à résister avec ses faibles moyens. Elle accepte de servir de messagères pour son patron, qui fait partie d’un réseau de Résistance.

Tandis que Jacques, sous prétexte de voir de l’intérieur comment fonctionne l’administration allemande, accepte un poste à la Kommandantur. Les années passent. La lutte contre l’envahisseur se durcit. L’amour et les projets d’avenir des deux jeunes gens survivront-ils à la guerre et à leurs profondes divergences?

Les personnages:OIP

Les Marais de Bourges met en scène des personnages qui illustrent un éventail très complet des opinions et attitudes des Français face à l’Occupation, avec finesse, sans tomber dans la caricature: les réfractaires; ceux qui font confiance à Pétain; les profiteurs sans avis politique; les naïfs qui croient en la bonne foi du gouvernement de Vichy; les sympathisants et les collabos. Toute une galerie de personnages complexes, en proie à leurs doutes, leurs émotions et leurs passions dans un contexte explosif.

  • Jacques Delamare: ami d’enfance et amoureux de Zoé; fils d’un des plus importants notaires de Bourges.
  • Zoé Marchandot: petite amie de Jacques; fille de bistrotier, employée à l’usine d’armement; caractère bien trempé, entier, exigeant, forte tête, ne mâche pas ses mots; nature franche et loyale.=>Symbolise les réfractaires.
  • Jules Marchandot: bistrotier, père de Zoé; homme violent, cupide, vile et méchant; vantard et alcoolique =>Symbolise les profiteurs de la détresse des autres pour s’enrichir.
  • Maurice: frère de Zoé; travaille avec son père.
  • Albert Delamare: notaire, père de Jacques; bon vivant, aime les bonnes choses, nature sanguine et emportée. => Symbolise les sympathisants par nécessité, accrochés à leurs privilèges.
  • Yvonne Delamare: mère de Jacques; bourgeoise jusqu’au bout des ongles, indifférente aux événements.
  • Marcel Bacoulard: SDF par choix, méprise les biens de ce monde, vit dans un galetas en compagnie des chats du quartier; excellent dessinateur; vingt-sept ans; esprit fort, un rien misanthrope et provocateur; personnage très sympathique.
  • Pierre-Marie Paoli: fils de l’herboriste, pro-allemand; âgé de dix-neuf ans; audacieux, ne craignant rien, se croyant invulnérable; pratique le marché noir; prêt à tout pour s’intégrer auprès des représentants du Reich. =>Symbolise les collabos.
  • Marceline: Alsacienne âgée de trente-quatre ans; maîtresse de Pierre-Mary.
  • Louis Balland: patron de l’usine d’armement où travaille Zoé; ingénieur agronome de formation; créateur d’un nouveau type de grenade; nature réfléchie et posée, admiré et aimé de tous ses employés. =>Symbolise les résistants.
  • Romain Larcher: collègue de Zoé; communiste militant; responsable des liaisons entre les différents réseaux communistes.
  • Ersnt Fruhling: officier de la Kommandantur hébergé chez les Delamare; professeur de mathématiques avant la guerre; maniaque de l’heure.
  • Cyprien Passepoil: contremaître; gueule cassée de la Grande Guerre; fervent maréchaliste, défenseur de la collaboration franco-allemande; hostile aux syndicats et aux communistes. =>Symbolise ceux qui font confiance à Pétain.

Les lieux:marais

A l’heure de l’Occupation, Bourges, ville au passé pourtant riche et glorieux, sombre dans une atmosphère délétère qu’ Edouard Brasey illustre en évoquant les anciens lieux désormais pervertis par la corruption, le marché noir et les délations. L’histoire qui se déroule en partie à Bourges, en zone occupée, et à saint-Florent-sur-Cher en zone libre, montre la dualité d’une France coupée en deux par la ligne de démarcation dans le quotidien de Zoé: la jeune fille, domiciliée à Saint-Florent, se rend quotidiennement de l’autre côté sur son lieu de travail: « Entre les deux, une ligne de démarcation s’étendait sur près de mille deux cents kilomètres, de la frontière suisse aux Pyrénées. Cette ligne traversait le département du Cher de part en part, telle une flèche pourfendant le cœur de la France. Ironie du sort, son tracé passait au Subdray, à cinq kilomètres au nord de Saint-Florent-sur-Cher. Le bistrot de Jules Marchandot demeurait donc en zone libre. Pour franchir la Ligne au Subdray, matérialisée par des postes de surveillance gardés d’un côté par des militaires allemands, de l’autre par des gendarmes français, entre lesquels s’étendait une zone neutre constamment surveillée par des patrouilles avec des chiens, il fallait présenter des autorisations en règle, accordées au compte-goutte par les autorités et dans un cadre très précis. » (Pages 55-56).

En conclusion:

Tout l’intérêt de ce roman historique réside dans la capacité de l’auteur à mêler harmonieusement fiction et réalité: le destin de certains personnages du roman se confondant avec l’histoire avec un grand H: « Romain Larcher et ses camarades avaient été transférés au camp de détention de Royallieu, à Compiègne. Ils avaient rejoint d’autres militants communistes ou syndicalistes arrêtés depuis le 22 juin 1941, jour de l’attaque allemande contre l’Union soviétique. Plus de mille communistes, ou supposés comme tels, avaient été interpellés en zone occupée par les militaires de la Wehrmacht, avec le soutien actif de la police française. » (Page 235).

Le+: Edouard Brasey sait poser un décor crédible en quelques pages contenant seulement les indications nécessaires afin de se lancer ensuite dans le récit en tout connaissance de cause: qui, quoi, où.

bourges 2.jpg
Bourges

Le +: au fur et à mesure que le récit se déroule, on voit la situation se dégrader. Au début du roman, l’atmosphère est encore bon enfant, malgré la déroute de l’armée française et l’occupation d’une bonne moitié du pays. Jacques et Zoé continuent de se retrouver dans les marais, ne s’inquiétant que de leur amour et de leur avenir, ne songeant à aucun moment que la guerre va les rattraper et, peut-être, broyer leur destinée. Puis, les choses se gâtent: Jacques entre à la Kommandantur et Zoé travaille en zone occupée. Dès lors, sur le canevas des événements historiques, les protagonistes de Les Marais de Bourges se débattent pour leur survie et la sauvegarde de ce qui peut l’être, nous posant à des dizaines d’années de distance des questions d’éthique bien complexes.

Citations:

« Quand on est un jeune homme « de bonne famille », il faut à tout moment se justifier des privilèges dont on dispose et dont les autres sont privés. A force, il finissait par avoir honte d’avoir vu le jour dans une famille aisée. Aurait-il pour autant préféré naître pauvre et nécessiteux. Certainement pas. Si la richesse est parfois un peu lourde à porter, la misère, elle, est intolérable. » (Pages 15-16).

« -Tu rêves, Jacques! Tu parles comme si ton Maréchal était l’hôte accueillant de visiteurs inattendus à qui il proposerait des patins de feutre pour qu’ils ne rayent pas le parquet avec leurs bottes. Moi, je ne lui fais pas confiance à ce Pétain. Notre liberté, c’est à nous de la reconquérir. » (Page 73).

« La jeune fille ressentait un pincement au coeur chaque fois qu’elle franchissait la Ligne. Il suffisant d’un rien pour que tout bascule. Ce qu’elle éprouvait n’était pas de la peur mais un sentiment ineffable qui s’apparentait à l’ivresse. Cette ivresse que ressent le joueur au moment où le croupier actionne la roulette qui va décider de sa bonne ou mauvaise fortune. Noir ou blanc. Impair ou passe. Chaque jour, Zoé jouait sa liberté et sa vie sur un coup de dés. » (Page 100).

« Pierre-Marie avait acquiescé. Si ça pouvait lui faire plaisir et contribuer à lui ouvrir des portes et satisfaire son ambition, il était prêt à dire du mal de tous les juifs du monde. » (Page 139).

« Rien, décidément, n’était simple dans cette guerre. Zoé avait cru au départ à un conflit avec deux camps en face: les bons et les méchants, les Français et les Boches. Mais voilà qu’en un an à peine tout était devenu beaucoup plus compliqué, que le noir et le blanc se mêlaient dans un camaïeu de gris. Certains Français comme Jules Marchandot tiraient profit de la situation pour exploiter leurs prochains en se remplissant les poches, tandis que des Allemands comme Otto risquaient leur vie pour des inconnus. » (Page 145).

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