Publié dans angoisse, éditions Hugo Thriller, Passion polar français

Passion polar français: Le Singe d’Harlow, Ludovic Lancien.

Un roman coup de poing qui devrait séduire nombre de lecteurs par son style et son intrigue tissée sur des passages de la mythologie grecque.Passionnant !!

L’auteur:

77428056_538492563410722_1152289143686955008_n copieBreton dans l’âme, Ludovic Lancien est un amoureux de la terre et des livres. A tel point que la lecture fait partie de ses activités quotidiennes. Il a même créé son propre blog. Sa participation, et sa victoire, au concours Fyctia suspense lui donne l’occasion de révéler, dans ce premier roman, sa plume originale et incisive.

Le roman:

Le Singe d’Harlow a été publié par les éditions Hugo Thriller en 2019, dans la collection Hugo Poche. Le style résolument moderne de ce premier roman est assez déconcertant, alliant des phrases longues et des phrases courtes, effet de style qui contribue à déstabiliser le lecteur, l’entraînant dans l’intrigue sans espoir de retour: « Et s’il se souvenait bien d’une chose, c’est pourquoi il en était arrivé là. Pas comment. Mais pourquoi. Il humecta avec sa langue ses lèvres gercées, avant de partir dans une quinte de toux qui semblait vouloir lui arracher les poumons. Il était épuisé. Epuisé d’attendre. Ereinté d’être à la merci de ce dégénéré. D’être à l’état de loque. » (Pages 13-14).téléchargement

Le vocabulaire souvent familier donne le ton de ce roman rude, acerbe: celui des crimes brutaux commis par l’assassin et du caractère non moins abrupt du lieutenant chargé de l’enquête: « Lucas repensa à l’enveloppe trouvée sur son paillasson. Ce fou furieux s’était tenu sur le seuil de son appartement. Il aurait pu rentrer chez lui, armé du flingue ayant servi à dessouder le camé. Lucas se serait pris un pruneau avant de bouger le petit doigt. » (Page 68).

L’intrigue:

L’inspecteur Lucas Dorinel reçoit un curieux message anonyme: une adresse à Brest suivie des mots: »Les bêtes seront sacrifiées », tandis que le prêtre Gaël Tisserand reçoit le même message, sans l’adresse. A l’adresse indiquée, Lucas tombe sur une scène de crime et ses collègues, arrivés juste avant lui: ils trouvent le cadavre d’un homme assis sur une chaise, recouvert de terre comme si on l’avait déterré, mort depuis au moins une semaine; sur la langue du mort, une obole grecque comme celles que l’on plaçait dans la bouche des défunts afin de payer Charon, le nocher du Styx, fleuve des Enfers.

Dans la pièce à côté, une curieuse mise en scène, rappelant des rites inspirés de la mythologie grecque: une pâtisserie et une canette de soda. Sur le mur, le même message que celui adressé à Dorinel. Quelle est sa signification? Pourquoi le tueur semble-t-il vouloir impliquer Lucas dans l’enquête? Comment connaît-il son adresse?

Pour Lucas, il est clair que ce meurtre n’est qu’un début, que le tueur ne va pas s’arrêter là. Au fait, pourquoi le divisionnaire, qui n’apparaît jamais sur aucune scène de crime, était-il sur place à l’arrivée de Lucas?

La réponse à ces questions réside-t-elle dans le passé du père Tisserand à Nantes? Où dans la violente agression dont la victime s’est rendue coupable huit ans plus tôt? Une affaire complexe sur laquelle plane le mystère Lucas: pour quelle raison a-t-il été rétrogradé? A cause de son caractère violent? Ou pour son désir de combattre le mal par le mal, coûte que coûte?

Les personnages:

  • Lucas Dorinel: lieutenant de police depuis dix mois à Brest suite à une sanction disciplinaire; penchant pour la violence et les méthodes « musclées »; adepte des arts martiaux afin de canaliser sa colère; grossier et provocateur.
  • Eric Clément: capitaine de la PJ, supérieur hiérarchique de Dorinel; tire-au-flanc surnommé « Limace ».
  • Mathieu Auffret: lieutenant collègue de Lucas avec qui il s’entend le mieux; naturel fringant et enjoué.
  • Patrice Fulgier: divisionnaire de la PJ; brille par son éternelle absence.
  • Albert Jaouen: médecin légiste.
  • Gaël Tisserand: homme de Dieu; physique de rugbyman.
  • Michel Verneuil: promoteur immobilier, P-D-G de la société Rodin.
  • Simon Leroux: journaliste; teigneux, ne lâche jamais rien; a enquêté sur le passé de Lucas, flairant le bon scoop.
  • Nolween Sagot: collègue de Lucas; tempérament de feu.
  • Marc Ravel: psychologue de Lucas, réputé pour traiter les cas difficiles; voix de basse profonde.

Les lieux:

Les descriptions des lieux sont succinctes, taillées au scalpel, comme la ville de Brest: « Il descendit la rue de Siam, artère principale de la ville, mondialement connue des marins venus de tous horizons… Enfin, il tourna à droite, dans une voie à sens unique. Porte cochère. Immense. Prête à l’avaler en une bouchée. » (Pages 107-108).

Le commissariat: « Pièce exiguë, table ronde en formica, cadres en bois des fenêtres gonflés par l’humidité, peinture jaune s’écaillant par plaques, comme atteinte de la lèpre. Petit commissariat, petite équipe. Petits moyens. » (Page 80).

En conclusion:

Le Singe d’Harlow, premier roman de Ludovic Lancien, est un récit sombre, une plongée vertigineuse dans les tréfonds de la détresse humaine, sa noirceur, ses lâchetés et ses compromissions inacceptables.

Le +: un canevas basé sur les rites funéraires de la Grèce antique.

Un roman « coup de poing », violent, addictif, passionnant, qui se lit d’une traite, en apnée, tournant page après page, se demandant jusqu’où la violence gratuite va nous mener…

Citations:

« Son regard fuyant lorsqu’il ne parlait pas, comme attiré par les abîmes, et ses traits creusés sur lesquels le Vampire pouvait lire toute sa détresse: Lucas en avait bavé sur Paris. Il y avait laissé une partie de son âme, de sa chair, comme on s’arrache de l’Enfer un soir de pluie. » (Page 50).

« Ce qui en ressort, c’est que l’être humain a tendance à trop vite se croire invincible. Le mot « vanité » revient à de nombreuses reprises à travers les textes. Ce mot peut être vu sous différents prismes: un, l’homme pense, à tort, qu’il peut régner en maître sur les autres espèces, semer le mal autour de lui sans crainte des conséquences. Deux, l’homme reste, quoi qu’il advienne, condamné à mourir. Tout est vain, futile. » (Page 90).

« Il en était arrivé à un point où chaque action requérait un temps important de réflexion. Ce qu’il ne s’avouait pas, c’est qu’il avait peur. Peur de ne pas savoir. De vivre avec cette épée de Damoclès qui pouvait lâcher d’une seconde à l’autre et fendre son crâne en deux. Il avait peur de mourir, de vieillir aussi. Alors que tout le monde s’amusait à le surnommer le Vampire, il redoutait ce moment où le faucheuse viendrait lui prendre son dernier souffle. » (Page 162).

« Lucas repensa au discours du docteur Dubois. A l’expérience d’Harlow, ce psychologue américain, qui démontrait que l’homme, au même titre que tous les animaux, avait besoin de sécurité affective, à travers une figure d’attachement, pour s’épanouir. Certains grandissaient sans cette figure et s’en sortaient très bien une fois arrivés à l’âge adulte. Mais tout le monde n’était pas immunisé face à ce désastre psychique. » (Page 397).

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