Publié dans amour, éditions De Borée, Paris 1900, Passion roman historique, roman historique

Passion roman historique: Des Nerfs d’Acier, Philippe Lemaire.

Retrouvez le Paris des guinguettes, des cousettes, des marlous et des peintres dans une très belle reconstitution…

L’auteur:

AVT_Philippe-Lemaire_7928Grand reporter à France 3, auteur de chansons, réalisateur de films documentaires, Philippe Lemaire s’est fait remarquer en tant qu’auteur dès son premier roman, Les Vendanges de Lison.

Le roman:

Des nerfs d’acier, quinzième roman de l’auteur, a été publié par les éditions De Borée en 2019. Le style fluide rend la lecture de ce roman historique très agréable, nimbé par le sens de la mise en scène de l’auteur: « Le fiacre s’immobilisa dans l’air frais du petit matin. Au milieu de la clairière se tenait un petit groupe d’hommes en habits, noyé dans un reste de brume…Au milieu du groupe, il reconnut l’étudiant de deuxième année auquel il avait donné cinq francs pour qu’il accepte d’être son second témoin. Un cocher avait dételé le cheval de l’une des voitures dont les téléchargement (1)brancards imploraient le ciel. L’étudiant faisait de grands mouvements de bras pour se réchauffer. Maxence et Johann rejoignirent le groupe. Sous leurs pieds, l’herbe foulée sentait la menthe fraîche. Un grand vieillard osseux coiffé d’un gibus d’une autre époque s’avança vers eux. » (Page 92).

téléchargement (3)Fil rouge: l’ombre de Rimbaud plane sous forme de citations de ses oeuvres que Johan, désireux de devenir un poète aussi fameux, lit de temps à autre.: « Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer; enfantes et géantes, superbes noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur le sol gras des bosquets et des jardinets dégelés… » (Page 13).

L’intrigue:

Février 1887. Après une énième dispute avec son père qui l’oblige à étudier le droit contre sa volonté, Johan, sur un coup de tête, quitte sa Lorraine natale pour conquérir Paris. Pourtant, dès son arrivée, ses rêves sombrent: il se fait rosser et dépouiller. Décidément, la capitale n’est pas telle qu’il l’imaginait.

Mais heureusement, si elle abrite des voyous, elle abrite également des personnes altruistes et généreuses, comme Malou et sa famille qui n’hésitent pas à partager avec lui le peu qu’ils possèdent, sans rien en attendre en retour.

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Chantier tour Eiffel

Juin. Johan, malgré ses déconvenues, commence à s’adapter à sa nouvelle vie. Paris le fascine. Mais l’érection de la tour Eiffel est loin de faire l’unanimité. Le jeune homme, grâce à son ami Moriarty, sur vit comme il peut quand il fait la connaissance du baron Hippolyte Richemond qui, venant de fonder le journal Le Phare, a besoin de journalistes afin de raconter l’épopée de la construction de la Tour.

Les personnages:

  • Johan de Winkler: jeune journaliste.
  • Maxence de Winkler: frère aîné de Johan; étudiant en médecine.
  • Simon Moriarty: ami de Johan; ouvrier sur le chantier de la Tour.
  • Malou Gouverneur: mulâtresse; un temps maîtresse de Johan.
  • Timothée Gouverneur: père de Malou, originaire de Martinique; ancien typographe.
  • Adèle: surnommée La Brindille, modèle, maîtresse de Simon.
  • Hippolyte Richemond de la Houssoie: fondateur du journal Le Phare.
  • Blanche d’Hérouville: feuilletoniste; maîtresse de Moriarty.

Les lieux:

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Guinguette

Une reconstitution du Paris et de ses lieux mythiques des années 1887-1888 convaincante, bien documentée, un monde aujourd’hui disparu où, pour seulement quelques sous, les nécessiteux et la bohême pouvaient manger une soupe chaude, boire un bock de bière.

Le Paris de 1887: pour ceux qui connaissent la capitale d’aujourd’hui que nous imaginons difficilement avoir été autrement, on regarde les décors dressés par Philippe Lemaire les yeux écarquillés de tant de changements: « Il passa devant la gare d’Austerlitz. Au-delà, il se retrouva dans d’immenses terrains vagues qui s’étendaient à perte de vue, parsemés de cabanes en bois où s’écoulaient des vies sans horizon. » (Page 39)…

Montmartre: « Il longea l’impressionnant échafaudage en bois de la nouvelle église que

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Chantier du Sacré-Coeur

l’on construisait à Montmartre. Les fondations sortaient à peine de terre. Des môles de pierres blanches que des tombereaux avaient déchargés pendant la semaine s’élevaient à intervalles réguliers. » (Page 63)…A cette époque pas si lointaine, le butte n’était qu’un village sis dans les faubourgs de Paris, avec ses vignes, ses cabanes où les habitants élevaient des poules, ses lopins de terre où ils cultivaient légumes et fruits, ses pâture où les dernières vaches paissaient en paix: « Johan avait retrouvé avec plaisir les femmes qui bêchaient leur jardin, l’odeur de terre mouillée, les chevaux en liberté, les chants d’oiseaux, tous ces signes qui laissaient croire qu’on était en pleine campagne. » (Page 186).

téléchargement (1)Le chantier de la Tour: illustre la devise du monde moderne sortant à peine des décombres de l’Ancien Régime, abattu un siècle plus tôt, désireux de célébrer ce premier centenaire avec brio et audace: « Toujours plus haut! ». Au moment où débute le roman, les ouvriers sont en train de réaliser les fondations: « D’énormes presses hydrauliques étaient entrées en action la veille afin de soulever les centaines de tonnes de chaque arbalétrier pour qu’il vienne s’ajuster avec une précision d’horloger aux traverses         qui allaient porter la plate-forme du premier étage à une hauteur supérieure à celle des tours de Notre-Dame. Une prouesse technique sans précédent célébrant à la face du monde la capacité des ingénieurs français à relever les défis les plus incroyables. » (Page 157).

En conclusion:

Des nerfs d’acier offre une reconstitution politique, littéraire, artistique, journalistique et sociale de la capitale de la fin du 19e siècle, avec ses conflits, ses rêves de grandeur, ses échecs et ses réussites. Il constitue un hommage vibrant aux ingénieurs audacieux qui ont cru en leur idéal d’une ville moderne, faisant usage de matériaux nouveaux tels que l’acier afin d’ériger une société jetant aux oubliettes vétusté et archaïsme. Stephen Sauvestre, architecte, Gustave Eiffel, Maurice Koechlin et Emile Nouguier étaient de ceux-là. Grâce à sa plume, Philippe Lemaire les fait revivre pour nous.

Le +: les nombreuses allusions littéraires, les progrès techniques tels que les lampadaires électriques, les anecdotes concernant le projet Eiffel et ses difficultés donnent toute sa richesse à Des Nerfs d’Acier. Une lecture intéressante, divertissante qui nous en apprend beaucoup.

Citations:

gustave eiffel
Gustave Eiffel

« Après tout, ce n’était pas désagréable de marcher dans ces rues qui s’animaient. Dans une vitrine de chapelier, une employée arrangeait une grande capeline sur la tête d’une mannequin de cire. Plus loin, un garçon boucher déchargeait des pièces de viande d’une charrette. Une marchande des quatre-saisons dressait son éventaire sur une voiture à bras. Peu avant d’arriver sur les quais de Seine, une Victoria tirée par deux chevaux noirs les dépassa en faisant jaillir une gerbe d’eau. » (Page 37).

« Portées par l’orchestre, les danseuses se déchaînèrent sur la piste, défiant la morale, transformant leurs robes en corolles sensuelles. Le diable s’y faisait dorloter sous les jupons, encouragé par de fringantes levées de jambes qui éclaboussaient les étoiles, tandis qu’à leurs tables, de dignes messieurs en frac et gibus, à l’affût d’un sein cavaleur, frisaient l’apoplexie. » (Page 60).

« Fallait-il être simple d’esprit pour s’intéresser aux frasques d’une célèbre comédienne ayant quitté ivre un palace de la rive droite sans payer la note! (…)Relater les fiançailles d’une demoiselle de l’aristocratie française avec un industriel richissime…la virginité de la donzelle immolée sur un lit d’actions! Parfois, il en avait la nausée et se demandait s’il était fait pour être le témoin de la marche chaotique du monde. » (Page 99).

« Alors que le jour se levait à peine, une cohorte d’ombres silencieuses sortaient de la nuit, encore noyées de sommeil. En marchant, les hommes faisaient craquer la glace dans les ornières.Leurs visages étaient à demi cachés par la casquette de loutre qu’ils portaient comme une sorte de signe distinctif, oreillettes rabattues, le corps enveloppé dans d’épais tricots, les mains enfouies au plus profond des poches. De fins nuages de buée s’échappaient de leurs lèvres entrouvertes. Commençait alors une lente ascension qui le menait au premier étage de la Tour. » (Page 173).

 

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