Publié dans Angleterre, éditions J'ai Lu, guerre, homosexualité, Passion roman historique, roman historique, secrets de famille

Passion roman historique: Lord John Grey tome 2: La Confrérie de l’épée, Diana Gabaldon.

« Quand la famille représente l’honneur d’un homme, les choses prennent une toute autre dimension ».

L’auteur:

téléchargementDiana Gabaldon, née le 11 janvier 1952 à Flagstaff dans l’Arizona, est une romancière américaine. Son père est originaire du Nouveau-Mexique tandis que sa mère, anglaise, est originaire du Yorkshire. Elle vit à Scottsdale avec son mari Doug Watkins et leurs trois enfants. Elle est la mère de l’écrivain de fantasy Sam Sykes. elle est titulaire d’une licence de zoologie, d’un master de biologie marine ainsi que d’un doctorat d’écologie.

Elle est l’auteur de la série Le Chardon et le Tartan, également appelée Le Cercle de Pierre, Outlander en anglais. La série spin-off Lord John Grey reprend les aventures d’un personnage secondaire apparaissant dans plusieurs tomes de Outlander.

Le roman:

La confrérie de l’épée, Lord John and the Brotherhood of the Blade en version originale parue en 2007, a été publiée en version française en 2008 par les éditions Presses de la Cité puis par les éditions J’ai Lu en 2019. L’histoire est racontée à la 3e personne du point de vue de John Grey dont on suit les actions, les pensées et les ressentis. Le rythme téléchargement (1)soutenu est imprimé par de nombreux dialogues vivants qui font avancer l’intrigue ainsi que des détails de la vie courante parfaitement intégrés dans le récit…Le style est soigné, le vocabulaire choisi, la plume élégante: « -J’avais mes raison, répliqua Grey en la dévisageant froidement. Et sur cette affaire, je crains fort que vous ne deviez vous en remettre à mes capacités de jugement. La comtesse rosit mais ne détourna pas les yeux, bouche pincée. Puis une lueur étrange traversa son regard, l’effet d’une pensée quelconque. » (Page 57).

Sans oublier les nombreuses scènes d’action bien rodées, assurément la marque de fabrique de l’auteur: « Avec un soupir, Grey renversa la grenade d’un coup de pied. Les braises se répandirent en sifflant dans la neige. Il s’occuperait des O’Higgins au matin. Le temps d’atteindre Serpentine Road, il était couvert d’une épaisse couche de neige, avait le sang glacé et commençait à regretter de ne pas avoir emporté la grenade chaude avec lui. Malgré ses gants, il avait les doigts gourds, de même que le visage. La raideur sur ses joues lui rappela l’homme gisant sur le trottoir devant le White’s la veille. » (Page 94)…Et les scènes détaillées: « N’y tenant plus, il rouvrit brusquement l’armoire, sortit sa capote et la jeta sur ses épaules. Il enfila ses pantoufles en feutre et sortit, refermant doucement la porte derrière lui. » (Page 129).

Thèmes: espionnage et homosexualité masculine au XVIIIe siècle par le biais des pensées salaces de John Grey, mais également par le biais d’anecdotes illustrant la mentalité de l’époque et son hypocrisie: « Hal avait mis la main sur toutes les minutes des procès militaires pour sodomie qu’il avait pu trouver. Étonnamment peu à lire, d’autant plus que Grey était bien placé pour savoir à quel point ce crime particulier était répandu dans l’armée…Les tribunaux militaires rechignaient à condamner un officier pour sodomie à moins d’avoir de bonnes raisons de vouloir se débarrasser de lui…Par conséquent, bien que les cours martiales ne soient pas soumises aux mêmes règles de preuve imposées aux juges et aux avocats, elles tenaient rarement compte des pièces à conviction, à moins d’y être obligées par la présence d’un témoin oculaire. » (Page 392).

Actualité historique: tout au long du roman, l’auteur sème des indices historiques sous forme d’anecdotes parfaitement intégrées au récit, permettant au lecteur d’appréhender le contexte politique et social dans lequel se déroule l’histoire:

Le contentieux toujours vivace entre les protestants et les catholiques se ressent dans les relations sociales: « Bon, au moins, ce ne sont pas des Barbares comme ceux des Highlands. En outre, les Borders n’ont pas participé au soulèvement catholique. La plupart de leurs habitants étant de fervents protestants, ils n’ont aucune sympathie pour les Stuarts ni pour les clans highlands, avec lesquels ils ne partagent aucun intérêt commun. » (Page 69).

-L’ombre de Culloden, bien que douze années se soient écoulées, continue de planer sur bataille de cullodenla société anglaise: « -Puis-je en déduire que vous connaissez les noms de certains importants partisans du Prétendant en Angleterre? -De beaucoup d’entre eux, répondit calmement Fraser. Cela a-t-il une importance aujourd’hui?…-Si certains d’entre eux sont toujours de ce monde, je suppose que cela en a. Ceux qui sont restés dans l’ombre à l’époque tiennent sans doute à ce que leurs liens restent secrets, aujourd’hui encore…C’était plus que possible. L’hystérie antijacobite des années qui avaient précédé le Soulèvement s’était calmée, mais la trahison est un crime dont la tache reste indélébile. » (Page 142).

=> Une reconstitution historique dépeinte avec beaucoup de naturel: les coutumes, les costumes, les décors, les différentes classes sociales, des anecdotes, les pensées et les émotions de John Grey permettent une immersion totale dans l’époque au point qu’on en oublie l’endroit où nous nous trouvons. Diana Gabaldon possède un pouvoir d’évocation quasi hypnotique, par exemple lorsqu’elle raconte  une scène de bataille: « Ils étaient tous après lui, à présent. Il entendait leur course et leurs grognements d’effort quand ils lançaient leurs grenades. La terreur lui donnait des ailes. Il zigzaguait frénétiquement entre les arbres, les éclairs et les explosions secouant les buissons et chassant les corbeaux qui s’envolaient en poussant des cris stridents…Une compagnie d’infanterie française. Les hommes tournèrent vers lui des visages surpris, puis, comprenant qui il était, entreprirent fébrilement de charger leurs mousquets. Pas moyen de passer. Derrière eux…des rangs et des rangs de soldats, tout un océan d’uniformes bleu et blanc… » (Page 406).

L’intrigue:

Le dernier journal intime écrit deux semaines avant la mort du père de John et de son frère Hal refait surface alors que tout le monde le croyait définitivement détruit, ravivant dans les mémoires une affaire délicate qui avait entaché la réputation du duc…Ce qui n’est visiblement pas le cas puisque Hal en a trouvé un feuillet sur son bureau: « Que signifiait cette page du journal disparu? Qui l’avait envoyée? Et pourquoi leur mère avait-elle menti à Hal en lui disant que le duc avait brûlé son dernier journal?

Le ministère de la Guerre a détecté un possible complot qui, indirectement, pourraitépées avoir des répercussions sur la famille de John: l’ancien aide de camp du fiancé de sa mère, lord Stanley, est soupçonné d’avoir vendu des documents secrets à une puissance étrangère, sans que l’on puisse définir laquelle. John et son frère craignent qu’un tel scandale fasse resurgir de vieilles rumeurs concernant le krach boursier qui avait permis à leur père de s’enrichir alors que d’autres avaient tout perdu. Ajoutant à cela qu’il avait été perçu comme un sympathisant jacobite à cause de la famille de sa femme…

Qui pourrait avoir dérobé le journal de leur père? Et pourquoi, dix-sept années après sa mort, certaines pages réapparaissent? Serait-ce l’oeuvre d’un des trois prétendants de la comtesse après son veuvage: « Dans le mois qui a suivi mon retour à Londres, j’ai reçu trois demandes en mariage. Toutes émanaient d’hommes dont j’avais de bonnes raisons de soupçonner qu’ils étaient impliqués dans le scandale qui a provoqué le décès de mon mari. Je les ai rejetées toutes les trois, bien entendu. » (Page 227).

Et si la mort du duc renfermait un secret encore plus lourd que l’enfant de douze ans que John était à l’époque gardait tout au fond de lui depuis toutes ces années? Lord Grey est bien décidé, quoiqu’il en coûte, à remonter le fil du temps afin d’éclaircir le mystère de la mort de son père. Saura-t-il préserver sa famille d’un nouveau scandale?

Les personnages:téléchargement (1)

  • Lord John Grey: major dans l’armée royale; fils du duc de Pardloe; ami de John Dunsany mort au combat; fin observateur, excellent bretteur.
  • Hal Grey: frère aîné de John; colonel de son propre régiment; caractère ombrageux et soupçonneux, mauvais perdant, le sens de l’honneur.
  • Sir George Stanley: général; futur mari de la mère de John.
  • Benedicta Grey: mère de John; comtesse; bonne mais peu patiente; caractère bien trempé.
  • Percival Wainwright: beau-fils de lord Stanley; homosexuel, homme de goût, élégance discrète.
  • Tom Byrd: valet de John.
  • Harry Quarry: un des deux colonels du régiment de John; l’un des plus vieux amis de Hal.
  • Olivia: cousine de John; vit chez la comtesse sa tante.
  • Jamie Fraser: écossais catholique; palefrenier des Dunsany.
  • Lord Dunsanny: vicomte ami de la famille de Grey qu’il considère comme son fils; très apprécié par les gens de son village.
  • Lady Dunsanny: épouse du vicomte; solide comme un roc.
  • Isobel: fille du couple Dunsanny.
  • Stephan von Namtzen: officier prussien, ami de Grey.
  • Bernard Adams: premier secrétaire du ministère de l’Etat-Major.

En conclusion:

Second tome de la série consacrée à Lord John Grey, La Confrérie de l’épée est aussi réussi que le premier tome: des scènes d’anthologie racontées avec un mélange d’humour et de tension dramatique, révélant un sens aigu de la narration, une capacité à créer avec le lecteur une intimité qui l’immerge dans le récit au point de lui faire oublier son monde à lui: « Il ne savait pas nager. Ce qui ne changeait pas grand-chose, dans la mesure où il était bardé de plus de six kilos d’équipements. Il toucha le fond vaseux, fléchit les genoux et poussa, pour ne remonter que de quelques dizaines de centimètres. Il retomba, ses bottes s’enfonçant profondément dans le limon. Pris de panique, il se débattit dans l’eau boueuse, tentant frénétiquement de se débarrasser de sa veste avant de se rendre compte qu’il tenait toujours son sabre. Il le lâcha. Sa poitrine brûlait, se gonflant de l’envie vaine et irrésistible de respirer. » (Page 407).OIP

Le +: extrêmement bien documenté pour tout ce qui concerne la guerre au XVIIIe siècle, la vie au sein d’un régiment, la stratégie militaire, le maniement des canons. Le fait de raconter le conflit jacobite sous forme de conversation rend le récit plus vivant.

Le ++: les nombreux traits d’humour qui sont la marque de fabrique de Diana Gabaldon: « Le problème, avec les hommes pleins d’esprit, c’est qu’ils se sentent obligés de l’exhiber à toute occasion, ce qui peut être très pénible, le matin, à la table du petit déjeune. Dieu merci, Richard n’en a aucun. » (Page 86)… »Tu parles! Vu son humeur actuelle, je ne pourrais pas lui soutirer le nom de son tailleur avec un marteau et un burin… » (Page 159)… »Grey vida une autre coupe, entendit la grande horloge dans le coin de la pièce sonner minuit et songea à quel point il serait agréable de se transformer en citrouille aux pieds d’Adams, ou en tout autre végétal inerte et sourd au verbiage de ce raseur. » (Pages 238). =>Lecture hautement recommandée qui vous rendra accro sans remède possible…

Citations:

« Les narines de Hal frémirent. Ses lectures se confinaient à Tacite ainsi qu’aux récits détaillés de hauts faits militaires grecs et romains. Pour lui, lire des romans dénotait une faiblesse morale, excusable dans le cas de leur mère qui, après tout, était une femme. Mais que son frère cadet s’adonne à ce vice était nettement moins tolérable. » (Page 12).

« A l’époque du Soulèvement, elle ne devait guère avoir plus de cinq ou six ans, mais elle avait sans doute eu des échos de l’hystérie collective qui s’était propagée lorsque les forces de Charles Edouard Stuart avaient entamé ce qui avait paru alors une marche inexorable sur Londres. Même le roi s’était préparé à fuir. Les rues s’étaient remplies de placards dépeignant les Highlanders comme des sauvages sanguinaires qui embrochaient les enfants, pillaient, violaient à tour de bras et incendiaient des villages entiers. » (Pages 58-59).

« De fait, le feu était plutôt mesquin,  bien qu’il y eût une pile de bûches et un plein panier de tourbe près de la cheminée. Grey s’affaira autour de l’âtre jusqu’à parvenir à le relancer, puis jeta deux briques de tourbe dans les nouvelles flammes. Leur parfum se répandit aussitôt dans la pièce, musqué, sombre, immémorial. L’odeur de l’Ecosse, et Grey sentit un petit pincement au coeur. » (Pages 111-112).

« Prenez soin de vos hommes…mais aussi de leurs motivations. Sur le champ de bataille, c’est vers vous qu’ils se tourneront et, parfois, seule la force de votre volonté les aidera à continuer de se battre. A ce stade, ils cesseront de se préoccuper de leur bien-être physique, et de vous même. A vos yeux, une seule chose importera: les garder soudés et les accompagner jusqu’au bout. Ils compteront sur vous pour cela. » (Page 172).

« Il adorait la vie à la belle étoile, les manœuvres, les parfums grisants de l’acier et de la poudre noire; l’effervescence du danger à mesure qu’ils montaient vers le nord, s’enfonçant dans les montagnes escarpées et les pinèdes sombres des Highlands, les soldats se serrant les coudes, devenant plus vigilants tandis qu’ils laissaient la civilisation derrière eux. Plus que tout, il aimait la compagnie des hommes et cette sensation d’appartenir à un groupe. » (Pages 298-299).

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