Publié dans Angleterre, énigmes historiques, disparition inexpliquée, guerre, Passion polar français, suspense

Passion polar français: 7/13, Jacques Saussey.

Une intéressante interprétation des causes réelles de la disparition inexpliquée de l’avion du musicien américain Glenn Miller en 1944…

L’auteur:

OIPNé le 14 mars 1961, Jacques Saussey est un écrivain français auteur de romans policiers avec, entre autres, la série consacrée au duo Daniel Magne et Lisa Heslin. En 1988, il inaugure sa carrière en écrivant des nouvelles dont certaines furent primées dans des concours, notamment Quelques petites taches de sang en 2002 aux Noires de Pau, et Alfred Jarry est mort en 2007.

Le roman:

7/13, septième roman de la série, a été publié en 2018 par les éditions du Toucan, dans la collection Toucan Noir. Le récit est raconté au présent à la première personne. Le style est aussi efficace qu’un scalpel bien aiguisé au rythme de phrases assez courtes: « J’accuse le coup. Une femme inconnue, assassinée dans une maison qui n’est pas la sienne. Ses fringues disparues. » (Page 18).OIP (2)

Une plume nerveuse, mêlant langage courant et langage familier pour un résultat détonnant: « L’ambulance n’a pas mis longtemps à rappliquer. L’urgentiste m’a rassuré tout de suite…D’après lui, la prochaine fois qu’il ouvrira les yeux, il sera presque aussi frais qu’après une bonne gueule de bois. Nous sommes restés dans la salle d’attente, aussi inutiles que trois râteaux à feuilles dans une tempête de neige. » (Page 95).

Construction:

L’histoire se développe selon trois axes: l’enquête racontée au présent, la convalescence de Lisa et les événements de 1944 et la disparition mystérieuse de Glenn Miller, racontés au passé. Décalage temporel qui a pour but d’ancrer les investigations menées par le capitaine Magne dans une immédiateté qui valorise le suspense.

Au rythme des allers-retours entre 2015 et 1944, l’histoire se déroule selon l’évolution de l’enquête, l’auteur décrivant certaines scènes en détails: « Picaud se courbe inconsciemment, mais il n’esquisse aucun mouvement de frayeur. Lui aussi a les yeux fixés sur l’aile de la voiture qui dépasse à peine d’un buisson sur le côté de la baraque. Il se glisse dans mon sillage tandis que j’enjambe le portail des Coppard et que j’avance, courbé en deux, vers l’abri de l’avant-toit en essayant de faire le moins de bruit possible sur les graviers. » (Page 212)…

…intégrant les pensées et les ressentis du narrateur, rendant le récit plus proche du lecteur: « Je démarre en souplesse, direction quai rive droite, puis l’autoroute de l’Est. Le silence s’installe dans la voiture. Chacun est perdu dans ses pensées. Je n’aimerais pas me balader dans celles qui peuplent la cervelle de Pelletier, mais je m’interroge sur ce qui rend Henri plus muet qu’un président qu’un ex-président entendu à propos du financement frauduleux de sa campagne électorale. » (Page 51).

L’intrigue:

Une villa bourgeoise des Yvelines dont les propriétaires sont partis en vacances au Mexique. Tôt le matin, l’employé chargé de l’entretien du parc découvre un cadavre très amoché. Sans tête ni mains, aucun moyen de l’identifier, sinon qu’il s’agit d’une femme. Vue la position sociale de Jacques Coppard, à qui appartient la maison, l’enquête est confiée à la Crim, au capitaine Magne. Pour autant, aucune avancée significative ne vient rassurer le préfet et les grosses huiles.

Pourquoi le mari de la victime, finalement identifiée, n’a-t-il déclaré la disparition de sa femme que cinq jours après? Et pourquoi ses poils pubiens étaient-ils teints en noirs alors qu’elle était très blonde? Pourquoi, quelques jours plus tard, le mari est assassiné sauvagement? Un lien avec le meurtre de sa femme ou avec les investigations qu’elle menait? Daniel Magne n’aura pas trop de la collaboration de tous ses collègues pour venir à bout de cette curieuse affaire dont les ramifications semblent remonter aussi loin que décembre 1944, le jour où l’avion de Glenn Miller, un Norseman UC-64 USAAF, a disparu en mer après avoir décollé d’Angleterre pour rallier Paris.

Les personnages:

Equipe d’enquêteurs:

  • Capitaine Daniel Magne: chef de l’équipe d’enquêteurs; narrateur.
  • Commandant Picaud: chef de Daniel Magne.
  • Philippe Roy: patron de l’Inspection Judiciaire.
  • Capitaine Lisa Heslin: collègue et compagne de Daniel Magne; caractère bien trempé.
  • Henri Walczak: collègue de Daniel.
  • Lieutenant Gilles Pelletier: collègue de Daniel Magne.
  • Fred: jeune collègue de Daniel Magne, tout juste sorti de l’école; issu de la brigade financière, spécialiste en informatique.

Autres personnages:

  • Jean Coppard: propriétaire de la maison du crime; ponte local très influent au niveau économique, social et politique.
  • Simone Coppard: épouse de Jean.
  • Béatrice Mérieux: pigiste; courageuse, ne lâche jamais un sujet, électron libre difficile à diriger.
  • La presse: omniprésents, pas toujours sous un jour positif, les journalistes sont prêts à tout pour obtenir la moindre info sur le meurtre, au mépris du respect et de la dignité dûs à la morte: « Je n’ai pas besoin de jumelles pour savoir que les caméras sont déjà braquées vers la Maison de la Mort, comme leurs journaux l’appelleront dès demain…Heureusement, le cadavre est à l’intérieur. Ça évitera les clichés de mauvais goût. » (Page 16)… »La presse de masse devient une carcasse vide bien policée. Tout le contraire de ce qu’elle est supposée incarner: une lumière dans la nuit. » (Page 128).

Personnages 1944:

  • Major Alton Glenn Miller: musicien américain.

    OIP (3)
    Glenn Miller
  • Don Haynes: bras droit et ami d’Alton.
  • Norman Baessell: lieutenant-colonel américain.

Les lieux:

Dans un souci d’intégration optimale du lecteur dans le récit, Jacques Saussey s’attache à décrire les lieux importants de l’enquête avec minutie, sans pour autant les noyer sous des détails inopportuns; la maison du crime: « J’observe le hall d’entrée, vaste et un peu tape-à-l’oeil, à l’instar du jardin. Marbre clair, statuettes pseudo-grecques prétentieuses qui ont dû coûter un bras chacune. Cette baraque respire l’argent à plein tube. » ( Page 15).

La maison de la victime à Nogent-sur-Marne: Daniel Magne observe une façade aux fenêtres fermées et rideaux tirés, une porte de garage qui permet d’accéder à la propriété, à l’intérieur duquel une unique ouverture couverte de toiles d’araignées et de poussière. Le fait que l’ensemble soit plongé dans l’obscurité crée une ambiance un peu sordide.

En conclusion:

téléchargement
Norseman UC 64

Pas de prologue. Le lecteur est directement plongé dans l’intrigue. L’écriture de Jacques Saussey a ceci d’envoûtant que le roman, malgré ses 563 pages, se dévore sans que l’on puisse s’interrompre avant la fin.

En ce qui concerne l’énigme de la disparition en mer du major américain Glenn Miller, l’auteur, après avoir exposé au compte-gouttes les éléments historiques, propose une interprétation tout à fait recevable.

Tout le talent de Jacques Saussey réside dans sa capacité à mêler réalité et fiction dans un puzzle dont chaque pièce se met en place à un rythme suffisamment ralenti pour susciter l’intérêt du lecteur sans jamais l’ennuyer ni le lasser. Du grand art!!!

Citations:

« C’est comme une petite musique lancinante qui accompagne chaque découverte de cadavre. Car chaque mort est moche lorsque nous sommes conviés à en constater le terrible résultat, à appréhender la façon dont elle a fondu sur sa proie. Aucune de ces personnes n’a eu le temps de se préparer à ça… » (Page 14).

« J’ai suivi quelques autopsies avec lui, depuis que je suis à la Crime, et je sais qu’il parle de la façon la plus clinique qui soit pour m’aider à ne pas perdre pied face à cette barbarie. Se distancier de la personne pour affronter la réalité brute dans toute son étendue. C’est la seule chose qui compte devant une victime d’assassinat. » (Page 27).

« Le type qui nous ouvre la porte au premier coup de sonnette a l’air de tout sauf d’un criminel, mais je me méfie toujours de cette première impression qui peut marquer une enquête de son empreinte indélébile. Les tueurs les plus endurcis se dissimulent parfois sous les atours de l’innocence la plus pure. ce sont les plus dangereux, les plus difficiles à appréhender. » (Page 52).

« Si on n ‘est pas capable d’accepter les défauts de celle qu’on aime, c’est qu’on ne l’aime pas vraiment. » (Page 224).

« -Les profs sont de dangereux terroristes, monsieur le flic. Ils rentrent des idées néfastes dans la tête des enfants. -Comme les religieux, tu veux dire? -Pire. Ils leur apprennent à réfléchir. » (Page 327).

 » La mémoire. La mémoire était la clé de la civilisation. Le pouvoir absolu. Celui de formater l’opinion des peuples. Et de colmater les trous dans les cerveaux. » (Page 535).

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