Publié dans cadavre, enquête criminelle, Passion polar nordique, quête du passé, Suède

Passion polar nordique: Automne, Mons Kallentoft.

Troisième opus de la série consacrée à la commissaire Malin Fors, « Automne » déroule son intrigue au fil de la pluie qui ne cesse de tomber…plongeant le lecteur dans une atmosphère oppressante…

L’auteur:

téléchargementMons Kallentoft est un journaliste et écrivain suédois né le 15 avril 1968 à Linköping. Il passe son enfance à Ljungsbro, petite vielle située à 15 kilomètres au nord. Le football et le hockey le passionnent plus que les livres, rares dans son milieu familial. Mais quand, âgé de 14 ans, une blessure le contraint à mettre un terme à sa pratique du sport, il découvre la littérature avec Kafka, Orwell et Hemingway.

Il vit actuellement à Stockholm mais voyage beaucoup. Il est l’auteur de deux séries policières, l’une mettant en scène l’inspectrice Malin Fors, dont six titres sur dix ont actuellement été traduits en français, et la seconde, co-écrite avec le journaliste et écrivain suédois Markus Lutteman, consacrée au personnage Zack.

Le roman:

Automne, Hostoffer en langue originale paru en 2009 en Suède, a été publié en 2011 par les éditions du Serpent à Plume, dans la collection Serpent Noir. Suite de Été, auquel l’auteur fait allusion au début du roman afin d’établir le lien entre les deux: « Malin et Tove étaient allées voir un psychologue au service pédiatrique de l’hôpital universitaire. Tove avait refusé de lui parler, disant qu’il n’y avait rien à dire. Elle avait ajouté: « Maman, je n’ai pas peur. Je vais bien. Ce n’était pas ta faute. » Mais Malin savait qu’elle « tait responsable. Tove s’était retrouvée mêlée à l’affaire (…)Si elle n’avait pas été commissaire, rien de tout cela ne serait jamais arrivé. » (Page 15), ce roman constitue le troisième volet de la série consacrée à l’investigation dans les tréfonds du mal afin d’en comprendre la teneur, l’origine et l’impact.

Le style incisif, journalistique, instaure une immédiateté qui nous plonge dans l’intrigue. Le rythme est donné par des phrases très courtes alternant avec des phrases plus longues: « Alors j’ai couru vers la voiture. J’ai conduit à travers le plus noir des temps d’automne, jusqu’à me garer ici. J’ouvre maintenant la portière. Des tentacules noirs déchirent le ciel anthracite. Des trous creusés par la peur laissent suinter la lumière des étoiles. Mes chaussures sur le sol mouillé. J’ai 35 ans. Je ne sais plus où j’en suis. » (Page 22).automne saison

Originalité: Les passages en italique restituent non les pensées de l’assassin comme c’est parfois le cas, mais celles du mort, tandis que les passages au style indirect donnent les pensées et les souvenirs de Malin.

Construction du roman: comme le suggère le titre, la pluie est le fil rouge de ce roman auquel elle instaure une ambiance très particulière: « Il fait sombre derrière les vitres de la voiture, sombre et humide. La tempête est si forte que la pluie tombe à l’horizontale. Le pare-brise pleure des larmes noires, contre lesquelles les essuie-glaces ne peuvent rien…La pluie tambourine sur le toit blanc de la voiture. Le bruit couvre celui du moteur. »(Page 13).

Le rythme lent chemine à travers la mise au point de la vie privée de chaque membre de l’équipe enquêtrice et des souvenirs d’enfance de Jerry selon ses perceptions d’enfant à différentes périodes, en 1969 et en 1974. Quel lien  entre le passé de Jerry et le présent?

L’intrigue:

châteauLe corps du brillant avocat Jerry Petersson est retrouvé dans les douves de son château, ancienne propriété de la famille d’aristocrates déchus, les Fagelsjö. Assommé et tué à coups de couteaux. L’enquête explore sa vie professionnelle, ses relations d’affaires. Mais Malin se demande si la solution ne résiderait pas dans son passé…

Mais quelques jours avant le meurtre, le comte Axel Fagelsjö, qui voulait racheter son château, avait fait à Jerry une proposition que ce dernier a refusée. Un rapport de cause à effet? Une piste supplémentaire à explorer? L’enquête piétine, s’enlise. Malin et son équipe attendent le coup de théâtre, l’événement qui décantera la situation…

=> Récit un peu trop lent, encombré par trop de considérations personnelles au détriment de l’intrigue et de l’enquête, notamment les états d’âme de Malin qui prennent trop de place.

Les personnages:

La psychologie des nombreux personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, est un critère sur lequel repose la structure du roman, comme souvent dans les polars nordiques. Particulièrement soignée, elle occupe une bonne partie de l’intrigue.

L’équipe de police et ceux qui ont un rapport direct avec elle:

  • Malin Fors: une des meilleurs enquêtrices car « elle sait écouter les voix silencieuses qui lui parlent au cours des enquêtes, elle sait faire sortir la vérité de l’éventail des hypothèses et de déclarations que l’on accumule. »
  • Karim Akbar: chef de la police.
  • Sven Sjoman: commissaire et inspecteur en chef de la police criminelle de Linkoping.
  • Johan Jakobson: policier; marié, père de deux enfants.
  • Zeke: partenaire de Malin; courageux, ne recule jamais quand ça chauffe.
  • Waldemar Ekenberg: inspecteur expérimenté, affecté à Linkoping depuis l’enquête de Eté.
  • Karin Johannison: police scientifique.
  • Brutus Karlsson: indic de Waldemar.
  • Daniel Hogfeldt: journaliste au Corren; très attaché à Malin, se fait du souci pour elle.

Les autres:

  • Axel Fagelsjo: aristocrate imbu de son statut social, chef de la famille; encore puissant et leste malgré ses soixante-dix ans; veuf.
  • Fredrik: fils aîné d’Axel, futur comte; travaille dans une banque; marié, deux enfants; allure sportive.
  • Katarina: fille d’Axel, sœur de Fredrik; sportive, aisance naturelle.
  • Jerry Petersson: homme d’affaires réputé impitoyable et dur; brillant avocat; a étudié à Lund, dans la même classe que Fredrik; loup solitaire.
  • Jochen Goldman: plus grand escroc de l’histoire de la Suède; en fuite à l’étranger, a réussi à duper la police suédoise ainsi qu’Interpol; client et ami de Jerry Petersson; sans scrupules, courageux mais pas très futé.

Les lieux:linkoping

Linkoping, cinquième ville de Suède, décor principal du roman dans lequel les personnages évoluent, est montrée dans toute sa réalité, ses contrastes entre les quartiers bourgeois et les quartiers populaires: « Ekoxen. Un des hôtels les plus chics de la ville. Peut-être même le plus chic. Il est situé entre l’étang de Tinnerback et le jardin botanique, dans un bâtiment recouvert de crépi blanc. Le piano-bar de l’hôtel donne sur le lac, c’est un des endroits les plus prisés de la ville. » (Page 135)… »Ils passent à côté des dernières constructions de la zone Programme Million de Staggetorp, puis quittent l’agglomération pour se retrouver au milieu de champs déserts et de petits jardins laissés au vent. » (Page 138).

Le château des Fagelsjo, construit au XVIIe siècle, « bâti et modifié selon les caprices de ses propriétaires; toit de cuivre, vieilles meurtrières, récentes fenêtres à petits carreaux », une chapelle, des douves pleines d’eau, un grand portail, entouré de forêts et de champs

Ambiance: téléchargement

L’automne, comme le titre l’indique, donne le ton de ce troisième opus de la série consacrée à l’enquêtrice Malin Fors: une atmosphère délétère, peu propice à la joie et à la sérénité, car l’automne « est la saison de la décomposition(…)Le monde entier est pourri et attend sa fin qui viendra par le froid de l’hiver. La beauté de l’automne, les flammes de ses feuilles ne sont que la promesse que tout va empirer. »

En conclusion:

Le +: Un portrait de la Suède bien loin des clichés du pays-providence; là comme ailleurs en Europe, règnent l’insécurité, la méfiance envers la police tenue pour responsable; une société égalitaire basée sur des sables mouvants; le chômage qui ronge les fondements du pays.=> Une vision sombre, sans concession, sans faux semblant, à l’image des auteurs scandinaves.

Un roman bien construit, qui se lit d’une traite, bien que, à mon avis, un peu moins rythmé que les deux précédents. un titre que l’on appréciera pour son style ciselé, ses personnages complexes, intéressants, attachants parfois, son aspect social pas trop pesant mais qui pose les bonnes questions.

Citations:

« Lorsque l’existence de la plupart se résume à la peur perpétuelle de perdre son travail et de ne pas réussir à boucler ses fins de mois tandis que d’autres vivent dans l’abondance, la solidarité n’existe plus toujours. »

« Il se demandait comment deux personnes pouvaient vivre ainsi toute leur vie sans jamais se comprendre tout à fait. » (Page 50).

« Il est tellement facile de fuir dans les problèmes des autres plutôt que d’affronter les tiens. Il est tellement plus facile de se complaire dans la noirceur plutôt que de faire face à sa propre lumière. » (Page 174).

« L’ensemble du groupe reste silencieux. Ils ont le sérieux et la concentration des débuts d’enquête criminelle. Ils ont ce sentiment d’urgence, ce sentiment de devoir très vite obtenir des résultats, car ils savent que dans le travail d’investigation, chaque jour passé réduit les chances d’élucidation. » (Page 85).

Les deux romans précédents:

HIVER

ETE

4 commentaires sur « Passion polar nordique: Automne, Mons Kallentoft. »

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