Publié dans adultère, Angleterre, disparition inexpliquée, fantômes du passé, Passion lecture

Passion lecture: A la claire rivière, Katherine Webb.

Katherine Webb démontre à nouveau combien elle excelle à élaborer des histoires psychologiques captivantes et originales qu’on dévore jusqu’à la fin sans s’en rendre compte…

L’auteur:

Katherine WebbKatherine Webb, romancière britannique, est née dans le Kent en 1977. Toutefois, elle a grandi dans le comté du Hampshire, dans le sud de l’Angleterre. Elle a étudié l’histoire à l’université de Durham, l’une des plus renommées du pays. Katherine Webb a vécu à Londres et à Venise, a exercé diverses activités, notamment serveuse, jeune fille au pair, aide-bibliothécaire, relieuse, femme de chambre.

Désormais, elle se consacre à plein temps à l’écriture. L’héritage, son premier roman paru en Angleterre en 2010, a bénéficié d’un franc succès et a été finaliste du prestigieux Galaxy Award.

Le roman:

A la Claire Rivière, A Half Forgotten Song en version originale parue en 2012, a été publiétéléchargement par les éditions Belfond en 2014 dans la collection Littérature étrangère. Le style soigné et poli comme un bijou précieux, bénéficie d’un vocabulaire choisi: « Le bruit étouffé de leurs pas porté par l’air immobile lui parvenait à travers d’austères ombres noires et d’aveuglantes flaques de lumière, semblant conférer au silence qui régnait devant sa porte une note de tristesse. » (Page 12). Le ton juste, les phrases ciselées lui confèrent un charme un peu suranné, dans le lignage des romancières britanniques du XIXe siècle, tout en restant très agréable à lire.

Les passages en italique du début mentionnent les pensées et les souvenirs de la vieille dame (dont on ignore l’identité pendant quelques chapitres) jusqu’au moment où, prenant le pas sur l’intrigue du présent, ils se retrouvent totalement intégrés au récit. Mais, et c’est là tout l’intérêt du roman, A la Claire Rivière ne se contente pas de raconter des événements du passé; il raconte également une histoire dans le présent, aussi poignante bien qu’il n’y ait aucun rapport.

Thèmes: le poids des secrets, la jalousie, l’amour, mais aussi les difficultés de l’agriculture moderne, la détresse des réfugiés qui fuient leur pays en guerre.

Fil rouge: les tableaux et le travail de peintre de Charles Aubrey pour lequel Zach voue une véritable admiration.

L’intrigue:

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Bath

La vie de Zach semble s’effilocher tel un vieux vêtement usé: son ex-femme part vivre à Boston avec son nouveau compagnon, emmenant avec elle Elise, leur fillette de six ans; sa galerie d’art basée à Bath est menacée de faillite. C’est alors que son éditeur le relance: a-t-il l’intention de terminer son ouvrage sur Charles Aubrey? Déprimé, piqué au vif, Zach voit là l’opportunité de faire enfin quelque chose de sa vie. Il s’engage à terminer son livre pour la prochaine exposition que la National Portrait Gallery consacrera à Charles Aubrey. dans un délai de cinq mois.

Zach décide alors de se rendre à Blacknowle, petite village du Dorset perché en haut d’une falaise surplombant la mer. Là où le peintre passait ses étés avec sa famille, avant la seconde guerre mondiale. Là où sa grand-mère avait eu une liaison adultère avec le peintre. Là où, l’été 1939, tout avait basculé…

Mais les choses ne sont pas si simples. Les gens du village ont gardé rancune à cet homme qui, bien que célèbre, ne venait que l’été et vivait dans le péché avec une maîtresse d’origine étrangère. Zach commence ses recherches, lui apportant plus de questions que de réponses: qui est ce Dennis que Aubrey a dessiné à de nombreuses reprises sans qu’il en soit fait mention ni dans sa correspondance, ni dans les diverses biographies écrites depuis sa mort sur le front en 1940?

Qui est cette vieille femme qui vit seule dans un cottage perdu dans la lande, à quelques distances de Blacknowle, et semble avoir bien connu la famille Aubrey? Pourquoi, dans ce cas, dit-il ignorer qui est le fameux Dennis? Quels secrets dissimule-t-elle? Zach se trouve bien malgré embarqué dans une quête du passé qui le mènera bien au-delà de ce qu’il avait imaginé…

Les personnages:OIP (3)

  • Zach Gilchrist: marchand d’art spécialiste de Charles Aubrey; peintre raté, écrit des livres sur la peinture et les peintres; divorcé
  • Ian: ami de Zach; dirige une agence de voyages organisant des aventures hors norme.
  • Vieille dame: âgée de seize ans en 1939, a bien connu la famille Aubrey dans sa jeunesse.
  • Hannah Brock: voisine la plus proche de la vieille dame; dirige un élevage de moutons; beaucoup de caractère, impulsive, directe.
  • Charles Aubrey: peintre renommé, exerce un étrange magnétisme.
  • Céleste: maîtresse de Charles, mère de ses deux filles.
  • Delphine: fille aînée de Charles, née en 1925; amie de Mitzy.
  • Elodie: petite sœur de Delphine; n’aime pas Mitzy dont elle est jalouse.
  • Dimity Hatcher, surnommée Mitzy: orpheline de père, vit dans le cottage le plus proche de la maison de vacances des Aubrey, sur la colline.
  • Valentina: mère de Mitzy; rebouteuse, un peu sorcière; femme peu encline aux sentiments et à la tendresse.

Les lieux:

OIP (1)L’essentiel de l’histoire se déroule dans la campagne du Dorset, une région rurale aux paysages impressionnants, empreints d’une magie indéfinissable: « Il grimpa une colline pentue couronnée d’un boqueteau. Arrivé au sommet, il se retourna et fut récompensé par un vaste panorama: des kilomètres de côtes se déployaient dans chaque direction. Un patchwork nébuleux de vert, de jaune et de gris qui ressortait sur la couleur contrastée de la mer. En contrebas, Blacknowle était un village miniature; la Vigie, une minuscule tache blanche; Southern Farm disparaissait derrière une déclivité. » ( Page 169).

Comparés à la ville de Bath, coquette station balnéaire, Blacknowle et la Vigie, le cottage habité par la vieille dame depuis sa naissance, dans les années vingt, semblent venus d’un autre âge, comme sortis d’un roman victorien. L’air abandonné du village n’a rien d’engageant: « Il accéléra de nouveau et traversa le village qui s’étirait sur un kilomètre et demi environ jusqu’à un petit parking jonché de mauvaises herbes marquant la fin de la route. Une bouée de sauvetage orange délavé et blanc accompagnait un panneau mettant abruptement en garde contre les marées et les récifs. Une mer grise et houleuse déferlait sous une corniche qui s’effritait. » (Page 40)…

…Tout comme la Vigie, lieu solitaire d’expiation, « cottage bas tout en longueur, dont le premier étage disparaissait sous un avant-toit de chaume. La paille sombre et inégale s’affaissait profondément par endroits; de grosses touffes d’herbes et de myosotis poussaient sur le faîte et autour des cheminées…Le chemin menant au cottage était sec et rocailleux mais devait devenir boueux par forte pluie. » (Page 53).

En conclusion:OIP

Katherine Webb manie l’art du mystère avec maestria, éveillant de sa baguette magique la curiosité du lecteur dès les premières pages, faisant allusion à un événement du passé, par petites touches subtiles, comme ça, sans avoir l’air de rien: « Son cœur se mit à battre beaucoup plus fort à l’idée que Céleste était revenue, qu’elle avait découvert ce qui s’était passé et qui était responsable. » (Page 11) => Et bien sûr, il faudra que le lecteur soit patient et tourne de nombreuses pages avant de pouvoir reconstituer les faits, comme lorsqu’on assemble les pièces d’un puzzle qui ne révèle son image qu’à la toute fin.

Le +: l’atmosphère un tantinet fantastique avec la maison de la vieille dame hantée par des fantômes, relayée par les paysages somptueux auréolés de surnaturel, une terre empreinte de magie donnent au roman une densité qui va au-delà du simple récit de la vie de Charles Aubrey, si tragique soit-elle.

Avec ce troisième roman psychologique, la romancière britannique confirme son talent à construire des intrigues complexes basées sur des secrets de famille, à donner vie à des personnages attachants mais étouffés par des sentiments qu’ils ne dominent pas, prisonniers d’un passé qui risque de les broyer s’ils ne parviennent pas à s’en défaire, à mener ses lecteurs sur les chemins inexplorés de la rancœur, de la haine, de la jalousie…et de l’amour!!

Citations:

« L’amour, la souffrance, la colère et le désespoir impuissant avaient cédé la place à ce qui ressemblait fort à de la nostalgie; une vague douleur proche d’un vieux chagrin. Un sentiment d’une douce vacuité, plus paisible. Cela signifiait-il qu’il n’était plus amoureux d’elle? Sans doute. » (Page 22).

« Parfois, les choses étaient trop énormes, se dit soudain Zach. Trop énormes pour permettre de prendre du recul et d’en avoir une vue d’ensemble. Envisager de le faire était écrasant, effrayant. Il fallait s’approcher, regarder chaque composante et s’attaquer d’abord à un élément de taille raisonnable. » (Page 42).

« Dimity repensa à ce qu’elle avait dit à Zach, plus tôt, quand les mots et les émotions s’étaient soudain bousculés en elle, exerçant une pression insupportable. A ce qu’elle avait et à ce qu’elle avait par bonheur pas dit, même si elle avait eu un moment la vérité sur le bout de la langue. On pouvait fractionner la vérité, la distiller par moitiés, ou par portions plus petites. Dire que le ciel n’est pas vert ne revient pas à dire qu’il est bleu. » (Page 198).

« La vie et l’amour sont ainsi. Par moments, ils te briseront le cœur, t’anéantiront, t’atteindront au plus profond…Mais ces moments ne dureront pas éternellement et tu t’en remettras, à la seule condition que tu aies regardé la vérité en face et que tu l’aies vue pour ce qu’elle est. Tu dois oublier ce que tu ne peux avoir. » (Page 277).

Pressentiments

L’héritage

 

3 commentaires sur « Passion lecture: A la claire rivière, Katherine Webb. »

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