Publié dans amour, Australie, éditions Albin Michel, mode féminine, place des femmes, travail des femmes

Passion lecture: Les Petites robes noires, Madeleine Saint-John.

Je vous propose aujourd’hui, toujours dans le but de vous aider à vous changer les idées pendant cette période confinement, un roman australien qui raconte le quotidien de vendeuses dans un grand magasin en 1959 à Sydney…

L’auteur:

téléchargementMadeleine Saint-John est une romancière australienne née en 1941 à Castlecrag, une banlieue de Sydney, d’un père australien et d’une mère française, qui s’est suicidée lorsque Madeleine avait douze ans. Ses grands-parents maternels étaient des juifs roumains.

Elle a étudié les arts à l’université de Sydney. Elle était contemporaine de Bruce Beresford, scénariste et producteur né en 1940; John Bell, acteur né en 1940; Clive James, écrivain, poète et critique littéraire né en 1939; Germaine Greer, scénariste et critique d’art née en 1939; et Arthur Dignam, acteur né en 1939.

Elle a épousé le cinéaste Christopher Tillam avec qui elle a vécu à San-Francisco. En 1968, elle quitte son mari et s’installe en Angleterre où elle a travaillé dans des librairies et un magasin d’antiquités. En 1990, elle commence une carrière de romancière. Elle a publié quatre romans. Jusqu’à la fin de sa vie, elle resta secrète, mal à l’aise avec le succès de ses livres. Elle meurt en 2006 à l’hôpital Saint-Mary de Londres.

Le roman:

Les petites robes noires, The Women in Black dans la version originale parue en 1993, éditions albin michelréédité en 2009, traduit pour la première fois en français, a été publié par les éditions Albin Michel en octobre 2019. Il est le seul de ses romans dont l’action se situe dans son pays natal. Il a été adapté en comédie musicale par Tim Finn et Carolyn Burns en 2015 sous le titre « Ladies in Black »; puis en film, sous la direction de Bruce Beresford, sorti en 2018 en Australie sous le titre « Ladies in Black ». Il raconte le quotidien de vendeuses d’un grand magasin de Sydney dans les années cinquante.

Le style est léger, élégant, empreint d’un humour parfois caustique: « Le médecin considéra sa patiente non sans désolation. Quel dommage. Voilà une femme largement en âge de procréer qui n’avait pas de bébé à nourrir: c’était une aberration. Elle avait perdu son éclat et n’était plus guère susceptible d’attirer un autre homme qui puisse faire le nécessaire; si son mari ne se montrait pas à la hauteur, sa vie serait donc gâchée. » (Page 14)… grâce auquel Madeleine Saint-John livre un tableau remarquable de la place de la femme dans la société australienne des années 1950, montrant la lente évolution de leur statut malgré l’image fortement ancrée dans les moeurs de la femme au foyer, épouse et mère, dans une société où le travail des femmes n’est toléré que pour les célibataires…

L’intrigue:

robe noireNovembre 1959. L’été austral réchauffe la cité de Sydney. Quelques semaines avant les fêtes de Noël, c’est l’effervescence dans les étages du grand magasin Goode’s. Les vendeuses, revêtues d’une robe noire simple mais élégante, s’affairent, chacune en proie aux soucis de son quotidien. Au second étage, au rayon Robes de Cocktail tenu par miss Jacobs, Fay, jeune femme de vingt-huit ans, à la recherche de l’homme qui voudrait l’épouser; tandis que Patty, mariée à l’insipide Franck depuis dix ans, se demande pourquoi elle n’a toujours pas d’enfants; quant à Magda, jeune slovène qui règne sur le rayon Haute Couture, ne rêve que d’ouvrir sa propre boutique.

Sur ces entrefaites, Lisa, qui vient attend les résultats de ses examens pour rentrer à l’université, est embauchée pour quelques semaines au rayon Robes de Cocktail. Elle découvre un univers qu’elle ne soupçonnait pas et se prend d’affection pour ces femmes en robe noire: leur vie quotidienne, leurs petits mystères, leurs rêves…

Les personnages:

  • Miss Cartright: acheteuse pour le compte de Godde’s.
  • Patty Williams: vendeuse au rayon Robes de Cocktail; mariée depuis 10 ans à Franck; sans enfant.
  • Fay Baines: 28 ans; vendeuse au rayon Robes de Cocktail; s’intéresse aux hommes; un frère pour seule famille.
  • Myra Parker: amie et ancienne collègue de Fay; hôtesse dans une boîte de nuit; la tête sur les épaules.
  • Magda: émigrée slovène ; responsable du rayon Haute Couture; ambitieuse.
  • Lisa Miles, allias Lesley: vendeuse intérimaire; allure d’une gamine de quinze ans, fille unique.
  • Stefan: émigré hongrois, mari de Magda; homme lettré.
  • Franck: mari de Patty; lourdaud.
  • Rudi: ami de Magda et Stefan.

Les lieux:

Le magasin F. G. Goode’s offre un décor de luxe à l’ancienne mode avec ses grandes portes vitrées en acajou gardées par un portier en uniforme; muni d’un ascenseur et d’un escalator, d’une buvette au bar recouvert de marbre, d’un restaurant au cinquième étage.syndey

Tout est fait pour donner aux potentielles clientes envie de s’attarder parmi les comptoirs de parfums, de gants et autres accessoires; de se perdre dans les rayons afin d’acquérir LA robe de sortie, de jour ou de cocktail, de les transporter dans un monde où, l’espace d’un instant, elles oublient leurs soucis: « En haut, tout était luxe, calme et volupté, il y avait de jolies lumières roses et des miroirs également teintées de rose qui vous rendaient belles et sous vos pas, l’épais silence gris d’une luxueuse moquette anglaise. » (Page 30).

En conclusion:

Remarquable reconstitution de la vie quotidienne dans les années cinquante, les gens bénéficiant d’un confort moderne encore utopique quelques années plus tôt, notamment l’apparition de la télévision dans les foyers …bien que l’évolution des moeurs soit bien plus lente et que les préjugés aient la peur dure: « En tout cas, dit Patty, si elle tient à sa réputation, Fay Baines devrait partager un appartement au lieu de vivre seule. C’est mon avis. Vous imaginez un peu, une fille qui vit seule comme ça, ce que les hommes peuvent penser? » (Page 24).OIP (2)

Le+: Les Petites Robes noires aborde des sujets sinon graves du moins importants, comme la place des femmes dans la société, le travail, la maternité, le mariage, le regard des autres, le poids de la société, sur un ton faussement léger, à travers les conversations des vendeuses entre elles ou avec leur famille. Pas de drama inutile. Mais de l’humour, de la finesse, de l’esprit à revendre. Un petit roman (moins de 300 pages) qui se déguste en quelques heures avec pour seul regret: qu’il ne soit pas plus long!!

Citations:

« F.G. Goode, un homme futé originaire de Manchester, avait ouvert son premier magasin…à la fin du siècle dernier et n’avait jamais eu à le regretter, car les gens des colonies, avait-il compris d’emblée, étaient prêts à dépenser presque tout ce qu’ils possédaient pour se convaincre qu’ils étaient à la mode. » (Page 10).OIP

« A neuf heures du matin, le troisième lundi de décembre, le grand magasin Goode’s ouvrit ses grandes portes vitrées en acajou à la horde de ménagères matinales déterminées à poursuivre leur campagne d’achats de Noël. Des pentes boisées des banlieues salubres de North Shore aux stucs charmants des banlieues est, du raffinement suranné de celles de l’ouest à la terra incognita de celles du sud, elles étaient venues en train, en bus, en tramway et même en taxi sur les lieux de cette ultime frénésie. » (Page 73).

« Ecoute Patty, dit Mrs Crown. Je vais te dire. Personne ne comprend les hommes. Nous ne les comprenons et ils ne se comprennent pas eux-mêmes. Un point, c’est tout. Du coup, ils font des choses bêtes et méchantes, comme de partir du jour au lendemain. » (Page 138).

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