Publié dans éditions Critic, Passion polar français

Passion polar français: Le Chant du Diable, Frédérick Rapilly.

Un bon polar au rythme soutenu, à la plume acérée…Passionnant!!

L’auteur:

OIPNé en mai 1968 à Vannes, Frédérick Rapilly étudie le droit à l’université de Rennes où il obtient une licence en sciences politiques et en droit international, puis une maîtrise et un DEA en droit communautaire. En 1992, il est diplômé de l’Institut de journalisme Robert Shuman de Bruxelles, puis de l’IPJ de Paris. Suite à cette formation, Frédérick Rapilly a collaboré à de nombreuses publications.

Ex-grand reporter, journaliste et DJ, Frédérick Rapilly est fan de polars depuis toujours, passion qu’il exploite dans son blog dédié aux œuvres des grands maîtres du genre. Il est membre du collectif Pôle Hard avec des auteurs de polars et de thrillers tels que Claire Favan, Bernard Minier, Samuel Delage…Il est l’auteur d’essais, de biographies et de thrillers.

Le roman:

Le Chant du Diable, suite du roman Le Chant des âmes,  a été publié par les éditions Critic en 2012. Le style est vif, acéré, composé de phrases courtes rythmées par une OIP (2)ponctuation prolixe: « Daemon s’était approché de plusieurs pas. Il pourrait bientôt la toucher. Le jeune homme avait crié sans s’en apercevoir. Furieux, il se mordit les lèvres. Il ne voulait pas l’effrayer. Il y avait là, devant lui, à quelques mètres, une fille nue et belle à tomber, et il n’avait pas trouvé mieux pour attirer son attention. Quel demeuré! Quel branleur! » (Page 17)… »A quatre pattes, Daemon inspira, puis expira. Lentement. Le jeune homme recommença plusieurs fois. L’afflux d’oxygène lui fit du bien. Quand il se sentit prêt, il tenta à nouveau de se lever. IL redressa d’abord la tête, s’agenouilla. » (Page 16)…

…Donnant naissance à des scènes d’action efficaces: « Il se pencha de nouveau. Revolver au poing, Kiefer tenait maintenant Lek en joue. Celui-ci avait les mains bien visibles au-dessus de la tête, en signe de reddition. Kiefer cria quelque chose en anglais. Surgissant sur le bord du quai, le batelier thaï resté jusque-là invisible le rejoignit. Apeuré. Il avait aussi les bras en l’air. » (Page 90).

Des chapitres courts, chacun précédé d’une note mentionnant la date, l’heure et le lieu, comme dans un article de journal.

L’intrigue:

Espagne. Plage de Benidorm. Lendemain de cuite. Daemon, étudiant anglais en gestion en vacances, se réveille sur la plage. Il aperçoit une jeune femme entièrement nue serrant dans ses mains la tête d’une autre femme parfaitement décollée, aux longs cheveux roux. Le lendemain

Bangkok. Le cadavre d’une jeune femme de type caucasien est repêché dans le fleuve Chao Praya. Quelques mois plus tard, Mark Torkan, engagé par Simonha Sheraïm, se rend dans la capitale thaïlandaise afin d’enquêter sur cette morte restée anonyme, découvrir son identité et retrouver son ou ses meurtriers.

La disparition à Bali, dans l’incendie de la discothèque Kudeta, de la DJ Jillian accompagnée d’Ulrich Ladik, allias Teknokiller, est-elle en rapport avec la clé USB reçue par Marc chez lui, en Bretagne et avec la conviction de Katie que le tueur en série les avait à nouveau bernés et s’était échappé de l’incendie?

Les deux affaires sont-elles liées? Marc trouvera-t-il les réponses à ses questions à Bangkok? Parviendra-t-il à retrouver le tueur fou, si tant est que Katie ait raison? Sans se douter des nombreux périls qui le menacent, le journaliste est prêt à aller au bout de sa mission. Réussira-t-il? Si oui, en sortira-t-il indemne?

Les personnages:

  • Marc Torkan: ex-grand reporter du magazine Paris Flash devenu antiquaire, breton, obstiné, réfléchi, analyse toutes les options avant d’agir; veuf.
  • Katie Jackson: photographe afro-américaine, ambitieuse, pragmatique, installée à Paris depuis dix ans.
  • Patrick Boudou: beau-père de Marc, rédacteur en chef adjoint de Paris Flash.
  • Nathalie Garnier: journaliste à Paris Flash.
  • Simonha Sheraïm: mère de Nava une des victimes de Teknokiller, fondatrice de l’organisation Uriel chargée d’enquêter sur les violences faites aux femmes.
  • Kiefer Wiseman: garde du corps israélien engagé par Simonha pour aider Marc dans son enquête.
  • Jillian: épouse de Marc, supposée morte dans l’attentat de Bali.
  • Ulrich Ladik, allias Teknokiller: DJ tueur en série supposé mort dans l’attentat de Bali.
  • Yann Lévas: meilleur ami de Jillian depuis le lycée; passionné d’informatique et de programmation.

Les lieux:

Le récit se déroule dans deux endroits de la planète géographiquement opposés et pourtant unis par une même finalité: dépenser de l’argent sans compter dans des activités aussi factices que superficielles; deux repaires pour millionnaires désœuvrés dissimulant à peine un monde souterrain où règnent le vice et la course à l’argent.

Benidorm, en Espagne, encerclée par une ceinture de hauts immeubles en béton se tenant droits comme des sentinelles afin de protéger la station « balnéaire contre d’hypothétiques envahisseurs venus du sud ». Et Bangkok, la cité thaïlandaise, avec ses embouteillages, son quartier résidentiel, ses embarcadères sur le fleuve Chao Praya et ses temples bouddhistes.

En conclusion:

Le style envoûtant de Frédérick Rapilly attise la curiosité du lecteur en lui donnant envie de tourner les pages sans voir les minutes filer, enchaînant des passages détaillés: « La sonnerie insistante du téléphone sortit Katie d’une mauvaise nuit. Enroulée dans un simple drap blanc humide de sueur, elle palpa quelques secondes sur le côté du lit avant d’atteindre le câble du chargeur. Ensuquée, elle tira dessus jusqu’à ce qu’elle agrippe le boîtier de son portable et fasse enfin cesser la sonnerie en décrochant. » (Page 134)…les scènes de bagarre tellement difficiles à mettre en scène: « Il recula et lave les poings devant sa poitrine, prêt à défendre chèrement sa peau. Mais Kiefer s’interposa de nouveau. Comme un souffle de vent léger. Quand l’homme lança son attaque, il s’effaça d’un rapide pas sur le côté puis saisit la main de son adversaire qui avait traîné un dixième de seconde. Trop longtemps dans un combat. » (Page 81)

Le +: Donner de l’épaisseur à la fiction en ancrant le récit dans la réalité: les événements du récit relayés par la presse authentique, mêlée à des informations réelles, comme l’attentat de Bali qui sert de base à la disparition de Jillian et du Teknokiller, ou celle de deux de ses victimes au cours d’une soirée techno où se produisait Bob Sinclar, les raves parties, les immigrés clandestins; les têtes de chapitres en forme de bandeau d’infos.

Le +: Les passages dans lesquels Marc fait le point de ses avancées et des indices récoltés, ce qui aide le lecteur à suivre les nombreux fils de cette intrigue complexe.

Le+: Les bribes du passé de Marc distillées au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, donnant de la consistance à son personnage.

Assurément, Le chant du diable constituera pour moi une des plus belles découvertes de l’année. Je gage que vous serez comme moi séduits par le style énergique, l’intrigue bien ficelée, les personnages crédibles pour une descente dans les enfers de l’âme humaine.

Citations:

« Où qu’il aille sur la planète, c’était toujours le même genre de messages qui défilaient sans interruption sur tous les écrans de télévisions, d’ordinateurs, de téléphones portables et de tablettes tactiles. L’affirmation d’un monde sans faiblesse possible où une confiance absolue en soi, la certitude de son bon droit, la mise en scène de son ego tenaient lieu de philosophie de vie…La capitalisme à l’état brut. » (Page 25).

« L’Américaine n’avait pas renoncé. Simplement, elle avait décidé de repartir parcourir le monde afin d’en capter la beauté éphémère et les défauts éternels, tenter aussi de fixer la vérité des hommes, ou plutôt sa vérité. » (Page 179).

« -Vous êtes en Asie, dit le commandant Viroj. Tout est question d’honneur. Il faut sauver la face. Si l’opinion publique de mon pays apprenait qu’une partie de la police thaïlandaise est corrompue au point de laisser des femmes se faire violer et tuer pour de l’argent, cette institution serait totalement discréditée. Il y aurait des troubles, des manifestations, peut-être une révolution, et l’armée serait obligée d’intervenir. » (Pages 208-209).

« Nous sommes entrés dans la société du spectacle, l’ère de la télé-réalité, des attentats spectaculaires et de l’image qui tue. Prenez l’affaire Mohamed Merah ou celle du dépeceur du Canada. Il faut frapper fort pour marquer durablement les esprits et laisser sa marque dans ce bas monde. » (Page 268).

2 commentaires sur « Passion polar français: Le Chant du Diable, Frédérick Rapilly. »

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