Publié dans angoisse, éditions De Borée, énigmes historiques, disparition d'enfants, Passion thriller français

Passion thriller français: Terreur en Gévaudan, Philippe Mignaval.

Et si la bête du Gévaudan, qui fit des ravages au XVIIIe siècle, était de retour?? Tremblez, gens de Margeride, et lecteurs de ce thriller effrayant…

L’auteur:

OIP (3)Philippe Mignaval est né en Auvergne. Il a fait des études de lettres à Clermont-Ferrand avant d’entamer une carrière de journaliste. Il est l’auteur de cinq romans dont trois « polars archéologiques », selon l’auteur lui-même, prenant pour toile de fond des mystères historiques.

Le roman:

Terreur en Gévaudan a été publié en 2006 par les éditions du Pré aux Clercs, puis réédité par les éditions De Borée en 2019, dans la collection « Polar ». Le style est fleuri, en même temps qu’abrupt dans les constructions de phrases et voluptueux dans son vocabulaire: téléchargement (1)« Les regards se détournent en direction des hautes fenêtres. Un vent sournois descendu du mont Mouchet fait frissonner les proches herbages. Au-delà se dresse un bois touffu et escarpé. Une forêt comme tant d’autres. » (Page 9)… »A 99%, je déteste l’art contemporain. Je n’y vois que bluff, frime, goût de chiottes, verbe prétentieux et (quand les collectivités achètent) détournements de fonds. » (Page 23).

L’histoire, racontée à la première personne, se déroule fébrilement au rythme de chapitres courts, ne laissant aucun répit au lecteur. Les scènes d’actions sont rythmées par des phrases courtes, un vocabulaire incisif: « Visions intermittentes. Violente nausée. Les chiens qui me lèchent sont sanglants…Mauriçou est tout souillé de mon sang. Il applique sur mes plaies je ne sais quel chiffon. » (Page 322).

Gravure sur cuivre de 1764-1765
Gravure sur cuivre 1764-1765

Fil rouge: histoire de la bête du Gévaudan qui, de 1764 à 1767, a fait plus de 120 victimes sans que ce mystère soit élucidé, le musée qui lui est consacré, les lieux, les détails historiques, les archives défaillantes=> Une documentation sérieuse et approfondie de tous les aspects des attaques du XVIIIe siècle et des recherches actuelles, des traces encore palpables dans le folklore local. « Aujourd’hui, 19 juin, le colloque qui accompagne l’inauguration du musée est censé faire le point des connaissances sur la Bête. Mes récents articles et recherches me valent d’y être invité en tant qu’intervenant…La Bête et le Gévaudan, ça compte pour moi. Je suis né et j’habite près du Malzieu, dans une ferme depuis toujours familiale. La Bête, j’ai toujours baigné dans son jus. Enfant, c’est avec une douce horreur que j’entendais narrer ses exploits réels et imaginaires. Ce qu’était la Bête du Gévaudan? Je ne suis pas le seul que le mystère de son identité fascine. » (Page 17).

L’intrigue:

combat de Jacques Portefaix et ses compagnons
Combat de Jacques Portefaix et ses compagnons

Margeride, jeune étudiante, se rend à l’inauguration du musée de la Bête à Ribeyrevieille situé à l’orée de la forêt de Ténazeyre, motivée par le désir de percer un dangereux secret détenu dans sa famille depuis des lustres, sous forme d’un bocal « fermé par un gros bouchon de liège », cacheté de cire, comportant « une sorte de sceau cabalistique en forme de main, index et auriculaire tendus, les autres doigts repliés, contenant un liquide trouble et jaunâtre dans lequel flotte « une fourrure associée à une doublure de chair filandreuse. » (Page 44)

Serait-ce un morceau de la Bête du Gévaudan? Pour le savoir, le narrateur, avec l’aide de son ami Ulrich, se livre a des expériences génétiques consistant à cloner la Bête afin d’identifier son origine et sa race. Un peu plus tard, les deux amis partent huit mois en mission pour les îles Kouriles.

En leur absence, des événements inquiétants se produisent: plusieurs troupeaux de moutons auraient été attaqués par un prédateur, et des chiens auraient été dévorés. Aussitôt, la légende d’une assez grosse et inquiétante bête reprend vigueur. A l’aide des documents d’époque, Margeride et le narrateur se lancent sur les traces de la Bête. Une quête impossible? Rumeurs? Réalité? Hallucination collective? Magie noire?

Les personnages:

Présentation de la bête à la cour de Louis XV
Présentation de la « bête » à la cour de Louis XV
  • Le narrateur: scientifique en embryogénie, spécialiste de la Bête du Gévaudan qu’il étudie d’un point de vue rationnel et scientifique.
  • Margeride: étudiante en histoire de l’art à Clermond-Ferrand, un peu sorcière; nature spontanée.
  • Mauriçou: voisin du narrateur, ancien ouvrier agricole de ses parents; ne peut s’empêcher de veiller sur lui.
  • Justine: petite amie du narrateur; femme élégante, gracieuse; propriétaire d’une boutique de produits issus de la phytothérapie.
  • Ulrich: scientifique allemand, spécialiste de l’identification des mammifères, notamment des animaux disparus; ami du narrateur.
  • Docteur Norbert Védrine: paléozoologue; oncle de l’abbé Blanqui.
  • Abbé Blanqui: passionné par l’histoire de la Bête; un des administrateurs du musée de Ribeyrevieille.
  • Jacques Rimeize: conservateur du musée de Ribeyrevieille.
  • Monica: amie de Justine.

Les lieux:

Le Musée: installé entre les murs du vieux manoir qui, au XVIIIe siècle, avait hébergé des hommes envoyés par le roi afin de mettre fin aux agissements de la Bête, ce qui ne l’avait pas empêchée d’égorger et de décapiter une fille de métayers. Un lieu inquiétant, chargé d’histoire: »En haut des marches érodées du double escalier se dresse une porte zébrée de griffures étranges…Du haut de la tour de l’Ouest, la vue embrasse le théâtre dantesque de ses crimes. Le château de Ribeyrevieille règne sur un peuple de bergères ensanglantées. » (Page 16).

margeride
Margeride

La Margeride: un paysage à l’aspect sauvage qui se prête admirablement aux événements tragiques du passé ainsi qu’à ceux d’aujourd’hui: des chemins creux, des croix dévorées de lichen, des ruines, des bosquets de genêts et des bois hirsutes, des rochers et des replis étranges, des montagnes brumeuses. » (Page 7).

Le pays du Gévaudan: villages perdus, fermes isolées…un décor propice: « Dans la cour sévit un vent froid. Le même vent qui fait vibrer dans le lointain les sapins verts et bleus du mont Mouchet. C’est le genre de vent qui ranime les corps et réveille la pensée. Un vent d’une vitalité aiguë, comme il en souffle dans les régions sauvages jusqu’au cœur du mois d’août. Il porte la mélancolie des hautes terres et fait se retourner dans leurs tombes les romantiques du temps jadis. »(Page 103).OIP (1)

L’ambiance: bien que les ravages de la Bête du Gévaudan aient été perpétrés presque deux cent cinquante ans plus tôt, la mémoire collective en a gardé une trace profonde, indélébile, si bien que dès les premières attaques « De nouvelles consignes de prudence sont données à la population. On s’organise pour accompagner les enfants lors des trajets scolaires et autres déplacements obligatoires. Personne ne doit s’aventurer seul à pied. En rase campagne, la Bête ne peut plus rencontrer que des gens armés. » (Page 300). =>C’est comme si les frontières du temps s’effaçaient.

En conclusion:

Le bémol: très bon début se perdant malheureusement dans les méandres des fantasmes et péripéties sexuels du narrateur, négligeant parfois l’intrigue.
Ce qui est dommage car Terreur en Gévaudan est un roman érudit, très bien documenté, intelligemment construit, présentant des aspects scientifiques sans être rébarbatif.

Stèle de Jean chastel
Stèle à la mémoire de Jean Chastel

Le +: une intrigue moderne tissée selon la trame des faits historiques concernant les attaques de la Bête du Gévaudan. Ainsi, le passé et le présent s’entrecroisent, donnant un parfum d’authenticité au récit: « Aujourd’hui, donc, je suis à Clermont-Ferrand sur le plateau des Cézeaux. Lieu assez vague au milieu de nulle part et qu’on nomme « complexe scientifique »…Après-demain, je suis à l’INSERM de Montpellier. Comme par hasard, Clermont et Montpellier sont les extrémités nord et sud non pas exactement du champ d’action, mais du champ de rayonnement de la Bête. Voilà qui m’offre une perception stéréoscopique du Gévaudan. » (Pages 47-48).

Citations:

« Comme tout le monde, j’aime les histoires qui font peur. Mais je les préfère sans cinéma, sans effets tonitruants. Je ne crois pas aux monstres dotés de super-pouvoirs. Je crois à de simples présences dans la nuit. Les monstres sont des êtres insaisissables, mais élémentaires. La vraie peur s’enracine dans des rencontres réelles et des faits. Des faits véritables du vrai passé. » (Pages 20-21).

« L’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. » (Citation de La Rochefoucauld).

« Cette cloche, c’est une cloche qui existe plus depuis mille ans et qui sonne quand même. Elle sonnait quand c’était la guerre avec les protestants. Elle sonnait à la Révolution quand on coupait la tête à un curé. C’est chaque fois qu’il vient un malheur pour le Gévaudan. » (Page 139).

« Ici, la Bête est un fonds de commerce. Elle est historique, ancestrale, touristique. Elle fait vendre des livres, des contrats, des paysages, des nuitées de camping, de la charcuterie, des circuits de randonnée. La Bête est un label. » (Page 175).

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