Publié dans Angleterre, angoisse, éditions 10/18, littérature britannique, Passion polar historique, suspense

Passion polar historique:Un intérêt particulier pour les morts, Ann Granger.

Je vous invite à faire un voyage dans l’Angleterre de 1864 au cours duquel vous ferez connaissance avec Lizzie Martin, jeune femme courageuse et déterminée qui va se trouver plongée au cœur d’un mystère insondable…

L’auteur:

téléchargementAnn Granger, née le 12 juillet 1939 à Portsmouth, est une romancière britannique auteur de romans policiers, de romans policiers historiques et de romans d’amour historiques. Elle a fait ses études supérieures à l’université de Londres, puis a obtenu un baccalauréat universitaire en arts, a enseigné l’anglais une année en France avant de travailler quelques années dans des consulats et ambassades britanniques au service de délivrance des visas en Yougoslavie, en Tchécoslovaquie et en Autriche.

En 1979, elle publie, sous le pseudonyme d’Ann Hulme (son nom d’épouse) le premier roman d’amour historique d’une série de quinze, non traduite à ce jour. En 1991, elle amorce une série policière avec les inspecteurs Mitchell et Markby dont seuls cinq des quinze titres sont traduits en français. Sa nouvelle série de polars historiques, commencée en 2006, a pour héroïne Lizzie Martin et celui qui deviendra son mari, l’inspecteur Benjamin Ross.

Le roman:

Un intérêt particulier pour les morts, A Rare Interest in corpses dans la version originale parue en 2006, traduit par Delphine Rivet, a été publié par les éditions 10/18, dans la collection Grands détectives, en 2013. Le style d’Ann Granger est fluide, agréable à lire. La construction originale du roman selon un chassé-croisé entre la version et l’interprétation des faits d’Elizabeth et celles de l’inspecteur Ben Ross amène la répétition de certaines scènes mais d’un point de vue différent, celui de la jeune femme complétant celui de l’inspecteur, et vice-versa. Procédé  inhabituel qui permet au lecteur de combler certaines lacunes du récit, les deux narrateurs ne participant pas à toutes les scènes, avec pour inconvénient d’inévitables répétitions, écueil que l’auteur évitera de plus en plus dans les aventures suivantes.

L’intrigue:

Après le décès de son père, médecin de campagne, Lizzie arrive à Londres pour devenir la dame de compagnie de madame Parry, épouse de son défunt parrain. Originaire du Derbyshire, sans famille et sans le sou, la jeune femme découvre un monde qu’elle était loin d’imaginer.

Au cours du trajet qui la conduit de la gare jusqu’au domicile de sa bienfaitrice, le cadavre d’une femme, revêtue de vêtements de bonne qualité, est découvert dans les décombres d’un chantier de démolition par les ouvriers alors qu’ils jetaient un œil à l’intérieur de la maison avant de l’abattre, une de « ces maisons étroites, construites à la hâte avec des matériaux bon marché, qu l’on jugeait bien suffisants pour des pauvres… », dans le quartier d’ Agar Town, quartier de « sinistre réputation dans cette ville qui ne manquait pourtant pas de taudis. » (Page 50). Quartier où madame Parry possédait des terrains qu’elle avait vendus à la Compagnie de Chemin de Fer. La mort de la malheureuse aurait-elle un lien avec la construction de la nouvelle gare et les intérêts financiers de madame Parry?

Pourquoi avoir caché le cadavre dans une maison en démolition? Il se doutait bien qu’il serait découvert tôt ou tard…Dans ce cas, pourquoi ne pas l’avoir jeté dans la Tamise, son homicide aurait eu alors toutes les chances de passer pour un suicide? Pourquoi avoir signalé sa disparition deux mois avant sa découverte alors que, selon le médecin légiste, la jeune femme avait été tuée seulement deux semaines plus tôt? Avait-elle été retenue prisonnière avant d’être assassinée? Lizzie, émue par le sort subi par la pauvre jeune fille, décide de mener ses propres recherches afin d’en avoir le cœur net, sans se douter des dangers qu’elle aura à braver…

Les personnages:

  • Elizabeth Martin: fille d’un médecin de campagne, originaire du Derbyshire, a bénéficié d’une éducation assez libre, filleule de l’époux défunt de madame Parry.
  • Julia Parry: petite femme corpulente mais très vive, marraine par alliance de Lizzie; fille d’un pasteur de campagne pauvre; a fait un riche mariage; veuve, uniquement préoccupée par son bien-être.
  • Franck Carterton: neveu de madame Parry, a grandi dans une famille pauvre.
  • Docteur Tibbet: ami de madame Parry; révérend, directeur d’école; homme autoritaire et étroit d’esprit.
  • Benjamin Ross: inspecteur de la police métropolitaine basée à Scotland Yard; ambitieux, travaille dur pour s’élever dans la hiérarchie; étonnamment jeune pour son grade; vêtu sobrement.
  • Sergent Morris: policier expérimenté; adjoint de Ross.
  • Madame Belling: amie de madame Parry.
  • James Belling: fils de madame Belling, collectionne les fossiles.

Les lieux:

Londres de 1864. Une capitale grouillante et insalubre, belle et laide à la fois, offrant quelques beaux quartiers réservés à l’élite de la bourgeoisie et de l’aristocratie, tout en étant défigurée par de nombreux autres quartiers miséreux, où s’entasse une populace sans aucune hygiène, décimée par toutes sortes de fléaux: le choléra, la typhoïde, la diphtérie, la consomption et « ces maladies qui affectent seulement les pauvres et naissent de la détresse. » Une ville qui tente de sortir de cet état sordide en se modernisant, en témoigne les travaux de démolition d’Agar Town en vue de la construction de la nouvelle gare de Saint Pancras, terminus de futures lignes nationales.

Ann Granger montre ce contraste prononcé en décrivant d’une part la maison de madame Parry, luxueusement meublée au goût du jour: des tapis turcs, une profusion de plantes vertes, des murs recouverts de tableaux, éclairée au gaz, confort moderne fort coûteux à l’époque…Et d’autre part, un décor à mille lieues de ce que peuvent imaginer les nantis, de petites rues étroites où « les maisons étaient entassées les unes sur les autres » et où « les petites échoppes en tout genre exhibaient leurs marchandises aux passants, sur des étals montés dans la rue…Des nuées de mouches et l’odeur écœurante du sang séché et de la chair morte s’échappaient des boucheries…Il y avait aussi des boutiques qui ne se contentaient pas de vendre mais achetaient également. Vêtements, bijoux, livres et ustensiles ménagers si vieux et usés que je me demandais qui pourrait bien en vouloir. » (Pages 190-191).

En conclusion:

Ce premier opus de la série consacrée aux enquêtes de Lizzie Martin et de l’inspecteur Ross bénéficie d’une reconstitution minutieuse de la société victorienne dans laquelle évoluent nos héros: de nombreux détails de la vie quotidienne illustrent une mise en scène très réussie, donnant au roman son cachet délicieusement britannique et 19e siècle.

Un Intérêt particulier pour les Morts pose les jalons des épisodes suivants en présentant les deux principaux protagonistes, leurs origines géographiques et familiales, mais également le milieu social dans lequel ils évoluent et leurs personnalités si différentes, les rendant d’emblée intéressants et attachants: la recherche de la vérité, sans se préoccuper des conséquences parfois dramatiques ou dangereuses qui pourraient en résulter, sera le terreau qui nourrira le lien profond qui les liera l’un à l’autre…Le lecteur aura grand plaisir à les retrouver pour des enquêtes passionnantes, dénonçant les  diverses facettes de cette société bourgeoise hypocrite, mue plus par le profit que par la solidarité et la bienveillance. Pas si éloignée de la nôtre…

Citations:

« Le choléra, la typhoïde, la diphtérie, la consomption et ces maladies qui affectent seulement les pauvres et naissent de la détresse. Personne ne survit longtemps dans de telles conditions. Les hommes ont de la chance s’ils vivent jusqu’à quarante ans, les femmes souvent moins. Les enfants tombent comme des mouches et ceux qui survivent émergent de leur misérable logis malingres et pâles comme des spectres, adultes en miniature dès l’âge de dix ans…Quand un homme ou une femme meurt de faim et n’a rien à perdre, qu’est-ce qui va l’empêcher de se tourner vers le crime? » (Page 51).

« Comme Dick Whittington, reprit-il, j’étais persuadé que les rues de la capitale étaient pavées d’or. Ce n’était pas le cas, elles étaient pleines de boue, et la vie était chère. » (Page 97).

« Je ramassai les bottines et les retournai. Les semelles n’avaient pas été rapiécées, mais la partie supérieure avait bien pris la forme du pied, elles n’étaient donc pas neuves. Une paire de bonnes bottines qui lui avait fait de l’usage. Cela, ajouté à la sobriété de la robe, suggérait qu’elle n’appartenait pas à cette classe de jeunes femmes qui arpentaient les rues à la recherche de clients. » (Pages 61-62).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s