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Passion thriller français: La Science de l’esquive, Nicolas Maleski.

Fuir le conformisme et l’enfermement dans un rôle qui n’est pas le sien, oui, mais pas à n’importe quel prix…Pas en broyant la vie de ceux qui nous aiment…

L’auteur:

AVT_Nicolas-Maleski_2813Nicolas Maleski est un romancier français né en 1978. Il est l’auteur de deux romans, dont le très remarqué Sous le Compost.

Le roman:

La Science de l’esquive a été publié en 2020 par les éditions Harper Collins. Le style est acerbe, taillé au scalpel à coups de phrases courtes: « Ses yeux flottent au loin sur la grande pelouse jaune. Wozniak commence à se détendre. Le plus dur est derrière lui. Il a traversé la moitié du pays sans laisser de traces. Trois heures de train plein sud à grande vitesse. » (Page 11)… »Les stigmates d’un feu. Un tronc creusé en guise de banc. Un hamac tendu entre deux arbres, dont l’un est enraciné dans l’escarpement. Après, c’est le vide. Plus bas, le promontoire d’où Kevin a plongé. En face, la ville dans sa corbeille, décalquée sur le rempart du causse. Au fond du gouffre, la rivière, à l’exacte verticale, les plages de galets, la vasque où s’est produit l’accident. » (Page 126).OIP (1)

L’intrigue:

Kamel Wozniak loue un meublé dans un petit village perdu, histoire de se mettre au vert pour deux mois, de se faire oublier. De qui? De quoi? « Il s’astreint à une période de sûreté, une quarantaine. C’est un forcené. Un dissident, un déserteur. Il fait durer un paquet de riz trouvé dans un placard. La tension, la nécessité de rester caché, ça le dispense du besoin de se nourrir. C’est la malchance qu’il craint le plus, qu’un mec l’identifie par hasard. » (Page 15).

Livré à lui-même, étouffant d’oisiveté et de désœuvrement, il s’occupe l’esprit en espionnant sa voisine. Pourtant, malgré son désir de discrétion, Kamel attire toutes sortes de visiteurs, à commencer par Richard, fils de la propriétaire du gîte qu’il loue, Soraya, gendarmette locale, Kevin et sa bande de jeunes illuminés.

Il lui faut bien l’admettre: les deux mois que devait durer sa planque risquent de s’éterniser.Laure, sa séduisante et énigmatique voisine, s’immisce peu à peu dans sa vie, à pas de loup, en toute discrétion, bouleversant ainsi tous ses projets.

Les personnages:

  • Kamel Wozniak: ancien boxeur en fuite; d’une rare prudence, taiseux.
  • Richard Villersexel: fils de la propriétaire du gîte loué par Kamel.
  • Kevin: jeune garçon du village.
  • Soraya Brahimi: gendarmette, idéaliste, pleine d’illusions quant à son métier.
  • Laure: voisine de Kamel.
  • Victor: mari de Laure; universitaire, souvent absent.

Les lieux:

Descriptions des paysages et lieux de l’intrigue concises, en parfaite harmonie avec le style, donnant peu de détails, en tout cas rien de superflu: « Le bourg est plus bas, tapi près de la rivière, canyon creusé dans la masse du causse. Kamel ne connaît pas les lieux, sinon qu’il s’agit d’une petite ville, pas assez grande pour garantir l’anonymat, et cependant assez touristique pour que les gens ne se posent pas de questions sur les étrangers. » (Page 12)…Esquissées comme un tableau: « Le centre est juste après, une esplanade tout en longueur, des commerces à vendre, des terrasses de café sous les platanes. Plus loin il y a des ruelles aux volets coffrés, du linge aux fenêtres, un ruisseau qui descend de la vieille ville. Au second plan, les parois du causse bloquent les regards. » (Page 13).

Le gîte Les Catalpas: « Il est situé à la sortie du patelin, la dernière maison près de la rivière. C’est une construction plus haute que large, une grille rouillée, un jardinet mal entretenu, les arbres qui camouflent la façade. » (Page 13).

En conclusion:

La Science de l’Esquive, roman minimaliste qui va droit au but: raconter une histoire, l’histoire d’un homme en fuite, qui se met au vert, et dont on va découvrir l’histoire peu à peu. L’auteur, grâce à une écriture épurée, nous plonge avec une pointe d’angoisse délicieuse dans le psychisme de Kamel, nous introduit dans son intimité tourmentée dans laquelle il se débat, à la recherche de réponses, de solutions: « Les murs se referment sur lui. L’escalier ressemble à une vis géante qui aurait percé le plafond. Il est comme dans une boîte qui pue la mort, dont le mauvais goût accentue l’oppression…Il ne supporte plus le sifflement de la corde à sauter. Ça ne l’amuse plus les tractions rageuses, suspendu à l’escalier. Se taper la tête contre les murs, il l’a expérimenté en vrai. Parfois, la nuit, il arrête de respirer, la gorge nouée, il se réveille avec la sensation d’avaler une fourchette. Il étouffe. » (Page 27).

Le +: la façon abrupte de décrire les scènes d’action donne au roman toute sa profonde brutalité, sa dimension de film noir, jusque dans son final qui défie la morale et la justice, en tout cas celle des hommes, absolvant tous les péchés, même les plus inavouables, les plus lourds à porter: « Soudain, sa tête se propulsait en avant, un geste plein d’énergie noire, le mec absorbait l’onde de choc avant de vaciller, les mains au front, le nez en sang, tandis que Kamel accueillait la cohue des quais avec le soulagement de se fondre dans la masse. » (Pages 138-139).

Citations:

« Il a choisi de vivre avec ça, en s’efforçant de ne pas visiter le passé. Il a construit un mur de séparation dans sa tête pour s’interdire de pénétrer dans certaines pièces. » (Page 16).

« Kamel écoute, il aime bien ce que raconte Florian, mais il est un peu ailleurs, il pense à combien il se sent loin, dépaysé dans la chronologie et dans l’espace, combien il est soulagé de s’être mis en marge. Il a longtemps subi les codes et les normes qui font des jours qui passent une somme de non-choix ou d’options par défaut. Ces règles-là, il les a trop respectées, à rebours de ses instincts. » (Page 94).

« Il se lève en sursaut de la balancelle. Il ne l’a pas entendue approcher, perdu dans l’observation du ciel, terminant sa tisane dans le noir. Elle s’est arrêtée à moins d’un mètre, il la détecte dans son radar, trop proche de ses frontières. Ils restent debout, sans parler. Seul le silence parle, lourd de significations. » (Page 109).

« Ça le touche, leur invitation. Un projet collectif et aventureux. C’est puissant comme vision. Quelque chose d’intense, qui donne envie de se lever le matin. Ça ne l’effraie pas d’apprendre. Kevin prétend que c’est davantage un mode de vie qu’un métier. Un mode de vie, c’est peut-être justement ce qu Kamel cherche depuis des années. » (Page 156).

« Il a tout raconté, un peu dans le désordre, comme on repeint un mur en croisant les passages de rouleau. Le trop-plein. Le processus de délitement. La combustion interne. Le sentiment de s’être trompé de route. Ce qu’on attendait de lui: être un cadre supérieur, être un chef de famille. L’incapacité à se réaliser et la peur de vieillir. La détresse. La station lointaine et brouillée qui lui disait de s’enfuir, de tout envoyer aux orties. Le fantasme de l’évasion. »(Page 163).

 

2 commentaires sur « Passion thriller français: La Science de l’esquive, Nicolas Maleski. »

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