Publié dans amitié féminine, amour, Angleterre, aventures, éditions L'Harmattan, Passion roman historique

Passion roman historique: Egypte mon amour, Charlotte de Jong.

Nul peuple ne possède le privilège illusoire d’être supérieur aux autres. Seule la diversité des us et des coutumes prévaut…appréhendant la différence comme une richesse et non comme une menace…

L’auteur:

Charlotte de Jong, née d’un père néerlandais et d’une mère danoise, est passionnée de voyages, de littérature et d’histoire. Depuis 1989, elle vit en Alsace. Elle est titulaire d’un Master Langues et Civilisations Anglophones avec une spécialisation « Voyageuses en Egypte au 19s siècle », et d’un BTS assistante de direction. Elle a été professeur d’anglais en collège et en IUT et a longtemps travaillé dans l’administration de l’hôtellerie familiale et le vignoble alsacien. Elle a également été correspondante pour le quotidien « Les Dernières Nouvelles d’Alsace ». Elles est l’auteur de deux romans historiques et d’Erable, une fantaisie pour la jeunesse.

Le roman:

téléchargementEgypte mon amour a été publié par les éditions L’Harmattan en 2019 dans la collection Romans Historiques. Suite à un voyage en Egypte qu’elle réalise en 1998, Charlotte de Jong est fascinée par sa culture et son histoire. Largement inspiré des lettres écrites par lady Lucie Duff Gordon à sa famille et ses amis restés en Angleterre pendant son exil forcé, Egypte mon amour raconte les pérégrinations de deux Européennes au milieu du 19e siècle dans des contrées encore peu fréquentées et peu influencées par les récentes avancées techniques, d’autant plus par deux femmes voyageant seules, mais également l’histoire d’amour de Jane qui se trouvera confrontée à l’hypocrisie et au conformisme du milieu bourgeois dans lequel elle évolue en qualité de femme de chambre.

OIP (1)Dans ses lettres, lady Duff raconte le quotidien des Egyptiens qu’elle côtoie au quotidien et pour lesquels elle ressent une véritable affection, s’insurgeant du regard condescendant avec lequel les Européens les considèrent. Bien que le personnage de Jane ait réellement existé, nul ne sait ce qu’il est advenu d’elle après sa disparition des récits de lady Lucie. Son histoire personnelle, qui occupe la seconde partie du roman, retrace la reconstitution imaginaire esquissée par Charlotte de Jong.

L’intrigue:

Jane a vu le jour et grandi dans un quartier mal famé de Londres. A priori, rien ne lui permet de rêver qu’elle en sortira un jour et connaîtra une vie meilleure que celle de sa mère, usée par les grossesses, les durs travaux et la misère. Jusqu’au jour où, par un fabuleux hasard, elle entre au service de Lady Lucie Duff Gordon (rebaptisée lady Glarington dans le roman), épouse d’un riche baronnet. Malgré son jeune âge, elle devient sa femme de chambre. Commence alors une existence qu’elle n’aurait jamais imaginée, même dans ses plus beaux rêves: certes, sa patronne est exigeante, mais, pour la première fois de sa vie, elle dispose d’une petite chambre bien à elle, elle mange à sa faim et elle est chaudement vêtue.

Mais tout n’est pas rose chez les Gordon. Diagnostiquée tuberculeuse, le médecin de lady Lucie lui conseille de fuir le froid humide des hivers anglais. Durant l’hiver 1860, elle se rend au Cap de Bonne-Espérance, emmenant avec elle Jane. C’est en sa compagnie que le jeune fille découvre l’Afrique du Sud avec émerveillement. Malgré le climat plus chaud que celui d’Angleterre, la santé de lady Lucie se détériore.

Elle se résout alors à quitter son pays et sa famille pour de longues périodes au cours desquelles elle s’installe en Egypte, toujours avec Jane. Les deux femmes, fascinées par la culture égyptienne, sont confrontées aux aléas de voyager seules dans une contrée où les femmes ne jouissent d’aucune liberté. Elles s’installent à Louxor où, peu à peu, elles s’intègrent à la communauté villageoise.

Les personnages:

OIP
Lady Duff Gordon
  • Jane: narratrice; femme de chambre de lady Glarington.
  • Lady Glarington: femme éduquée aux goûts raffinés mais capable de s’adapter; peu encline à s’adonner aux bavardages inutiles; épouse d’un riche baronnet; tuberculeuse.
  • Lord Glarington: rentier, donne des conférences à l’université; de santé délicate.
  • Jessica: bonne des Glarington.
  • Omar Abu Halaweh: dragoman de lady Glarington, se charge d’organiser ses déplacements, mais également la cuisine; homme ouvert, chaleureux et rieur.
  • Zeynab: épouse d’Omar.
  • Nour: veuve d’un homme très riche; gérante de plusieurs centres pour orphelins; protectrice et amie de Jane.

Les lieux:

Paysages: des descriptions sobres, parfois laconiques, révèlent néanmoins l’émotion que

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Louxor

ressent Jane chaque fois qu’elle les contemple: « Le paysage était d’une beauté toujours similaire, le bleu du ciel se reflétait dans les eaux lisses du Nil que fendait le bateau. La végétation dense et sauvage laissait parfois place aux cultures sur les berges du fleuve où l’eau était à disposition pour arroser les terres arides et le soleil toujours présent pour tout baigner de lumière. » (Page 151)… »Sous ma fenêtre et tout le long des murs de magnifiques hibiscus exposaient leurs fleurs rouge écarlate et plusieurs chats reposaient dans leur ombre. Je me penchai un peu et découvrit avec stupeur l’immensité des pyramides qui s’élevaient à quelques centaines de mètres de la maison. » (Page 164).

En conclusion:

J’ai éprouvé un grand plaisir à la lecture de ce roman, plaisir néanmoins gâché d’une part par les trop nombreuses approximations orthographiques et syntaxiques, mais également par le fait que l’histoire d’amour entre Omar et Jane ne soit racontée que du point de vue de la jeune femme, attribuant, de ce fait, la seule et entière responsabilité de son échec à Omar sans que ce dernier puisse s’en expliquer.

Le +: dans les années 1860, la vie quotidienne et la culture égyptiennes étaient peu voire pas du tout connues des voyageurs étrangers. Tout le mérite de Charlotte de Jong est de montrer la confrontation des deux cultures, non dans un esprit de compétition, mais dans une volonté de partage et de tolérance: « C’était au tour d’Omar de méditer en silence sur ce qu’il savait vraiment de l’Angleterre. Il ne s’y était jamais rendu et n’en avait que l’image rapportée par les voyageurs se rendant en Egypte. Je me rendis compte qu’il en était de même pour toute la population égyptienne…Les seuls Anglais qu’ils avaient pu observer étaient des voyageurs aisés qui vivaient dans le luxe et se prélassaient sans travailler. C’était donc l’image qu’ils avaient des Anglais. Une image bien loin de la réalité de bien des vies anglaises dans la plupart des quartiers. » (Pages 85-86)… » Ses points de vue, bien que nuancés dans le livre pour ne pas trop choquer, aidèrent peut-être aussi à réguler le comportement d’une partie des Occidentaux. Dans les lettres de lady Glarington, la population égyptienne était composée de vraies personnes et elle ne les réduisait pas à une partie folklorique du paysage. Cependant, bien que certains s’ouvrirent ainsi un peu et se mirent peut-être à réfléchir sur la véracité de la supériorité anglaise, d’autres restèrent fermement campés dans leur idéologie colonialiste. » (Page 97).

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Louxor

Affirmer qu’ Egypte mon amour est un véritable hymne à la tolérance, à l’amour et à la bienveillance serait tout à fait fondé mais cependant réducteur, Charlotte de Jong esquissant les portraits de femmes libres chacune à sa façon, avec pour seule ambition de vivre leur vie selon leur conscience, tentant de s’affranchir des conventions sociales. Des femmes au destin extraordinaire, ayant laissé leur empreinte dans le vaste paysage des aventures humaines.

Citations:

« Notre équipage n’était vêtu durant son travail que d’un pagne simple, cachant le milieu du corps, mais dévoilant les jambes jusqu’aux cuisses et tout le torse. Comparée à la mode anglaise, cette façon de se vêtir pour plus de confort et en accord avec la température et le travail semblait plus logique que les nombreux artifices dont se paraient les Anglais. Même si au soir, leur travail terminé, les hommes enfilaient une djellaba, ils restaient beaucoup plus libres que dans les habits serrés des sociétés qu’on disait civilisées. » (Page 66)

« J’enviais Omar et les hommes qui restaient couchés à la belle étoile, vêtus de ce qu’ils avaient sur le dos, et se moquaient des plis, cols amidonnés et dentelles superflues. Ces coutumes anglaises me semblaient de plus en plus futiles et je savourais la liberté insoupçonnée que j’avais ici. Jamais en Angleterre aurais-je pu rester seule avec un homme, et de nuit qui plus est, sans chaperon…Cependant, je ne trouvais au fond de moi rien de mal à profiter ainsi des agréable conditions naturelles du voyage en toute simplicité…Qui avait bien pu inventer toutes ces règles et interdictions selon lesquelles nous devions vivre, mais qui étaient contraires à nos désirs et à notre nature? » (Pages 77-78).

« J’aurai pu la remercier encore de sa bienveillance ou accepter tout en disant que je ne voulais pas la déranger, comme l’aurait voulu la politesse ordinaire. Mais il aurait semblé presque grossier d’insulter l’intelligence et l’accueil de Nour en proférant des politesses vides de sens. » (Page 160).

« Avec ce que j’avais vécu, je me mettais à douter des motivations de chacun et un geste simple et altruiste dénué d’intérêt personnel me paraissait incroyable. Avais-je complètement perdu la foi en l’être humain? Non, j’avais des amis sur lesquels je pouvais compter et j’avais rencontré la bonté à plusieurs reprises. Mais j’avais perdu ma naïveté crédule et me méfiais avant d’accorder ma confiance à quelqu’un. » (Page 247).

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