Publié dans adultère, aventures, éditions JC Lattès, Passion roman historique, peur, pouvoir politique, roman historique

Passion roman historique: Les Francs Royaumes, tome 2: La fureur de Frédégonde, Eric Fouassier.

« Il y a bien trop d’intrigues et de trahisons, bien trop de violence et de sang dans les parages d’un trône. Et nous n’en avons pas moins de trois en Francia! »…

L’auteur: 

éric fouassierEric Fouassier, romancier et nouvelliste français, est l’auteur d’une série de romans historiques, notamment la série consacrée au chevalier Bayard, et de romans policiers dont Morts thématiques publié en 2009 et récompensé par le prix Plume de Glace au festival du roman policier de Serres-Chevalier en 2011. Il est également l’auteur, sous le pseudonyme Yves Magne de romans de littérature générale.

Le roman:

La Fureur de Frédégonde a été publié par les éditions Jean-Claude Lattès au début de l’année 2020. Eric Fouassier écrit dans un style fluide très agréable à lire. L’écriture est soignée, le vocabulaire riche et varié, les phrases bien tournées: « Voilà pourquoi Brunehilde arpentait, à la pointe de l’aurore, les longs couloirs déserts du palais de Metz. Elle devançait ainsi le réveil des servantes et des conseillers, des esclaves et des leudes de son fils. Elle traversait, dans le silence des marbres et des dorures, l’enfilade des grandes salles plongées dans la pénombre. L’écho de ses pas, seul, l’accompagnait, et les rares flambeaux projetaient loin en avant, sur le sol, son ombre démesurément allongée. » (Page 372).téléchargement

Les pages se tournent sans que l’on s’en rende compte, attestant d’une grande maîtrise de la mise en scène: « Le nouvel arrivant dévia la première lame de son long poignard et pirouetta sur lui-même pour éviter la seconde. Emportés par leur élan, ses assaillants le dépassèrent sur les deux flancs. Sans leur laisser le temps de se reprendre, il cramponna l’un d’eux de sa main libre, l’attira à lui et plongea son arme dans son bas-ventre. D’un mouvement ferme du poignet, il la vrilla et la fit remonter sous les plaques de métal du justaucorps. » (Pages 138-139).

Fil rouge: citations d’auteurs latins et grecs tel que Cicéron, Térence, Plotin, Virgile, Sénèque et Phocylide entre autres…

L’intrigue:

téléchargement (1)Suite au décès du roi Sigebert, sa veuve, l’altière reine Brunehilde, se retrouve prisonnière loin de son royaume, dans le palais impérial de Paris, dans une position précaire: « Isolée dans une cité dont les habitants lui témoignaient, sinon de l’hostilité, du moins de la défiance, terrassée par la perte de celui qu’elle chérissait, Brunehilde s’était montrée, pour la première fois de sa vie, irrésolue. Incapable de décider de la conduite à suivre, elle avait hésité entre patienter à Paris, le temps de permettre aux fidèles de Sigebert de la rallier, ou bien partir immédiatement et tenter de gagner Metz à la tête d’une maigre escorte. Finalement, elle avait tergiversé jusqu’à ce que les rares options s’offrant à elle se fussent toutes évanouies, les unes après les autres. » (Page 20)

Le seul héritier du royaume d’Austrasie est un petit garçon de cinq ans, fragile rempart contre les ambitions de son oncle. Arsenius, désireux d’aider la reine à sauver le royaume de son défunt époux, lui propose un plan qui ne peut se réaliser qu’au prix d’un cruel sacrifice: laisser partir le petit Childebert avec Gundewald jusqu’en Austrasie tandis qu’elle resterait à Paris. Finalement, Chilpéric la confie à la garde de l’évêque de Rouen, en plein coeur de son royaume, er garde les petites princesses avec lui à Paris. Brunehilde ne trouve de réconfort qu’auprès d’Audovère, l’épouse répudiée de Chilpéric qui ne rêve que vengeance, et Mérovée, le fils que cette dernière a eu avec le roi.

Désormais, le seul but de Brunehilde est de tout faire pour échapper à ses ennemis, rejoindre son fils et venger la mort de son époux.

Un mois plus tard, Grégoire confie à son filleul Arsenius une mission bien délicate: éclaircir les circonstances mystérieuses de la disparition de son prieur Carolus. Aurait-elle un rapport avec son passé? A cela s’ajoute la découverte du cadavre d’une religieuse dans le puits de l’abbaye, une plaie profonde entre les omoplates. Qui a tué la moniale et pourquoi? L’enquête menée par Arsenius piétine. Le temps presse: Grégoire craint que son ennemi le comte Leudaste ne profite des récents désordres dont l’abbaye est victime pour affaiblir l’autorité de l’évêque et le discréditer auprès de Chilpéric.

Les personnages:

Personnages historiques et personnages fictifs se mêlent dans une harmonie qui nous fait oublier qu’il s’agit d’une fiction.

  • Brunehilde: princesse wisigothe sœur de Galswinthe, veuve du roi défunt Sigebert,
    brunehaut
    Brunehilde

    frère de Chilpéric Ier; émane d’elle une autorité naturelle; 25 ans.

  • Duc Gundewald: lieutenant fidèle de Sigebert.
  • Chilpéric Ier: fils de Clotaire Ier, roi de Neustrie, époux de Galswinthe puis de Frédégonde, frère de Sigebert; solide gaillard brouillon et charmeur mais également ambitieux et calculateur; caractère ombrageux, jaloux, impitoyable.
  • Wintrude: princesse thuringienne devenue esclave du comte Rauchingue après un raid qui a décimé sa famille, treize ans plus tôt; tempérament farouche et entier; courageuse; amoureuse d’Arsenius.
  • Prieur Carolus: esprit d’une grande finesse dans un corps de bûcheron; caractère pondéré, solitaire uniquement occupé par l’étude d’anciens manuscrits.
  • Randolf: jeune moine.
  • Abbé Ithier: assiste Arseniux dans son enquête au prieuré.
  • Rauchingue: comte de Soissons réputé cruel envers ses esclaves; ancien maître de Wintrude.
  • Audovèreépouse répudiée de Chilpéric, mère de ses enfants Mérovée et Basine; femme à l’intelligence limitée, uniquement préoccupée d’elle-même, bouffie d’orgueil et avide de revanche.
  • Arsenius Pontus: filleul de Grégoire, évêque de Tours; jeune clerc gaulois fin lettré,  possédant de belles manières; orphelin appartenant à une famille de la vieille aristocratie arverne; adepte de la lecture et de la méditation; apprécie son confort.
  • Frédégonde: concubine puis épouse de Chilpéric Ier; née dans une famille de serfs,
    frédégonde
    Frédégonde

    elle a été suivante de la reine Audevère, première épouse de Chilpéric: belle et ambitieuse, exerce une puissante influence sur son mari; moins impulsive que lui et plus avisée.

  • Leudaste: comte de Tours, créature de Chilpéric.
  • Mérovée: 20 ans, fils de Chilpéric et Audovère, neveu par alliance de Brunehilde; caractère ombrageux et passionné; jeune homme réfléchi, porté à la contemplation, préférant la lecture des grands auteurs latins à la chasse.
  • Grégoire: évêque de Tours, parrain d’Arsenius; tempérament froid et calculateur; un des plus ardents défenseurs de l’aristocratie; érudit, féru de théologie et de sciences; fidèle au roi Sigebert.
  • Gontran-Boson: émissaire du roi Sigebert; homme intelligent et énergique à l’esprit toujours en mouvement; très ambitieux, d’un insolent aplomb.
  • Ephraïm Nafter: marchand syrien.
  • Prétextat: évêque de Rouen; homme corruptible sachant privilégier les finalités politiques.
  • Guntramm: frère aîné de Sigebert et Chilpéric, roi de Burgondie; homme pragmatique qui sait pouvoir compter sur sa malice et son intelligence.

Les lieux:

Palais de Paris: je le répète souvent, mais les descriptions de lieux sont primordiales dans les romans historiques, d’autant plus quand l’action se situe à des périodes reculées, peu documentées, comme celle de la présente histoire. Eric Fouassier accorde un soin tout particulier aux détails qui font la différence: le mobilier, l’agencement d’un palais, les rues d’une cité. Ainsi, il ne se contente pas de décrire mais de les intégrer aux scènes en cours de façon vivante… »Les murailles du palais impérial de Paris suintaient d’humidité et l’on avait la pénible impression que la Seine charriait ses eaux glacées jusque dans les salles trop vastes pour être correctement chauffées. La reine se rapprocha d’un trépied supportant une cassolette de cuivre et étendit ses mains tremblantes au-dessus des braises. Elle avait toujours détesté cette demeure malcommode, exposée aux vents qui parcouraient le lit du fleuve. » (Page 19).

Tours: ancienne enclave austrasienne en territoire neustrien, Tours « était devenu un OIPimportant centre de pèlerinage et le plus prestigieux évêché des royaumes francs…Depuis l’époque romaine où elle portait le nom de Caesarodunum, la cité de Tours s’était comme contractée à l’intérieur de remparts élevés à partir de matériaux hétéroclites: fragments de colonnes sculptées, marches d’escaliers, bas-reliefs provenant de temples démolis. La ville elle-même, située sur une butte en bord de Loire, n’occupait plus qu’un espace de neuf hectares, avec deux rues principales à angle droit. La place du marché s’ouvrait à l’extrémité sud de cette croix grecque; il s’agissait d’un simple quadrilatère de terre battue qui donnait sur un labyrinthe de venelles sombres et d’échoppes bâties en torchis ou en rondins de bois. » (Pages 122-123).

Rouen: et toujours très bien documenté: « Contrairement à son habitude, pas une seule fois le prince Mérovée n’avait déploré l’état de décrépitude avancée de la vieille cité impériale. Pas un mot de sa part au sujet des portiques à demi ruinés, des façades fissurées soutenues par des madriers, des chaussées dépavées au caniveau débordant d’ordures….La chapelles Sainte-Geneviève, à Rouen, se dressait dans la partie désertée de l’ancienne cité romaine, ce champ de ruines situé à l’extérieur des remparts élevés par les Francs et qui servait désormais de carrière de pierre… » (Pages 108-141).

Reconstitution historique:

Les nombreux détails concernant la mode vestimentaire, les coutumes, les aménagements intérieurs, la gastronomie, les rites religieux, la médecine pratiquée à l’époque relèvent d’une documentation très fouillée et confèrent une assise solide au roman. La toile de fond brillent de couleurs chatoyantes, les palais oubliés dans les couloirs du temps bruissent des frôlements des robes et des manteaux de ces seigneurs de jadis qui ont bâti une partie de notre histoire. Les pensées, les sentiments et la psychologie des personnages donnent au lecteur l’illusion d’une proximité, abolissant les frontières temporelles pour nous plonger dans un univers qui devient, comme par magie, familier.

En conclusion:middle-ages-1430003__340

Le +: la puissance d’évocation, le sens de la description: « Quand il se retrouva face à elle, il fut frappé de constater à quel point elle avait changé en l’espace de quelques jours. Pour la première fois depuis qu’il la connaissait, la reine de Neustrie accusait son âge. Ses traits étaient creusés, ses yeux rougis par les nombreuses larmes versées. Des ridules marquaient les commissures de ses lèvres et de ses paupières. Ses épaules voûtées  qu’elle révélaient l’accablement et le manque de sommeil. Tout dans son attitude affligée renvoyait à l’intensité du drame qu’elle vivait et témoignait de son profond désarroi. Pour la première fois de sa vie, Frédégonde donnait l’impression d’être confrontée à un ennemi qu’elle ne savait comment vaincre et le sentiment de sa propre impuissance la dévastait. » (Page 448)…les scènes d’action bien construites, le suspense entretenu aux moments clés de l’histoire => Toutes ces qualités qui font d’un roman historique un moment de lecture d’exception qui ravira autant les amateurs d’Histoire que ceux d’aventures bien troussées.

Le ++: Les interactions politiques ainsi que le rôle et le poids de l’Eglise expliqués dans des dialogues, rendant ces aspect du roman historique plus attrayant: « Ce qui démontre, au passage, que mon frère est loin d’être idiot. Garder la veuve de Sigebert prisonnière à Paris ou à Soissons, c’était nous la laisser à portée de main. Nous eussions pu tenter quelque chose pour la délivrer. Tandis qu’à Rouen, elle se trouve hors d’atteinte. » (Page 96).

Un second opus qui répond largement aux promesses du premier. La Fureur de Frédégonde, par ses remarquables qualités littéraires et documentaires, ravira les amateurs de récits d’aventures historiques, puristes comme amateurs.

Citations:

« Le roi Chilpéric, en particulier, le tenait en piètre estime. A ses yeux, Mérovée était un être faible, au sang tiède, qui avait hérité de sa mère Audowère un tempérament indolent et par trop porté à la rêverie. Comme la plupart des pères, trop souvent aveuglés par leurs propres désirs et les ambitions qu’ils reportent sur leur progéniture, Chilpéric était incapable de réaliser que son fils cadet lui ressemblait par bien des traits de caractère, à commencer par l’ambition et la soif de reconnaissance, et que, de tous ses enfants, il était probablement le seul à posséder l’étoffe d’un grand roi. » (Page 109).

« Une information est une marchandise comme une autre. Tout s’achète et se vend. C’est pourquoi un commerçant avisé entretient une foule de contacts qui peuvent s’avérer fort utiles en maintes occasions. Associés, employés, commis, clients, intendants des grandes maisons…Savoir quand et à qui s’adresser constitue le principal secret des affaires. De même que la discrétion, évidemment! (Page 160).

« Le temps maussade qui s’était installé sur la Francia dans les derniers jours de l’été n’avait fait que préfigurer la rigueur des saisons à venir. Durant les six mois d’automne et d’hiver de cette calamiteuse année 576, il plut sans discontinuer sur les trois royaumes francs. Un véritable déluge que les plus superstitieux n’hésitèrent pas à attribuer à la colère divine. Le moindre cours d’eau se transforma en torrent. Les rivières quittèrent leur lit et inondèrent les champs. Les grains semés bien avant les premières gelées furent noyés au creux des sillons. Les récoltes pourrirent dans les greniers. Les routes se transformèrent en bourbiers impraticables. Faute de réserves et de ravitaillement, la disette s’installa un peu partout. » (Page 279).

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