Publié dans aventures, éditions De Borée, corruption, enlèvement d'enfants, maltraitance, Paris, Passion roman historique

Passion roman historique: Le Pacte des Gueux, Philippe Hugon.

Immersion dans le monde interlope du Paris de la Régence, où l’on apprend que de la main de Dieu à celle du Diable, il n’y a guère de distance…

L’auteur:

Né le 16 septembre 1963, Philippe Hugon est un journaliste et romancier français. Désormais, il anime une société de production audiovisuelle à Toulouse. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire locale aux éditions Privat et un premier roman aux éditions Flammarion.
Il se passionne pour l’histoire des XVIIIe et XIXe siècle.

Le roman:

Le Pacte des Gueux a été publié en 2020 par les éditions De Borée. Le style est riche, haut en couleur, bien dans l’atmosphère Régence dans laquelle se déroule l’histoire: « Qui n’a jamais respiré l’air de Paris ignore ce qu’est la pestilence de la multitude. Je ne m’essayerai pas à en décrire la palette des nuances, d’autres l’ont déjà fait -avec d’ailleurs plus ou moins de réussite, car généralement les beaux esprits dépeignent ce genre de fumet en se pinçant le nez. Pour ma part, c’est les naseaux bien ouverts que je préfère m’attarder sur ces dizaines de milliers d’humains qui se pressent en tous sens, du lever au coucher du soleil… » (Page 7).

Le récit, rétroactif, est raconté à la première personne par le personnage principal qui raconte, bien des années plus tard, sa propre histoire mêlée à un épisode peu glorieux du règne du Régent, lui donnant une dimension de réalisme:  » A cette époque, le temps de voyage était presque le double de celui d’aujourd’hui…Il faut dire qu’à cette époque, l’endroit était bien moins couru qu’aujourd’hui. » (Pages 99-266).

Construction: bien que le récit soit constitué de nombreux passages narratifs et de peu de dialogues, il n’en reste pas moins vivant, alternant scènes d’action et introspection du narrateur: « Je m’exécutai, et un halo de lumière réapparut de l’autre côté de la vitre. Une petite silhouette sombre surmontée d’une face toute blanche tenait une lanterne. C’était apparemment une femme d’une cinquantaine d’années…La pauvre femme était l’épouse du concierge, c’est ce que nous sanglota ce dernier quelques instants plus tard quand nous le dénichâmes dans son lit. On l’y ligota en lui recommandant de poursuivre sa nuit sans se tourmenter. Auparavant, on le pria d’indiquer où se trouvaient les chambres des valets. » (Page 267).

L’intrigue:

Orphelin adopté dès l’âge du berceau par le Sévillan, le narrateur gravit tous les échelons de l’arnaque de rue jusqu’à devenir un croqueur d’aumônes très doué. Au fil des années et des maîtres successifs, le jeune garçon, finalement surnommé Renard, devient un mendiant très habile à filouter les plus méfiant, en partie par sa ruse mais également grâce à son visage d’ange. Vers l’âge de 14 ans, lui et son ami Rémy s’allient à Dominique Cartouche, formant ainsi un redoutable trio d’escrocs,  capables de mettre sur pied des filouteries de tous genres.

Quelques années plus tard, en 1715, Renard, devenu le protégé de l’abbé Louison qui l’a rebaptisé René Baptiste et s’est chargé de son éducation, ravi d’instruire ce jeune homme à l’intelligence vive, entre au séminaire de Castres. Trois ans plus tard, ayant achevé ses études, il quitte Toulouse et l’abbé Louison et s’installe à Paris. Il entre au service de l’abbé Dubois dont il devient rapidement le secrétaire et l’espion, remplaçant avantageusement l’abbé Duchesne. C’est ainsi qu’il fréquente assidûment le Palais-Royal et le Régent dont l’abbé Dubois est le principal ministre, devenant, grâce à ses talents, un collaborateur efficace et discret.

Mais sa route croise à nouveau son passé qui resurgit sous les traits du Grand Coësme, autrement dit le maître des Gueux, général en chef des armées de filous qui gangrènent la capitale par les cambriolages et les agressions qui la rendent peu sûre. Dubois y voit là une opportunité. Il missionne René comme son ambassadeur auprès du maître des Gueux afin de trouver un arrangement financier. René, allias Renard, saura-t-il se montrer à la hauteur des attentes de l’abbé tout en évitant les pièges tendus par ses anciens comparses?

Contexte social: Paris est devenu un vrai coupe-gorge de jour comme de nuit: « On se fait voler en plein Paris comme dans un bois…Le mois dernier, dix meurtres ont été commis, dont un jusque dans les jardins du palais de Monseigneur…Au Temple et à Saint-Michel, on s’agite, mais à Saint-Marcel, c’est bien pire, la canaille tient le haut du pavé. » (Page 121). Situation fâcheuse dont les ennemis du Régent pourraient se servir contre lui: « Ils attendent dans l’ombre que le sol se dérobe sous nous. Ils désirent le Régent dans leurs mains

Les personnages:

  • Renard: enfant trouvé, narrateur du récit, croqueur d’aumône, puis séminariste et secrétaire particulier du ministre Dubois.
  • Antonio le Sévillan: ancien déserteur, voleur, tricheur professionnel, excelle dans le dressage des mendiants; régent d’une troupe de six mendiants.
  • Bénitier: maître mendiant spécialisé dans la quête aux portes des églises à qui le Sévillan a cédé Renard.
  • Lansquenet: maître de Renard après Bénitier; oublieur, rabatteur, receleur.
  • Rémy: condisciple et ami de Renard; homme de main du Capucin; d’un naturel gai et franc.
  • Grand-Jacques: protecteur de Lansquenet.
  • Flora: fille de prostituée; amie de Renard; gaie, d’un naturel généreux.
  • Louis-Dominique Cartouche: tricheur, escroc; associé puis rival de Renard; caractère ouvert et franc, flegmatique en toutes circonstances; joueur de cartes adroit; chef de bande hardi et habile. Surnommé « Grand Coësre ce qui signifie « Maître des Gueux ».
  • Louison de Baux: abbé, bienfaiteur de Renard; fils cadet d’une puissante et noble famille toulousaine; abbé commendataire d’une abbaye.
  • Abbé Dubois: secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et principal conseiller du Régent dont il avait été le précepteur; ambitieux et intelligent.
  • Balaguy, dit le Capucin: chef de bande.
  • Sénat de la canaille: assemblée dont la mission est d’arbitrer les conflits que chefs de bande n’ont pu résoudre par le poignard, rassemblant une douzaine de vieillards ayant acquis le respect des truands grâce à leur longévité dans la carrière.

Les lieux:

Paris: un visage en clair-obscur de la capitale de cette époque s’offre à nos yeux grâce aux descriptions imagées de l’auteur, restituant peu à peu, comme le pinceau du peintre avance sur la toile, les couleurs contrastées d’une époque inter-règne troublée: « Tous les jours, Paris aimante le meilleur comme le pire des gens de nos campagnes. Certains s’installent ici dans le calcul de faire une fortune, d’autres, pour la dilapider; quelques-uns y viennent pour se cacher, beaucoup pour se montrer; chacun espère pouvoir y vivre, la plupart y survivent. La cité étouffe de ces destins pressés, et les relègue le plus souvent hors les murs, dans les faubourgs où les hommes et leurs rêves s’entassent par milliers. De dépit, on s’y mélange jusqu’à produire de nouvelles générations qui à leur tour tenteront de se faire une place moins minable. » (Page 8).

En conclusion:

Le Pacte des Gueux brosse un portrait de l’humanité bien peu reluisant: chacun, riche ou pauvre, tente, par tous les moyens, qu’ils soient honnêtes ou carrément frauduleux, d’acquérir fortune, pensant que le bonheur ne réside qu’en la possessions de biens matériels toujours plus nombreux. Il esquisse le tableau d’une société décadente, où l’on oublie des vertus essentielles telle que la compassion, la solidarité, l’amour du prochain. Le destin du jeune Renard, adopté à l’âge du berceau puis façonné afin de devenir l’un des rouages de cette fange qui gangrène Paris, l’illustre parfaitement: tous ces hommes et ces femmes laissant libre cours à leurs instincts les plus vils pourvu qu’ils engrangent de conséquents moyens de survie sont-ils plus répréhensibles que ces bourgeois et aristocrates cyniques et corrompus? Cette avidité parfaitement représentée par le système de Law qui remplaça l’or par du papier-monnaie, spéculant jusqu’à plus soif pour finalement s’écrouler tel un château de cartes. Un message d’espoir toutefois vient éclairer ces ténèbres: l’abbé Louison, désintéressé et compatissant, qui permettra à Renard de recommencer une vie loin de la capitale par des moyens honnêtes.

L’originalité de ce roman réside dans le fait de raconter l’histoire du célèbre Cartouche, célèbre chef de bande célébré dans la mémoire populaire comme un héros à la Robin des Bois, à travers l’histoire d’un personnage fictif qui croisera sa route à différentes reprises dans sa vie mouvementée. L’auteur offre ainsi une vision inédite de la célébrissime histoire du chef de bande, dissolvant son tragique destin dans les méandres de cette époque agitée par nombre de scandales, à commencer par le système de Law et les frasques du Régent. Un très bon roman historique d’aventures qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière ligne.

Citations:

« Insignifiant atome sans passé ni avenir quelques heures plus tôt, je sentais maintenant germer au tréfonds de mon être cet instinctif élan qui pousse une minable graine enfouie dans la bourbe à s’extraire du néant. Elle deviendra une fleur, un arbre ou du chiendent, qu’importe, mais l’obsession de la lumière ne la quittera plus. » (Page 52).

« -Ne vous alarmez pas, sourit l’abbé, Mme de Tencin est curieuse, c’est vrai, mais elle oublie vite, ou du moins elle sait ne pas se souvenir. C’est la qualité de son défaut. » (Page 140).

« L’art de la politique oblige à se faire des amis, celui de la grande politique consiste à les trahir. » (Page 251).

« Seuls les valets se soucient d’être populaires. Les princes règnent, ils ne se préoccupent pas de l’opinion, dit Dubois d’un ton de précepteur… » (Pages 301-302).

« Je ne suis pas du bois dont on fait les traîtres. Certes, on peut me reprocher de ne pas avoir été d’une parfaite droiture avec Dominique, cependant je réponds que je ne l’avais jamais forcé à rien. A la table de jeu, chacun prend des risques en conscience, et le gagnant ne peut être tenu pour responsable de la défaite du perdant, même s’il en est la cause, c’est ainsi. » (Page 303).

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