Publié dans corruption, crime, crise économique, Passion polar

Passion polar: Liquidations à la grecque, Petros Markaris.

6e roman de la série consacrée au commissaire Charitos, un aperçu « interne » des prémices de la crise qui, quelques mois plus tard, mettra la Grèce à genoux. « La période des vaches grasses est passée… »

L’auteur:

Petros Markaris est un auteur, scénariste, dramaturge et traducteur grec né en 1937 à Istanbul. Dans un premier temps, il a étudié l’économie, puis il s’est lancé dans une carrière de scénariste. Auteur de pièces de théâtre, il est le créateur d’une série très populaire pour la télévision grecque. Il est l’un des traducteurs grecs des œuvres de Brecht et de Goethe. Il vit à Athènes. Il est connu en France comme auteur de romans policiers et créateur du personnage du commissaire Kostas Charitos.

Le roman:

Liquidations à la Grecque, dont la version originale est parue en 2010,a été publié par les éditions du Seuil en 2012, dans la collection Policiers Seuil. L’histoire est racontée à la première personne par le commissaire Charitos, dont on découvre l’univers familial et professionnel. Il est le premier tome de la Trilogie de la Crise. Le style fluide est rythmé par de nombreux dialogues, souvent empreints d’un humour noir, comme dans cette conversation entre Charitos et le légiste: « Je ne comprends pas cette manie que tu as de me faire disséquer des corps sans tête, dit-il, agacé, tout en enfilant ses gants de chirurgien. Dis à tes assassins de prendre un flingue, pour changer. » (Pages 182-183). Pas de temps mort ni de longueurs.

Fil rouge: difficultés de circulation dans Athènes qui souvent entravent les déplacements de la police.

L’intrigue:

Tandis que le commissaire vient juste de marier sa fille, Nikitas Zissimopoulos, ancien gouverneur de la Banque Centrale, est retrouvé mort dans le jardin de sa villa par son jardinier. La cause de la mort est la décapitation. Une feuille de format A4 portant un énorme D est épinglée sur sa chemise.

Au vu du poste important occupé par Zissimopoulos avant de prendre sa retraite, Charitos envisage divers mobiles, tous aussi plausibles les uns que les autres. Blanchiment d’argent? Corruption? Vengeance? Règlement de compte? Assassinat politique? En l’absence d’indices, l’enquête piétine.

C’est alors qu’un second meurtre est commis. Cette fois, la victime est Richard Robinson, directeur général de la Firth British Bank, retrouvé décapité dans son bureau. Comme Zissimopoulos, la cause de la mort est la décapitation. Même assassin? Même mobile? Charitos s’y perd, manquant d’indices probants et de témoignages lui permettant d’élaborer une théorie tenant la route.

Stathakos, directeur de la brigade anti-terroriste, et le ministre sont convaincus qu’il s’agit d’une affaire de terrorisme. Avis que Charitos est bien loin de partager, bien qu’il dispose de bien peu d’éléments pour étayer une hypothèse démontrant le contraire.
Les deux meurtres seraient-il s liés à la campagne d’affichage et d’annonces massives encourageant les gens à ne pas honorer leurs dettes contractées auprès des banques? Vue la crise économique sans précédent qui se profile à l’horizon, les banquiers deviennent la cible d’un vengeur anonyme.

Charitos est sommé par le ministre et par le directeur de la police de résoudre cette complexe affaire au plus vite avant que les choses ne dégénèrent et que les banquiers ne prennent des mesures radicales qui ne feraient qu’aggraver la tension déjà préoccupante.

Les personnages:

Charitos et sa famille:

  • Kosas Charitos: commissaire police d’Athènes; intègre et bougon.
  • Adriani: son épouse; mère poule, pas très indulgente avec son mari; pratique le martyr silencieux.
  • Katérina: leur fille unique; mariée; avocate stagiaire: passionnée de football: paisible, conciliante.
  • Phanis: mari de Katérina; cardiologue à l’hôpital général d’Etat; monstre de sang-froid; fiable et honnête.

Le commissariat:

  • Guikas: directeur de la Sûreté; chef de Charitos.
  • Vlassopoulos: lieutenant de Charitos; divorcé, dépressif.
  • Dermitzakis: lieutenant de Charitos.
  • Stavropoulos: médecin légiste.
  • Stathakos: directeur de la Brigade anti-terroriste; parle couramment plusieurs langues.

Les autres:

  • Bill Okamba: ancien rugbyman, valet de chambre de la première victime; sud-africain.
  • Nikitas Zissimopoulos: ancien gouverneur de la Banque Centrale; première victime.
  • Sotiropoulos: journaliste affecté aux affaires criminelles; ancien homme de gauche.
  • Phédon Léonidis: le pape des avocats pénalistes, toujours tiré à quatre épingles.
  • Lambros Zissis: ancien militant communiste, mentor de Katérina, ami et conseiller informel de Charitos.
  • Haris Tsolakis: ancien athlète de haut niveau exclu pour dopage, patient de Phanis.

Les lieux:

Scène de crime: le premier corps a été découvert dans un environnement magnifique et incongru, celui d’un jardin rempli de fleurs et surtout de roses, son propriétaire étant un passionné, mais également un potager avec tomates et autres légumes… »A gauche, dans une clairière, une sorte de kiosque est couvert de vigne vierge, sur un sol en ciment. Sous la vigne, une petite table et deux chaises pliantes. Devant le kiosque, une forme sous un drap blanc. » (Page 29).

Ambiance sociale morose, le roman se situant en 2010, au début de la crise sans précédent qui commence à montrer des signes qui ne trompent pas: l’état grec croulant sous les emprunts qu’il éprouve de plus en plus de difficultés à rembourser, la ville est sans cesse secouée par des manifestations de gens mécontents, à commencer par les retraités, les petits épargnants, générant des embouteillages monstres gênant le travail d’investigation de la police =>C’est cette capacité à mêler sa fiction aux réalités sociales de son pays qui donne au roman son intérêt distinctif, une épaisseur bienvenue.

A cela s’ajoutent les suppressions de primes, les remboursements médicaux et les salaires ratiboisés, la pénurie dans les magasins, toutes circonstances qui commencent à plomber le quotidien des Grecs, en particulier de Charitos et sa famille.

En conclusion:

Un des principaux atouts de Liquidations à la grecque est de se faire « télescoper » de façon intéressante et instructive, sans lamentations ni récriminations excessives, la réalité d’un pays en faillite avec la fiction,de nous faire vivre sa lente descente aux enfers de l’intérieur, de nous donner les clefs pour la décrypter. En bref, faire vivre au lecteur la crise économique et sociale grecque de l’intérieur, tout en suivant une enquête criminelle crédible et bien ficelée. Avec la touche personnelle de Petros Markaris, son humour caustique, son analyse toute en finesse et objectivité, son regard acerbe et tout à la fois bienveillant sur son pays, sur ses compatriotes dont il montre les petitesses mais également les grandeurs, sans oublier leur héritage culturel immense.

Citations:

« Depuis que l’Union européenne et le FMI nous ont donné cent dix milliards, nous nous décarcassons pour montrer quels enfants sages nous sommes. Nous courons après toutes les occasions de gagner un bon point. » (Page 97).

« Eh bien, dans toute l’Europe, on fait la chasse à la contrebande. Ici, c’est le bordel, on passe tout ce qu’on veut. Et voilà l’Etat qui réclame des factures et veut que je paie la TVA. Quelle facture et quelle TVA je vais demander pour de la contrebande? Les seuls qui importent légalement dans le secteur, c’est les Chinois. Vous allez voir, bientôt on achètera nos slips aux Chinois. » (Pages 115-116).

« D’abord, contrairement à ce qui est dit partout, madame Berketi, ce n’est pas mal d’emprunter. Celui qui emprunte peut financer son commerce, son entreprise ou son pays avec de l’argent étranger. Et les prêteurs retirent un gain en échange de l’argent prêté. C’est là une transaction saine. Le problème commence lorsque l’emprunteur ne peut pas rembourser. C’est là que nous intervenons. Nous disons aux prêteurs: « Attention, si vous prêtez à cet entrepreneur ou à ce pays, le risque est grand de ne pas revoir votre argent. » Or c’est précisément dans cette situation que se trouve la Grèce aujourd’hui… » (Pages 127-128).

« Vous avez ouvert un cloaque, vous autres, et vous y jetez tout le monde en les appelant terroristes. Les terroristes tuent car ils pensent pouvoir ainsi changer le monde. Ils sont les victimes de Che Guevara. C’est toujours pareil. Quelqu’un commence plein de bonnes intentions, puis d’autres arrivent qui foutent la merde. C’est ce qui s’est passé avec Guevara et avec les terroristes, et aussi avec nous qui voulions apporter le socialisme, tu as vu le résultat. » (Page 213).

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