Publié dans Angleterre, corruption, crime, crise économique, Passion thriller

Passion thriller: Haine pour Haine, Eva Dolan.

Une vision de l’Angleterre contrastée: immigration, problèmes sociaux, crise économique, délinquance, violence dans les rues. Un polar social nettement engagé.

L’auteur:téléchargement

Eva Dolan, originaire de l’Essex, est une romancière britannique. Elle a exercé le métier de critique littéraire spécialiste des littératures policières avant de se lancer dans l’écriture de romans policiers.

Le roman:

Haine pour Haine, Tell No Tales en version originale parue en 2015, a été publié en 2019 par les éditions Liana Levi. Le style fluide permet au lecteur de se glisser dans l’histoire comme un poisson dans l’eau. Les actions sont détaillées comme dans un film: »La voiture, elle, était pourtant bien réelle. Un vieux modèle de Volvo, massif, la portière mal repeinte côté passager. La voiture avait foncé sur ses victimes et ne s’était immobilisée qu’une fois emboutie contre la façade de la maison derrière l’arrêt de bus. L’intérieur du salon était visible de la rue, les murs en plâtre tout effrités, l’air envahi d’une poussière qui n’était pas entièrement retombée. Un fil électrique pendait du plafond, sans ampoule. » (Page 16)… »Elle grimpa les marches de l’entrée et se baissa pour passer devant l’accueil où un journaliste de l’Evening Telegraph papotait avec le sergent de service, essayant de lui soutirer des informations qu’il n’aurait pas le droit de publier. Elle monta les escaliers et franchit l’étage de la brigade criminelle où l’accent irlandais du commissaire Riggott tranchait au milieu du brouhaha habituel. » (Page 29).

Thèmes: crise économique et sociale; racisme; haine raciale : prenant pour prétexte la crise économique, des groupuscules extrémistes brandissent l’étendard de l’Angleterre aux Anglais =>Schéma transposable dans n’importe quel pays occidental, y compris le nôtre.

Découpage: chaque partie est dévolue à un jour d’enquête.

L’intrigue:OIP

L’inspecteur Zigic enquête sur un accident de voiture avec délit de fuite. La video montre clairement que le conducteur a fauché les trois personnes dans l’abri bus délibérément avec pour résultat un mort et deux blessés graves, tous des travailleurs immigrés. Un hasard?

Tandis que l’équipe travaille sur une autre enquête en cours dans le même quartier: le meurtre de deux hommes d’origine étrangère, à trois semaines d’écart, tabassés à coups de pied à l’heure de fermeture des bars. Aucune piste, aucun témoin pour aider la police dans ses investigations. =>Un lien entre ces meurtres et l’accident de l’arrêt de bus? Un vent de folie balaierait-il la ville de Peterborough?

Pourquoi Sofia, seule survivante, a-t-elle menti concernant Anthony, le petit ami de sa sœur Jelena, morte dans l’accident, en l’incriminant, orientant l’enquête dans une mauvaise direction? Pourquoi le hait-elle à ce point? Etait-ce elle la véritable cible du chauffard?

C’est alors que se produit un troisième meurtre dans une ambiance déjà explosive. Zigic et son équipe parviendront-ils à boucler leur enquête avant que la situation ne dégénère?

Les personnages:

  • Dusham Zigic: inspecteur de police à la section des crimes de haine.
  • Melinda Ferreira: sergent d’origine portugaise, filles de propriétaires d’un pub; caractère explosif, rigide.
  • Bobby Wahlia: collègue et ami de Mel; garde son calme en toutes circonstances; calme et posé malgré son physique impressionnant.
  • Agent Grieves: dernière recrue de l’équipe; jeune femme très timide; appliquée et douée pour repérer les détails.
  • Sofia: sœur de Jelena.
  • Anthony Gilbert: ex petit ami de Jelena; fiché pour harcèlement envers ses petites amies.
  • Alex Cator: ex petit ami de Mel; ancien prof de psycho; travaille dans le renseignement sur le terrorisme intérieur.
  • Richard Shotton: ancien militaire; milite dans un parti conservateur, l’English Patriot Party.
  • Christian: ancien flic, garde du corps de Shotton; prêt à réagir au quart de seconde.
  • Kenneth Poulter: chauffeur de taxi depuis sa sortie de prison; homme de main de Shotton.

Les lieux:

Le sens de la description et du détail caractérise la représentation des lieux dans lesquels se déroule l’histoire.

Peterborough: ville anglaise située à l’est du pays, Peterborough montre un visage de ville sinistrée par la crise économique, avec ses nombreux magasins fermés, ses immeubles gris et ses rues désolées: »Chaque fois que Ferreira venait dans le centre-ville de Peterborough, il lui semblait qu’il y avait encore plus de magasins vides…Les immeubles étaient laids, de grands monolithes gris de trois ou quatre étages aux vitres fumées, les fissures dans le béton comblées par des joints.. » (Page 108).

Quartier de New England: une banlieue animée, juste au nord du centre-ville, où vivait le plus grand nombre des ouvriers immigrés de Peterborough: « Il y avait aussi une onglerie polonaise, un salon de coiffure lituanien, une épicerie spécialisée dans les produits d’Europe de l’Est et les cigarettes de contrefaçon, des cafés et des magasins d’alcool avec des tables sur les trottoirs. » (Page 27).

Zone industrielle: une vision pas très valorisante de Peterborough qui apparaît plus comme un endroit dans lequel on échoue en dernier recours: « Quelques maisons d’allure négligée subsistaient dans la zone industrielle: petites cours mal entretenues, façades salies par les gaz d’échappement, arbres jamais taillés qui obstruaient les fenêtres et déformaient les trottoirs. » (Page 32).

En conclusion:

Eva Dolan, dans ce second opus consacré aux enquêtes de Zigic et Ferreira, illustre d’une manière expressive et vivante le climat social et les interactions politiques sur lesquels repose l’intrigue, le contexte dans lequel ils mènent leur enquête sans rien occulter de ses aspects les plus sordides: mécontentement populaire, intérêts politiques, pression municipale. Un roman rondement mené, passionnant à souhait…

Citations:

« Ses grands-parents avaient été parmi les premiers étrangers à emménager là et, à l’époque, dans les années 1960, ils n’avaient pas été bien accueillis…Leurs voisins…regardaient d’un mauvais œil cet afflux soudain de Slaves et d’Italiens avec leurs familles nombreuses et bruyantes qui venaient remplir les classes d’enfants dont l’anglais n’était pas la langue maternelle. » (Page 21).

« La voix poursuivit avec les chiffres de l’immigration à Peterborough, évoquant une frustration grandissante au sein de la population britannique locale, puis la pénurie de logements, l’engorgement des services publics et une multitude d’autres problèmes sans lien direct avec le drame. » (Page 32).

« Ce qui veut dire qu’un certain monsieur avec de jolis boutons dorés sur ses épaulettes va très bientôt s’atteler au budget de l’année prochaine et qu’il risque de le prendre très mal s’il voit que tu attires l’attention sur la myriade de problèmes sociaux qui pourrissent sa petite ville. » (Page 49).

« Ce qui le rendait d’autant plus dangereux, songeait Zigic, c’est qu’il n’avait pas l’air d’un fanatique d’extrême droite, à la différence de ses nombreux prédécesseurs qui avaient essayé, sans y parvenir, de donner à leur idéologie fasciste un visage plus acceptable auprès du grand public. » (Page 237).

« Il ne se sentait lui-même aucune ferveur patriotique, c’était même un concept dont il se méfiait, qui copinait trop souvent avec des idées nauséabondes: nationalisme, xénophobie et autres notions de suprématie raciale qui n’auraient pas dû avoir leur place dans le XXIe siècle. » (Page 295).

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