Publié dans éditions J'ai Lu, corruption, crime, crise économique, enquête criminelle, Littérature américaine, Passion polar

Passion polar: Faux Amis, Lindwood Barclay.

Le passé vous rattrape toujours, peu importe quand et comment…Raison pour laquelle il est toujours préférable d’anticiper les mauvaises nouvelles…

L’auteur:

téléchargement (1)Linwood Barclay est un éditorialiste et écrivain canadien né en 1955 aux USA, dans l’état du Connecticut. Il est âgé de quatre ans lorsque ses parents s’installent au Canada. Désormais, il vit à Oakville avec sa femme et ses deux enfants. Il est l’auteur de nombreux romans policiers et thrillers, notamment la série consacrée aux enquêtes de Zack Walker publiée entre 2004 et 2007, ainsi qu’une série intitulée Promise Falls, publiée entre 2008 et 2016, commençant par Les Voisins d’à Côté, continuant avec Fausses Promesses. Faux Amis est le troisième et avant-dernier opus.

Le roman: 

Faux Amis, Far From True paru en 2016 dans la version originale, a été publié par les éditions Belfond en 2018, puis par les éditions J’ai Lu en 2020. Le style plaisant permet au lecteur de se laisser conduire dans les méandres de l’histoire sans aucune réticence. Il s’y plonge avec délectation et dévore les pages une à une sans plus se rendre compte du monde qui l’entoure.téléchargement (1)

Construction: certains chapitres très courts s’enchaînent à d’autres beaucoup plus longs. Le récit est raconté à la troisième personne, au passé, sauf les chapitres intitulés « Cal », ces derniers étant racontés par le personnage lui-même. Cette alternance de points de vue de chaque protagoniste donne sa profondeur au roman. L’auteur joue cartes sur table : grâce à cette focalisation multiple, le lecteur a accès à chaque partie du puzzle; à lui de démêler le vrai du faux et de jouer au détective amateur afin de reconstituer le motif final.

Les actions détaillées impriment un rythme faussement lent, par lequel le lecteur non vigilant peut se laisser bercer afin d’endormir sa méfiance: « Je me laissai tomber sur la chaise de bureau, inspectai la pièce du regard. Pas grand chose à voir à part l’ordinateur, des bouchons de feutres Sharpie, quelques livres….J’ouvris le tiroir du haut. Des carnets de chèques, des stylos, des trombones. Je passai tous les autres en revue un par un. Reçus, vieilles déclarations d’impôts, quelques recensions de livres découpées dans les journaux. Rien d’intéressant. » (Pages 106-107)… »Un pompier dénommé Darel me laissa monter à mon appartement pour récupérer quelques affaires. Je ne constatai aucun dommage, mais une fumée âcre avait envahi les lieux. Comme le gaz avait été fermé, je n’aurais pas pu cuisiner -mais je ne cuisinais jamais, de toute façon-, et le courant aussi avait été coupé dans l’immeuble. Je fourrai quelques vêtements de rechange dans un petit sac de voyage. Dans la cuisine, je pris un sac de congélation pour y mettre ma brosse à dents, du dentifrice et divers articles de toilette. Je dénichai une paire de chaussures et des sous-vêtements et mis le tout dans un sac à dos. » ( Page 364)

Thèmes: le poids des regrets: « Quand je repensais à cette erreur de jugement, je me rendais compte à quel point elle avait été catastrophique. » (Page 426)

L’intrigue:

Quelques jours après Fausses Promesses.

Soirée spéciale à Promise Falls: la fin de l’année universitaire à Thackeray et la dernière séance du drive-in Constellation qui devait être détruit la semaine suivante. Mais lors de la projection, l’écran s’effondre sur les spectateurs des premiers rangs dans un terrible bruit d’explosion, à exactement 23h23. Cafouillage de la société de démolition qui n’était pas censée poser les charges si tôt? Un acte terroriste?

L’inspecteur Duckworth, chargé d’élucider les circonstances des meurtres d’Olivia Fischer et de Rosemary Gaynor, pense avoir un suspect, bien qu’il ne parvienne pas à établir de lien avec la première victime. Et que penser du numéro 23 qui revenait constamment dans les derniers événements survenus à Promise Falls: les 23 écureuils pendus à la clôture, le numéro 23 sur le sweet à capuche que portait Mason Helt lors des agressions d’étudiantes, les trois mannequins dans la nacelle 23? Quelle signification pouvait-il bien avoir? Voilà des questions qui, depuis des jours, tournent en boucle dans son esprit.

Pendant ce temps, Angus Carlson poursuit son enquête sur l’affaire Mason Helt, étudiant de Thackeray qui avait été abattu par le responsable de la sécurité, alors qu’il avait agressé Joyce Pilgrim, une vigile du collège. Il va sans dire que la police de Promise Falls, et celle de l’état, déjà sur les dents, se retrouve confrontée à une avalanche de faits dramatiques qu’elle ne sait comment enrayer.

Duckworth et son équipe, incapables d’établir des connexions entre les différents événements, se retrouvent dans une impasse. La réponse au prochain épisode?

Les personnages:

  • Cal Weaver: ancien flic de Promise Falls devenu détective privé; veuf.
  • Céleste: soeur de Cal; régente tout.
  • Dwayne Rogers: mari de Céleste; propriétaire d’une entreprise de terrassement en difficulté; caractère lunatique.
  • Lionel Grayson: propriétaire du drive-in.
  • David Harwood: ancien journaliste devenu le directeur de campagne de l’ancien maire; seul avec son fils.
  • Randall Finley: ancien maire de P.F.; fondateur d’une entreprise d’eau en bouteilles; personnage arrogant et arriviste.
  • Barry Duckworth: inspecteur de la police de P.F. depuis 20 ans.
  • Angus Carlson: collègue de Barry, nouvellement nommé au poste d’inspecteur.
  • Naman Safar: propriétaire de la librairie de livres d’occasion.
  • Samantha Worthington: gérante de la laverie automatique; vit seule avec son fils, son mari étant en prison pour braquage de banque.
  • Clive Duncomb: ancien flic de Boston démis de ses fonctions, reconverti en chef de la sécurité du collège de Thackeray.
  • Rhonda Finderman: chef de la police de P.F.
  • Peter Blackmore: professeur à Thackeray.
  • Victor Rooney: fiancé d’Olivia Fischer, jeune femme assassinée trois ans plus tôt; dépressif et alcoolique.

Toute une galerie de personnages représentatifs des habitants d’une ville moyenne américaine; chacun joue un rôle dans la succession des événements qui vont endeuiller la ville.

Les lieux:

Le drive-in de Promise Falls, symbole d’un style de vie disparue, a joué un rôle important dans l’histoire de la ville: c’est là que des générations de jeunes et moins jeunes se retrouvaient pour différentes raisons: « Avec les multiplexes, les écrans 3-D, les DVD, le films qu’on pouvait télécharger en quelques secondes chez soi, pourquoi s’embêter à aller dans un drive-in, à part peut-être pour se peloter?…Et pourtant, même pour Derek et sa génération, il y avait une nostalgie propre au drive-in. Ses parents l’y avaient emmené pour la première fois quand il avait huit ou neuf ans, et ils e rappelait l’excitation qu’il avait ressentie. » (Page 10).

Promise Falls se retrouve dans une situation difficile: une importante baisse de l’activité économique a eu pour résultat la fermeture du parc d’attraction qui a fait ses beaux jours, ainsi que d’autres entreprises, entraînant perte d’emploi et départ de familles désireuses de trouver une vie meilleure ailleurs. Les crimes passés et actuels auxquels Promise Falls se trouve confrontée symbolisent cette lente décadence: « Mais je n’ai pas besoin de te dire qu’on a connu une grosse baisse d’activité ces derniers temps. Comme tout le monde. Presque tous les gens que je connais s’en sortent moins bien que l’année dernière. » (Page 73)

En conclusion:

L’action de Faux Amis se déroulant seulement quelques jours après les événements narrés dans Fausses Promesses, d’emblée l’auteur fait monter le thermomètre avec l’unique phrase du prologue: « Ils n’ont encore rien vu« . Ainsi, le lecteur se tient sur ses gardes sans pouvoir imaginer ce qu’il va se passer. Les scènes de suspense bien ficelées, comme lorsque Ed se trouve devant l’école du fil de Sam ou quand George s’introduit dans un garage et découvre des objets suspects, font monter encore plus le taux d’adrénaline: on espère qu’il ne va rien arriver de fâcheux au jeune garçon; on se demande de quel garage il s’agit et quelle est la nature des objets suspects…

Les atouts de faux Amis: les très nombreux dialogues qui font progresser l’intrigue; les considérations extérieures qui posent le décor et participent à l’élaboration des personnages, de leur psychologie, de leur rôle, de l’histoire qu’ils ont à raconter…

Le +: au final, la lecture de Faux Amis apporte bien plus de questions que de réponses…Réponses que le lecteur trouvera dans Vraie Folie, suite et fin de l’histoire. Alors vous qui, comme moi, avez dévoré Fausses Promesses, et avez envie de savoir ce qu’il adviendra de chaque personnage que vous avez appris à aimer ou à détester, soyez patients. Il ne vous reste plus qu’à poursuivre. Vous ne serez pas déçu…

Citations:

« Non, je ne prends pas les choses comme ça, me dis-je à moi-même. Pas d’auto-apitoiement. C’était en substance ce que j’avais dit à Céleste. Il fallait que je regarde devant moi, pas derrière. Cela ne servait à rien de se torturer l’esprit pour des choses qui ne changeraient jamais. » (Page 57).

« L’inspecteur Duckworth aurait voulu que les crimes soient mieux répartis dans le temps. Il n’avait vraiment pas besoin d’une explosion dans le drive-in là, tout de suite. Quitte à faire sauter le Constellation, pourquoi ne pas l’avoir fait au mois de mars? Ou remettre ça à l’automne? Pourquoi les méchants du nord de l’Etat de New-York ne le consultaient pas avant de passer à l’acte? » (Page 98).

« C’est à cet instant précis que David comprit que cet homme avait du charisme. Il avait la capacité d’établir un lien émotionnel avec les gens. Il doutait de la sincérité de Finley, mais celui-ci parvenait à faire illusion. L’électeur lambda le croirait. L’électeur lambda se dirait: Ouais, d’accord, c’est un connard, mais qui ne l’est pas, finalement? Et après tout, je préfère l’avoir lui qu’un autre type qui se croit mieux que moi. » (Pages 208-209)

« Je vis ici, en Amérique, depuis plus de quarante ans. Je suis un Américain. (Il désigna la rue d’un geste de la main.) J’ai instruit les enfants de ces gens,. J’ai travaillé avec ces gosses, je les ai encouragés, je les ai formés, j’ai pleuré avec eux, j’ai contribué à en faire de bons et honnêtes citoyens. J’ai toujours payé mes impôts. J’ai envoyé des tas de cartons de livres à nos soldats en Irak et en Afghanistan. Et c’est comme ça qu’on me remercie. En me traitant de terroriste. » (Page 366).

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