Publié dans amour, éditions Hugo Thriller, disparition inexpliquée, enquête criminelle, maternité, Non classé, Passion polar français

Passion polar français: La Faiseuse d’Anges, Sandrine Destombes.

 

Premier roman de la romancière Sandrine Destombes, figure incontournable du paysage du polar français…Un talent déjà éclos…

L’auteur:

téléchargementSandrine Destombes est née à Paris en 1971. Elle a toujours vécu et travaillé dans la capitale. Elle a étudié le droit quelques mois, puis a fait des études à l’école pour les Métiers du Cinéma et de la Télévision. Ainsi, depuis 25 ans, elle travaille dans la production d’événements.

Le roman:

La Faiseuse d’Anges, premier volet de la trilogie consacrée aux enquêtes de la commissaire Maxime Tellier, et premier roman de l’auteur, a été publié en 2014 par les éditions du Crabe, en 2017 par les éditions Nouvelles Plumes. La présente édition est celle réalisée par les éditions Hugo Poche en 2020, dans la téléchargementcollection Suspense. Le style incomparable de Sandrine Destombes allie fluidité et énergie, donnant au roman une couleur faite de puissance narrative et de finesse d’analyse, sans toutefois mâcher ses mots, mais sans une once d’agressivité : « Une fois seule dans son bureau, Max sentit la fatigue s’abattre sur elle. Les premières heures de la matinée avaient été trop chargées pour qu’elle prenne le temps de faire le point. A bien y réfléchir, elle n’avait pas vraiment de quoi en faire un. Ses deux enquêtes étaient au point mort, sans aucune piste à exploiter, et Enzo serait d’ici quelques heures à plus de mille kilomètres d’elle. Elle devait trouver de quoi s’occuper l’esprit. » (Page 27).

Construction: les chapitres assez courts et les nombreux dialogues donnent au roman son rythme de croisière, relayé par les passages narratifs juste suffisants pour brosser un tableau le plus réaliste possible d’une enquête criminelle.

Thèmes: avortement, maternité.

L’intrigue:

Maxime Tellier, nouvellement promue commissaire, est toujours hantée par le meurtre de sa mère, survenu trente ans plus tôt en sa présence, alors qu’elle était âgée de huit ans. Malgré des séances d’hypnose et de psychanalyse, les souvenirs de ce jour fatidique, notamment le visage du meurtrier, refusent de remonter à la surface, l’emmurant dans un silence qui devient de plus en plus pesant, l’empêchant d’avancer dans la vie.

Le corps d’une femme est retrouvé atrocement mutilé dans un entrepôt désaffecté sur les quais de la Seine: le visage écorché, les doigts brûlés à l’acide, aucun papier. Donc aucune identification possible. Pour quelle raison? Affaire qui vient s’ajouter à l’enquête que Max et son équipe mènent sur la mort d’une autre femme, Catherine Louvier, retrouvée morte dans son appartement. Affaire surnommée « La dame aux camélias » par la presse. Avec pour seul témoin un adolescent vu dans la cage de l’escalier de l’immeuble…

En creusant un peu, Max trouve des affaires similaires au meurtre de la femme de l’entrepôt: deux cas non résolus, perpétrés à Lisieux et à Avignon, dont l’une toujours non identifiée. Aucun indice, aucune piste, sinon le profil type des victimes et le modus operandi. Bien maigre point de départ. Max redoute surtout qu’ils aient affaire à un tueur en série sévissant sur tout l’hexagone. Si c’était le cas, la pression de l’opinion publique, de la presse et de sa hiérarchie deviendrait vite ingérable.

C’est alors qu’elle reçoit un message sibyllin émanant de l’assassin de sa mère. Pourquoi se manifester trente ans plus tard? Que lui veut-il? Entre ses enquêtes croisées, ses problèmes personnels, les exigences du juge d’instruction et l’absence pesante d’Enzo, Max va avoir besoin de toutes ses ressources, de sa perspicacité et du soutien indéfectible de son équipe pour boucler ces deux affaires.

Les personnages:

  • Vincent Gouvier: capitaine de gendarmerie de Lisieux.
  • Henri: oncle de Max.
  • Maxime Tellier: commissaire de police, mauvais caractère, pas patiente, bordélique; aime les personnes directes, pas diplomate pour un sou.

Equipe de Maxime qu’elle a sélectionnée soigneusement, de façon à ce que chaque membre apporte un regard différent sur les affaires criminelles à traiter. Ils sont tous complémentaires, un atout important dans la police. Malgré le tutoiement instauré par Max elle-même, ses « hommes » lui vouent respect et loyauté. Ils sont solidaires, toujours prêts à se couvrir en cas de pépin.

  • Enzo: mentor de Maxime, a veillé sur elle pendant son adolescence; faisait partie de l’équipe en charge de l’enquête sur l’assassinat de la mère de Max.
  • Jeanne: inspectrice; consciencieuse, travailleuse, un brin têtue; franc-parler et dégaine haute en couleur; une des meilleurs en matière de recoupements.
  • José Moreno: très bon inspecteur qui aurai dû passer commissaire depuis longtemps, mais ne sait pas gérer une équipe et aime le travail en solo.
  • Paul: inspecteur; déteste les autopsies; malgré ses années d’expérience, a toujours besoin d’être encouragé; très timide, parfois naïf; un des meilleurs en matière de recoupements.
  • Thomas: dernière recrue; intelligent et vif, mais tire-au-flanc; connaissances en informatique et sa logique en font néanmoins un précieux élément.

En conclusion:

Curieusement, peu ou pas de description des lieux des crimes. Une enquête menée tambour battant dans laquelle l’auteur ne s’attarde pas dans des passages narratifs qui ne feraient que ralentir le rythme du récit. C’est à peine si elle nous donne çà et là quelques indications indispensables pour suivre les enquêteurs dans leurs investigations.

Sous « l’innocente » motivation de raconter une enquête policière fictive, Sandrine Destombes n’hésite pas à égratigner au passage certaines idées préconçues qui ont la vie dure, malgré les soi-disant progrès sociaux réalisés ces dernières décennies. Notamment la place des femmes dans la police, sans agressivité ni féminisme primaire, se contentant d’émettre un constat dans un système complexe et très hiérarchisé: « Max -c’est ainsi qu’elle souhaitait se faire appeler- avait réussi le concours interne pour devenir commissaire de police et elle savait qu’elle n’avait pas droit à l’erreur. Tous les yeux étaient braqués sur elle. Certains attendaient, avec plus ou moins d’impatience, qu’elle se noie dans ses nouvelles attributions tandis que les membres de son équipe ne bougeaient pas le petit doigt sans sa bénédiction. » (Page 10)… »Max fulmina tout le temps que dura la conférence de presse. Sa place n’était pas ici. Le procureur avait exigé sa présence tout en lui signifiant qu’il n’attendait rien d’autre d’elle. Max avait la désagréable sensation de servir de faire-valoir, d’incarner l’image de la politique de parité au sein des forces de l’ordre. dans les faits, elle était la potiche de service qui devait écouter son propre compte-rendu débité par un homme qui, de son côté, ne l’avait lu qu’en diagonale. » (Page 23).

Encore carton plein pour Sandrine Destombes avec ce polar bien ficelé dont on lit de bout en bout les 379 pages sans s’ennuyer une seconde, porté par ses personnages attachants et ses pointes d’humour bienvenues. Et toujours cette empathie naturelle qui donne au roman un ton particulier, bien à lui…

Citations:

« Non, mais sérieusement, ce n’est pas la fête des mères dont on parle, et encore, tu connais mon point de vue sur la question! Tu as vu une journée de l’homme, toi? Non. Les journées, c’est pour les maladies orphelines, les handicaps, les conneries du genre l’amitié, les câlins…Y en a même une dédiée aux stylos à plume! Donc ça m’énerve déjà suffisamment que les droits des femmes soient cantonnés à une seule pauvre journée pour qu’on ne me rabaisse pas ça à une journée qui te permet d’obtenir vingt pour cent sur de la lingerie! » (Page 18).

« Elle profita du temps de livraison pour respecter sa promesse et fila à la salle de bains. Elle fit un rapide constat des dégâts et ne put s’empêcher de se demander comment faisaient les autres femmes pour rester impeccables quels que soient l’heure ou le jour de la semaine. Soit elles ne travaillaient pas, soit elles avaient une soeur jumelle pour donner le change. C’était la seule solution logique qui lui venait à l’esprit. » (Page 127).

« Une fois assise à son bureau, Max tenta de se calmer mais elle n’arrivait pas à décolérer. Elle avait toujours su que le côté joli coeur de Thomas finirait par leur jouer des tours. Si Laetitia Monteau avait été un laideron, rien de tout cela ne serait arrivé. Max avait parfois l’impression de gérer une bande d’ados. Elle détestait cette partie du boulot. Entre les guéguerres internes, les enfantillages de certains et les humeurs des autres, elle avait souvent la sensation d’être prise pour un arbitre ou une maîtresse d’école, et non pour le commissaire de brigade criminelle qu’elle était. » (Page 146).

« Vincent avait demandé que le corps ne soit transféré qu’après son arrivée. Il ressentait toujours le besoin de visualiser une victime là où elle avait été trouvée. Cela lui permettait de personnaliser ses enquêtes. D’ici quelques jours, on ne parlerait plus que d’indices, de rapports. Ce corps ne serait plus qu’un numéro. Vincent ne voulait pas perdre de vue que cette victime était avant tout un homme ou une femme. Une personne qui avait eu une vie avant de se retrouver dans une housse mortuaire. » (Page 288)

2 commentaires sur « Passion polar français: La Faiseuse d’Anges, Sandrine Destombes. »

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