Publié dans adultère, angoisse, éditions De Borée, disparition inexpliquée, enquête criminelle, Passion polar français

Passion polar français: Déviation Nord, Thierry Berlanda.

« Ta prison, c’est ta peur, et c’est toi seule qui en a la clef! »

L’auteur:

Thierry BerlandaThierry Berlanda est né à Paris où il vit toujours, entouré de sa famille, de ses amis et de ses livres. Son appartement se situe tout en haut d’un immeuble d’où il voit la Tour Eiffel, la tour Montparnasse et le Sacré-Cœur. Depuis de nombreuses années, il écrit en moyenne un roman par an dont il ne fait publier que les meilleurs. Il est ainsi l’auteur de Tempête sur Nogalès, L’insigne du Boiteux, La fureur du Prince, La nuit du sacre, L’orme aux loups…

Le roman:

Déviation Nord a été publié en 2020 par les éditions De Borée. Le style, un peu dans la manière de Michel Audiard, est vigoureux, imagé: « Gigantesque couveuse, l’esprit d’Aline Gouet abrite des millions d’oeufs dont chacun contient en miniature le déroulement futur d’une catastrophe. Et depuis trente ans qu’elle travaille chez Baziot, petite société que la lumière des lois laisse plutôt dans l’ombre, la couveuse n’a fait que s’agrandir. » (Page 93). Le récit est raconté au présent, à la troisième personne, alternant les points de vue des protagonistes de l’histoire.téléchargement (1)

Construction: les chapitres sont assez courts et les nombreux dialogues rendent le récit énergique, avec cette pointe d’humour propre à l’auteur, toujours appréciable pour détendre un peu l’atmosphère rendue pesante par les circonstances de l’enquête. Par exemple, les dialogues à sens unique entre Casanave et Lehmann: « -Vous savez ce qui me manque? -Je ne sais pas, mais ça m’étonnerait que j’aie ça dans le coffre. -Un café et une tartine! -Moi aussi. Je crois que je serais capable de voler pour ça! Le sourire d’Emilie se fige. -Je serais alors obligée de vous arrêter, en application de l’article L311-4 alinéa du Code pénal…-Je plaisantais, Casanave. Vous aussi, non? Allez, dites-moi que vous plaisantiez…Ca me tranquilliserait. » (Page 114)…

Un indéniable sens de la réplique: « -Une de ces personnes est-elle habilité à conduire le camion Man dont votre société est propriétaire? -J’ai deux Man et je ne vois pas à quoi me serviraient mes chauffeurs s’ils n’étaient pas habilités, comme vous dites! « (Page 94).

L’intrigue:

24 décembre. Dans un coin reculé du Morvan. Milton Walsh et son épouse Agathe prennent la route afin de rejoindre la famille de cette dernière dans un gîte pour fêter Noël ensemble. Au bout de quelques kilomètres, la route est coupée à cause d’un camion qui s’est renversé sur la route. Elle ne sera pas rouverte avant le lendemain. Pas question de faire demi-tour: la petite Lola et ses cousins attendent cette réunion de famille depuis si longtemps qu’il ne faudrait pas les décevoir. Les gendarmes leur indiquent qu’ils peuvent emprunter une route secondaire, la Déviation Nord. Ils n’arriveront jamais à destination…

Le lendemain, l’adjudant-chef Lehmann et son équipe parcourent la petite route mais ils ne trouvent aucune trace du véhicule des Walsh. Auraient-ils quitté la déviation? Mais pourquoi alors que rien ne les y obligeait et qu’ils étaient attendus à l’autre bout, surtout pris dans une tempête de neige à plus de vingt-deux heures? Mais s’ils l’avaient fait, c’est sans doute contraints par quelque chose ou quelqu’un…En tout cas, les Walsh semblent s’être volatilisés.

Mais Lehmann est certain d’une chose: le véhicule n’est jamais sorti de cette forêt. A lui de le retrouver. L’adjudant et la jeune adjointe Emilie Casanave, douée d’un don de double vue qui leur sera bien utile, se lancent sur leurs traces. Arriveront-ils à les retrouver à temps?

Les personnages:

  • Agathe Walsh: anesthésiste à l’hôpital de Nevers; très douée et très appréciée par ses collègues pour sa compétence et son dévouement; épouse de Milton Walsh et mère de Lola.
  • Milton Walsh: chirurgien mondialement connu, spécialiste des greffes de foie; a pris sa retraite deux ans plus tôt; passionné d’échecs.
  • Lola: fille d’Agathe et Milton; huit ans; particulièrement mûre pour son âge.
  • Sébastien Delteil: frère d’Agathe; envieux et paresseux, vivote avec sa femme et leurs deux enfants.
  • Clarisse: épouse de Sébastien.
  • Lehmann: adjudant-chef proche de la retraite; d’origine alsacienne; enquêteur tenace.
  • Emilie Casanave: jeune adjointe, aucun sens de l’humour mais dotée d’un sixième sens bluffant; protocolaire jusqu’au bout des ongles.
  • Duval: major, chef de Casanave; ne s’entend pas avec Lehmann mais sait reconnaître quand il a tort.

Les lieux:

OIPToute l’action se déroule dans le Morvan hivernal, région offrant des paysages idéaux pour ce genre d’intrigue: de petites routes secondaires, certaines menant dans des sentiers reculés; des virages en épingle à cheveux; des forêts profondes et sombres; des reliefs escarpés et des ravins profonds…Et surtout, la neige qui recouvre toutes les traces et complique les investigations des gendarmes!!! « Le Morvan, c’est une jungle pleine de bosses, sillonnée de voies entortillées comme des spaghettis. Il peut se planquer n’importe où, cet enfoiré! (Page 91).

En conclusion:

Voilà un bon polar comme je les aime: rythme soutenu, pas de pause, pas de digressions ni de détours; pas de descriptions des lieux ou des personnages superflues. De l’humour, de nombreux dialogues. Thierry Berlanda fonce dans le brouillard tel un bulldozer enragé, nous entraînant à sa suite à une cadence haletant sans nous laisser reprendre notre souffle, pour notre plus grand bonheur…

Citations:

« Certains, la peur les paralyse; d’autres, elle les galvanise. Agathe a toujours fait partie du second groupe. Ses parents et ses profs parlaient d’elle comme d’un casse-cou, mais du genre suicidaire…Après une minute d’abattement complet, elle se dit que c’est le moment de le prouver. Pas d’estimation des risques, pas de pesée du pour et du contre, pas de calcul. Elle est au-delà de ces finesses, plus assez lucide, ou peut-être trop. Et puis calculer, c’est envisager de renoncer. Or, Agathe ne l’envisage pas. » (Page 40).

« Une idée plutôt risquée le tarabuste depuis des heures. Il y aurait sans doute renoncé s’il n’avait eu la certitude que le sort des Walsh en dépend. Qu’est-ce qui peut m’arriver de pire, de toute façon, que de stagner depuis un siècle dans cette cambrousse?…A partir de cette seconde, il sort du monde ordinaire, réglé par la routine, celui dans lequel il a pris conscience qu’il ne pouvait pas retrouver les Walsh, et il entre dans un autre, où les gros ennuis sont plus que probables, mais les miracles toujours possibles. » (Page 69).

« -C’est moche, tout ça. Ce monde pourri. On parle souvent, Agathe et moi…Je lui dis toujours que les affreux  sont en train de gagner la partie, et d’abord parce que maintenant c’est eux qui écrivent les règles du jeu… »(Page 182).

« -La procédure cadre les responsables du maintien de l’ordre dans le droit applicable. Quelque chose comme ça…-Pas faux, lieutenant. Mais je crois que le fondement officieux de la procédure est un peu différent: en réalité, les codes sont faits pour nous épargner les remords. Vous vous dites « J’ai appliqué la loi ». Le problème est qu’en certains cas, plus le juge vous conforte, plus votre conscience vous juge. » (Page 308).

 

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