Publié dans amour, éditions Presses de la Cité, crime, délinquance, erreur judiciaire, justice, Littérature américaine, Passion thriller

Passion thriller: La fille du quai, Alafair Burke.

Innocent ou coupable? Crédule ou manipulateur? Sincère ou menteur? Je gage qu’il vous sera difficile de démêler le vrai du faux dans ce passionnant thriller…

L’auteur:

OIPAlafair Burke, née en 1969 en Floride, est  professeur de droit et romancière de nationalité américaine, fille de l’écrivain James Lee Burke. Elle est l’auteur de deux séries de romans policiers: la première est consacrée aux enquêtes de Samantha Kincaid, procureur à Portland; la seconde a pour héroïne Ellie Hatcher, détective au New York City Police Department. Elle a co-écrit la série Laurie Moran avec la regrettée Mary Higgins Clark, série comprenant cinq titres. Elle est également l’auteur de romans indépendants, dont fait partie La Fille du Quai.

Le roman:

La Fille du Quai, The Ex dans la version originale parue en 2016, a été publié en 2020 par les éditions Presses de la Cité. Le style d’Alafair Burke est simple, direct, presque journalistique: « Don était mon partenaire. C’était aussi mon mentor, et une sorte de père ou d’oncle spirituel, quelque chose comme ça. Plus important, à l’heure actuelle, il se demandait sûrement où j’étais. J’entendais encore le bruit blanc alors que l’appli était fermée, et me creusais les méninges pour trouver une excuse crédible que je n’aurais pas utilisée récemment » (Page 14)…Grâce à sa plume énergique, le lecteur est d’emblée happé par l’histoire comme lorsque l’on lit un compte-rendu dans le journal.

Le fait que l’histoire soit racontée à la première personne par Olivia intensifie ce sentiment de proximité généré par le style, mais réduit les perspectives du lecteur au seul point de vue d’Olivia; on n’en sait que ce qu’elle en dit…

Thèmes abordés: l’usage des armes à feu problématique aux USA, sujet régulièrement au coeur de l’actualité américaine; la sécurité et les soins médicaux, notamment pour les patients atteints de maladies mentales.

Fil rouge: passé d’Olivia et Jack, les dessous de leur liaison.

L’intrigue:

Olivia, avocate de la défense réputée pour son professionnalisme et sa droiture, est contactée par Buckley Harris, fille de Jack Harris, ex-fiancé d’Olivia et romancier célèbre. Son père a été arrêté par la police suite à une fusillade et la jeune fille pense qu’Olivia est la seule avocate capable de le tirer de ce mauvais pas: « Quelqu’un avait ouvert le feu, ce matin, sur l’Hudson Parkway. Le nombre de blessés et de morts n’avais pas encore été annoncé officiellement. » Au vu de l’histoire farfelue que Jack a racontée pour justifier sa présence sur les lieux, la police le soupçonne  d’avoir perpétré un triple meurtre, d’autant que, parmi les victimes, figure Malcolm Neeley, père du tireur fou de Penn Station, contre qui Jack et les familles des victimes avaient déposé plainte, l’épouse de Jack ayant perdu la vie ce jour fatidique: « Et puis, il y a un an, après que la fréquentation des trains avait retrouvé son niveau d’avant l’attentat et que les noms des victimes s’étaient effacés de la mémoire collective, ces survivants – emmenés par « le mari de la prof héroïque » – avaient été plus loin et avaient déposé une plainte au civil pour homicide involontaire contre le père du tireur, juste avant la date de prescription. Le mois dernier, les journaux avaient distraitement mentionné qu’une cour du comté de New York avait classé cette plainte sans suite faute d’éléments solides. » (Page 32).

Evidemment, selon la police Jack faisait figure de suspect idéal: il possédait un sérieux, il connaissait les habitudes de Malcolm Neeley, et il se trouvait sur place sous un prétexte futile et totalement improbable: il avait rendez-vous avec une certaine Madeline, laquelle avait décidé du lieu, de l’heure matinale, et de tous les détails qui, par la suite, sembleraient pour le moins farfelus sinon totalement inventés aux yeux de la police; Jack devait se présenter avec un panier de pique-nique à la main, à 6 heures du matin…Ainsi, le seul moyen de disculper Jack est de retrouver cette Madeline. Mais comment??  Jack ne connaît ni son nom, ni son adresse, seulement l’adresse mail qu’elle lui as transmise par l’intermédiaire du site The Room géré par son amie Charlotte…S’engage alors avec le bureau du procureur une chasse aux indices où tous les coups sont permis.

Les personnages:

Ce qui est intéressant c’est de voir de quelle manière l’auteur dresse des portraits de personnages en apparence lisses; mais peu à peu, elle nous conduit à en explorer les dessous, à comprendre la complexité de chacun. Ses personnages ne se contentent pas d’être des personnages romanesques; ils vivent telles que de vraies personnes avec leurs secrets, leur côté obscur, leurs contradictions et leurs forces. Comme dans la vraie vie, il ne faut surtout pas se fier aux apparences: « N’empêche, je n’aurais jamais imaginé de toute ma vie que Jack Harris puisse avoir besoin d’un avocat de la défense dans une affaire criminelle. Cet homme est tellement propre. Blanc comme neige. Et sans aucune ambiguïté, contrairement à d’autres qui semblent si nets que vous vous dites qu’ils ont forcément des cadavres dans leurs placards. C’est un brave type. » (Page 107).

  • Olivia Randall: avocate de la défense assez réputée; 43 ans, célibataire, égoïste, n’aime pas les gens, incapable d’empathie; excelle à mettre toute accusation en lambeaux.
  • Einer Ronald Erickson Wagner : assistant enquêteur du cabinet d’Olivia et Don; mi-suédois, mi-allemand; fils de professeurs de droit.
  • Don Ellison: associé et mentor d’Olivia, spécialisé dans l’aide juridictionnelle; oncle de Mélissa.
  • Jack Harris: ex-fiancé d’Olivia; veuf, écrivain à succès; bienveillant, crédule, discret, aime la musique et les livres.
  • Jimmy Boyle: policier au commissariat n°1 de New-York; d’origine irlandaise; jeune et sûr de lui.
  • Mélissa: amie commune de Jack et Olivia quand ils étaient étudiants; nièce de Don; tient un bar.
  • Buckley Harris: fille de Jack; âgée de 15 ans; courageuse, dure à cuire.
  • Scott Temple: assistant du procureur; brillant et intelligent.
  • Charlotte Caperton: meilleure amie de Jack depuis l’enfance; tient le blog The Room; issue d’une famille très riche.
  • Ross Connor: policier au NYPD, ancien partenaire d’Owen Harris, frère de Jack décédé des années plus tôt, qu’il considérait comme un frère.
  • Gary Hannigan: avocat des familles des victimes de Penn Station; réputation de gauchiste à l’ancienne.

En conclusion:

La Fille du Quai est un thriller aux multiples qualités: sobriété, efficacité, intelligence, humour, ressorts psychologiques des relations entre les gens habilement orchestrées; à cela s’ajoutent suspense et rebondissement, que demander de mieux… Le roman propose une passionnante immersion dans les méandres de la justice américaine, dont l’auteur, s’appuyant sur une documentation très fouillée, démontant les ressorts de la justice et les astuces des avocats. On s’y croirait !!

Mais la force du roman est de laisser, jusqu’au bout,  planer un doute raisonnable non sur la culpabilité de Jack mais sur son innocence, subtile nuance qui change le point de vue de narration. Est-il l’homme aussi doux et paisible qu’il le paraît? Les circonstances de sa rupture avec Olivia, vingt ans plus tôt, auraient-elles pu le changer en tueur fou? Ses mensonges et dissimulations font-ils de lui un coupable ou un être humain ordinaire?

Citations:

« Lorsque j’avais retrouvé Jack au commissariat après son arrestation, il m’avait suppliée de m’occuper de son affaire plutôt que de la transmettre à un autre avocat. Tu sais que ce n’est pas moi le coupable, mais un autre avocat aura peut-être des doutes. Il avait compté sur le fait que ma propre culpabilité m’aveuglerait ». (Page 217)

« Le problème de votre génération, a-t-il rétorqué, c’est qu’on vous laisse trop de liberté. Vous avez le loisir de n’entendre que ce que vous voulez entendre. Or il est bon pour le cerveau de confronter des points de vue opposés. Les jurés qui décident du destin de nos clients lisent le Post, quand ils font l’effort de lire des journaux. On doit comprendre leur vision du monde. » (Page 73).

« Pour New York, le plus récent de ces événements déchirants était le massacre de Penn Station. Jusqu’à ce matin-là, trois ans plus tôt, nous avancions comme du bétail à travers les tourniquets et les couloirs de nos transports publics surchargés, en nous plaignant des retards, des coups de valise, de l’hygiène approximative du voisin. Et puis une fusillade avait éclaté durant une heure de pointe. L’inimaginable paraissait soudain inévitable.Treize morts, sans parler des blessés ni du meurtrier, qui s’était tiré sa dernière balle dans la mâchoire dès qu’il avait vu les policiers, deux minutes à peine après le premier coup de feu. Soit un tir toutes les deux secondes, et ce pendant cent huit secondes : telle était l’horrible statistique qui avait été relayée par les médias après l’attentat. Ça n’avait pas été le seul détail choquant révélé ultérieurement. Le tireur n’était pas un djihadiste étranger, comme la plupart d’entre nous l’avaient pensé sitôt que la nouvelle s’était répandue. C’était un gars du coin. Pas même un homme. Juste un gamin de 15 ans, mesurant moins d’un mètre soixante-dix et pesant soixante-trois kilos. Il s’appelait Todd. Todd n’avait pas eu besoin d’avoir atteint sa taille adulte pour faire un carnage, puisqu’il était armé d’un fusil Bushmaster et de deux pistolets de calibre .40, trois armes semi-automatiques. » (Page 29).

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