Publié dans Angleterre, disparition inexpliquée, enquête criminelle, littérature britannique, Passion polar, secrets de famille

Passion polar : Des Fleurs pour la Couronne, Margery Allingham.

Septième enquête menée par l’excentrique Albert Campion, détective créé par Margery Allingham à la fin des années 1920. Un petit chef d’oeuvre dans le plus pur style britannique.

L’auteur:

Margery Allingham, née à Londres le 20 mai 1904 et décédée à Colchester, petite ville d’East Anglia, le 30 juin 1966, est une romancière britannique, auteur d’une trentaine d’ouvrages. Dans les années 1930 et 1940, elle fut considérée comme l’une des figures majeures du Whodunit, aux côtés de Dorothy L. Sayers et Agatha Christie. Elle est la créatrice du célèbre et excentrique détective privé Albert Campion, qui apparaît dans dix-sept romans et de nombreuses nouvelles.

Le père de Margery est le propriétaire d’un magazine qui publie des romans de gare. Ses affaires ne marchant pas très fort, la famille s’installe un temps dans un village de l’Essex, région dont la jeune fille s’inspirera souvent dans ses romans. Finalement, la famille de Margery retourne vivre à Londres où ses parents publient de la littérature populaire. Margery,qui ambitionne de devenir écrivain, prend des cours de théâtre au collège pour filles de Cambridge dans lequel elle poursuit ses études.

Après la guerre, la jeune fille fréquente les milieux bohèmes où elle rencontre celui qui sera son époux, Philip Yougman-Carter, issu d’une famille d’artistes, écrivain, peintre et rédacteur en chef du journal Tatler. Ils se marient en 1927. Deux ans plus tard, en 1929, Margery publie Crime à Black Dudley, roman dans lequel apparaît Campion pour la première fois et qui l’impose comme romancière spécialisée dans le roman policier. En 1931, Margery achète d’Arcy House, dans le village de Tolleshunt d’Arcy, dans l’Essex. Elle écrira jusqu’à sa mort, en 1966.

Le roman:

Des Fleurs pour la Couronne, Flowers for the Judge dans la version originale parue en 1936, a été publié la même année sous le titre Un Homme Disparaît par la Nouvelle Revue Critique numéro 19, puis en 1994 par la Librairie des Champs-Elysées dans la collection Le Masque. C’est la septième enquête menée par l’excentrique Albert Campion. Le style est fluide, le ton désinvolte et léger, guère plus engagé qu’un article de dictionnaire: « Même si on dit qu’il suffit de neuf jours pour qu’un sujet d’étonnement devienne un sujet d’amusement, et vingt ans pour qu’il ne soit guère plus qu’un souvenir désagréable, il n’en demeure pas moins que l’étrange disparition de Tom Barnabas en 1911 créa une sorte de précédent dans la maison. Si bien que, conformément à la façon curieusement paradoxale dont l’esprit fonctionne, personne n’y repensa quand, en 1931, Paul R. Brande, un des directeurs, ne se montra pas pendant deux jours. » (Page 10).

Les détails revêtant une importance capitale dans la conception des whodunit, Margery Allingham apporte un soin tout particulier aux descriptions et au déroulement des actions: « Mike entra dans la pièce, évitant la chose pitoyable sur le sol, et commença à poser les papiers poussiéreux par terre. A cause de la chaudière de l’autre côté du couloir, l’endroit était sec, avec de temps en temps des courants d’air glacés qui venaient de la porte de la cour. Mike travaillait comme un homme dans un cauchemar, sa haute silhouette mince et son visage sensible profondément creusé paraissaient curieusement enfantins et pleins de désespoir. » (Page 33).

Construction: certaines scènes importantes, sont racontées selon le point de vue d’un seul personnage: l’enquête préalable par Gina et le procès par Miss Curley; contrairement aux autres passages du roman, racontés par un narrateur omniscient. Ce procédé suscite des lacunes dans les informations dont le lecteur dispose pour résoudre l’énigme, ce dernier se retrouvant lésé par rapport aux personnages.

L’intrigue:

1911. Tom Barnabas, neveu et associé de la prestigieuse maison d’édition Le Carquois d’Or, disparaît un matin sans laisser de traces, alors qu’il se rendait à son travail…sans jamais refaire surface sous une forme ou une autre.

1931. Paul R. Brande, un des directeurs de la même maison d’édition, disparaît à son tour, dans des circonstances quasi identiques. Paul devait rentrer  le jeudi soir précédent pour discuter avec Gina de sujets importants. Quelques jours plus tard, la jeune femme, bien qu’habituée aux absences de son mari, demande à Albert Campion de s’occuper de cette affaire, en toute discrétion, bien entendu: « Ce que j’essaie de dire, c’est que ce n’est pas vraiment inhabituel que Paul s’en aille comme ça pour un jour ou deux sans penser à me prévenir, mais il n’est jamais arrivé qu’il reste absent si longtemps sans que j’aie des nouvelles, même indirectes, et ce matin, j’ai eu le sentiment que je devais…eh bien…simplement en parler à quelqu’un. Vous comprenez, n’est-ce pas? » (Page 23).

Cette curieuse disparition aurait-elle un rapport avec Le Coureur, un manuscrit précieux détenu par Barnabas et Company, le manuscrit inédit d’une pièce de Congreve écrit de sa main et jamais imprimé, jamais copié et jamais lu, jamais mis à la disposition des érudits et des collectionneurs? C’est alors que le cadavre de Paul est retrouvé dans la chambre forte, sans doute mort depuis plusieurs jours, intoxiqué par les gaz d’échappement de la voiture de Mike, garée de l’autre côté de la petite pièce, elle-même fermée à clef de l’extérieur. Pourquoi Mike, qui s’est rendu la veille dans la chambre forte chercher des documents pour son cousin John, n’a-t-il pas vu le corps?

Que cache la façade lisse et bien pensante de Barnabas Limited? A la suite de l’enquête menée par le coroner, le jeune homme est accusé de meurtre avec préméditation. S’agit-il d’un crime passionnel selon le banal schéma du triangle amoureux? D’une vengeance liée au manuscrit précieux? Ou de la malédiction qui, vingt ans, a déjà frappé?

Les personnages:

  • Gina Brande: épouse de Paul, américaine, styliste amatrice; quelque chose de fondamentalement féminin dans sa personnalité qui incite à la protéger.
  • John Widdwson: aîné des cousins Barnabas, fils de la sœur du fondateur, directeur administratif de la maison d’édition; tempérament colérique, pompeux et entêté; forte personnalité.
  • Michael Wedgwood, dit Mike: le plus jeune des cousins; directeur adjoint de la firme; jeune homme poli, aimable, digne de confiance, calme; belle allure; ami de Campion.
  • Miss Florence Curley: secrétaire du Vieux, le fondateur, puis de John, d’un dévouement et d’une fidélité sans faille, fait presque partie de la famille; on lui reconnaît une intelligence bienveillante et omnisciente; à l’extérieur, crainte et respectée mais tenue un peu à l’écart.
  • Richard Barnabas, dit Ritchie: frère de Tom, le cousin disparu vingt ans plus tôt; le seul cousin à ne pas avoir hérité une partie de l’entreprise familiale; assume la fonction de lecteur de manuscrit.
  • Paul Brande: mari de Gina, préoccupé avant tout à démontrer son importance; fanfaron, menteur; personne agréable, qui s’enthousiasme facilement; a beaucoup fait pour la maison d’édition.
  • Mrs Austin: femme de ménage de Gina.
  • Alexander Barnabas: avocat et cousin de Mike, fils unique de Jacob Barnabas, excellent dans les affaires criminelles, très bonne réputation.
  • Scruby: avocat de la famille.
  • Albert Campion: détective privé, peu porté à l’introspection, ni à l’action.
  • Malgeforstein Lugg: ancien bagnard, valet de Campion.
  • Sergent détective Pillow: de la section spéciale.

Les lieux:

Maison des Barabas: contiguë à l’immeuble abritant les bureaux de la maison d’édition, trois appartements y ont été aménagés afin de réunir tous les membres de la famille sous le même toit, dans un but évident, de la part des directeurs, de contrôler tout le monde. Les seuls précisions indiquent qu’elle est située dans le quartier d’Holborn, au bord de la rivière.

Scène du crime: « Ils regardaient avec des yeux neufs ses étagères l’une en dessous de l’autre, remplies de choses inutiles et poussiéreuses, qui ne s’interrompaient que tout au bout où un coffre vert et noir complètement désuet remplaçait le fourneau d’autrefois. Ils voyaient la lourde table qui occupait presque tout le centre de la pièce, encombrée de piles de livres, de dossiers et de grands paquets mal ficelés de papier brun. » (Pages 32-33).

En conclusion:

Je vous invite à re-découvrir Des Fleurs pour la Couronne écrit en 1936, un roman caractéristique du Whodunit britannique en vogue dans les années 1930-1940: sa construction simple: un crime, plusieurs suspects de l’entourage du mort ayant tous un mobile et l’occasion, des secrets de famille, une disparition inexpliquée des années plus tôt, tout cela dans un style très agréable à lire, vous fera passer un bon moment de lecture, mettant à contribution vos petites cellules grises, comme dirait un certain Hercule Poirot !!

Citations:

« Certains moments ressortent clairement dans le souvenir d’une heure d’horreur. Ils sont rarement dramatiques et ceux qui en sont hantés sont parfois embarrassés de découvrir pourquoi ceux-là précisément et pas d’autres ont été sélectionnés par la mémoire avec cet éclairage particulier. » (Page 31).

« Mr Campion, qui pensait à part lui que les jeunes gens qui s’enferment volontairement dans la solitude la moitié de leur vie pour gribouiller des mensonges dans l’espoir pathétique d’amuser ou d’instruire leurs semblables sont forcément les victimes d’une forme de folie, était assez compatissant. » (Page 50).

« Tous ces gens. Ils sont tous en prison. Tous misérables. Tous esclaves. Vont tous travailler quand ils en ont pas envie. Peuvent pas boire tant qu’on leur en donne pas l’autorisation. Peuvent pas cacher leurs figures, mais doivent cacher leurs corps. Pas de liberté, nulle part. Je déteste ça. Ca me fait peur. » (Page 168).

« C’est un crime de fou, tellement fou que ça a marché. Cela a été rendu possible par la façon dont l’esprit de cet homme fonctionne. Tous les meurtriers sont un peu fous. Les gens qui arrivent à réaliser des choses incroyables sont ceux qui ne tournent jamais autour du pot, mais qui foncent droit sur leur objectif, en mettant des oeillères. » (Page 249).

2 commentaires sur « Passion polar : Des Fleurs pour la Couronne, Margery Allingham. »

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