Publié dans cadavre, enquête criminelle, fantômes du passé, littérature islandaise, maternité, Passion polar nordique, psychologie des personnages, quête du passé

Passion polar scandinave: La Pierre du remords, Arnaldur Indridason.

La mémoire avait un fonctionnement surprenant. Certains souvenirs s’y ancraient et refusaient de s’effacer quoi qu’on fasse. D’autres étaient balayés sans même qu’on le remarque

L’auteur:OIP

Arnaldur Indridason, écrivain islandais, est né le 28 janvier 1961 à Reykjavik. A 25 ans, il obtient un diplôme en histoire. Il a été journaliste, puis scénariste indépendant avant de travailler comme critique de films. Il vit dans sa ville natale avec son épouse et ses trois enfants. De son propre aveu, il est très influencé par le duo d’écrivains suédois Maj Sjowall et Per Wahloo, créateurs du personnage de l’inspecteur Martin Beck, qui se déroulent dans les années 1960. A ce jour, il est l’auteur de dix-sept romans policiers dont treize ont été traduits en français. Quatorze sont consacrés aux enquêtes du commissaire Erlendur Sveinsson, les trois autres composant la trilogie des nombres. En 2017, il amorce la nouvelle série Konrad, comprenant pour l’instant deux titres. Il est également l’auteur de Opération « Napoléon », Betty et Le Livre du roi, trois romans indépendants. A ce jour, il est considéré comme l’écrivain le plus populaire en Islande.

Le roman:

éditions métailiéLa Pierre du Remords, Tregasteinn dans la version originale parue en 2019, a été publié par les éditions Métailié en 2021. Le style d’Arnaldur Indridason est fluide, coulant pur comme l’eau d’une rivière alpestre, se changeant parfois en torrent selon les soubresauts de l’histoire racontée. La Pierre du remords propose une enquête inédite menée par un Konrad retraité dans les tréfonds du pass de Valborg, une vieille dame assassinée dans son appartement, et du sien propre: retrouver l’enfant qu’elle a abandonné 47 ans plus tôt et retrouver le meurtrier de son père, assassiné en pleine rue lorsqu’il était encore adolescent. Quête émaillée par ses souvenirs ainsi que ceux d’autres protagonistes.

Thèmes: quête du passé; personnes disparues; abandon d’enfant.

L’intrigue:

Au cours de sa longue carrière, Konrad a résolu toutes sortes d’enquêtes, arrêté de nombreux criminels, mais toujours il est resté hanté par l’assassinat de son père, resté irrésolu. Maintenant qu’il est à la retraite, ses interrogations se font de plus en plus pressantes. La piste est depuis longtemps refroidie, mais Konrad a besoin de savoir ce qu’il s’est passé ce fameux soir où son père a été assassiné d’un coup de couteau, bien que l’arme n’ait jamais été retrouvée. 

Valborg est retrouvée assassinée dans son appartement. La police est pr »venue par un appel anonyme. Apparemment, il s’agirait d’un vol qui a mal tourné. Dans la capharnaüm laissé par le tueur qui a tout mis sens dessus dessous, Marta trouve un papier avec un numéro de téléphone qui ne lui est pas inconnu: celui de Konrad. L’inspectrice se demande bien pourquoi le numéro de son ancien collègue se trouve en possession de la victime…

Normalement, Konrad ne devrait porter aucun intérêt à celle affaire qui ne sortirait pas du lot des crimes commis dans la capitale, si ce n’est que, deux mois plus tôt, Valborg l’avait contacté à plusieurs reprises afin de lui confier une mission: l’aider à retrouver son enfant qu’elle avait abandonné à la naissance, presque cinquante ans plus tôt. Se sentant coupable de lui avoir refusé son aide, Konrad se sent une obligation morale de rechercher l’enfant abandonné. Le problème est qu’il ne dispose que de peu d’indices: une date de naissance, le nom d’une sage-femme; il ne sait même pas si l’enfant était un garçon ou une fille.

Les personnages:

Issus de la réalité la plus prosaïque, dans un souci de réalisme jamais démenti (n’oublions pas qu’Arnaldur Indridason a exercé comme journaliste), les protagonistes du roman sont des personnes lambda, ni héros, ni personnages de fiction, mais des hommes et des femmes qui travaillent, aiment, se battent avec une existence pas toujours facile, vivent et meurent…

  • Marta: enquêtrice, ancienne collègue de Konrad.
  • Konrad: policier à la retraite; taciturne et obstiné, capable aussi de reconnaître ses erreurs.
  • Valborg: victime; deux mois avant sa mort, avait demandé à Konrad de retrouver son enfant.
  • Eyglo: amie de Konrad; médecin.
  • Père de Konrad: ami et associé associé d’Engilbert, père d’Eyglo; décédé assassiné quand Konrad était adolescent; à noter que son prénom et son nom ne sont jamais précisés, comme s’il s’agissait d’un anonyme.
  • Engilbert: père d’Eyglo; décédé.
  • Helga: femme qui a trouvé le cadavre du père de Konrad.
  • Begga: voisine de Valborg.
  • Gloey: soeur de Begga.
  • Hellur: mari de Gloey; (ex)-dealer.

Lieux:

OIP (1)Reykjavik: L’essentiel de l’intrigue se déroule dans la capitale islandaise dont l’auteur donne des aperçus en fonction des investigations et des déplacements de Konrad, citant des noms de rue, des lieux emblématiques de la ville, comme le musée où Valborg lui donne rendez-vous; les anciens baraquements de la compagnie de pêche; les abattoirs devant lesquels le père de Konrad a été assassiné; la menuiserie Volundur avec sa tourelle…Autant de détails visant à ancrer le récit dans la réalité, à lui donner une ampleur dépassant la fiction.

En conclusion:

Chassé-croisé entre le présent et un passé relativement lointain, voilà un exercice dans lequel Arnaldur Indridason excelle. Les scènes d’hier et d’aujourd’hui entrecroisent leurs fils afin de tisser la trame de cette intrigue complexe et captivante. La recherche de personnes disparues, poursuivre des enquêtes dont les racines remontent loin dans le passé sont les thèmes fétiches de l’auteur islandais.

Son style à la fois percutant et sobre, ses intrigues toujours minutieusement élaborées, ne laissant aucune place au hasard, ses personnages flirtant avec la banalité, ses décors évocateurs bien que minimalistes en font une valeur sûre du polar nordique, surfant depuis des années au sommet de la vague de la fiction policière. Lire un roman d’Arnaldur Indridason est chaque fois une expérience de lecture profonde, invitant le lecteur à se divertir mais également à réfléchir sur des questions morales, psychologiques, sociologiques, à tenter de comprendre pourquoi et comment un individu X peut basculer à tout moment du mauvais côté de la barrière, et quelle réponse la société apporte. Comme l’a déclaré Harlan Coben, l’un des maîtres du suspense américain, « ses romans sont prenants, authentiques, hantant et lyrique », expliquant son succès international largement mérité.

Citations:

« Konrad reposa la loupe et frotta ses yeux fatigués en pensant aux ennemis de son père et au don qu’il avait pour s’attirer les rancœurs. Il regarda le désordre de la table. Il avait sorti quelques boîtes contenant des papiers et de petits objets qui lui avaient appartenu, parmi lesquels un anneau qu’il portait toujours au petit doigt, un briquet Ronson aux bords usés, des boutons de manchettes dorés et une montre dont il manquait le bracelet. Ces breloques sans grande valeur étaient cependant liées aux souvenirs d’enfance de Konrad, bons ou mauvais. Il y avait également un objet qu’il n’arrivait pas vraiment à identifier, un outil qu’il avait déjà vu posé par terre dans leur appartement, et que Konrad avait trouvé en rangeant les affaires de son père juste après sa mort. Pour une raison qui lui échappait, il ne s’en était jamais débarrassé et, les rares fois où il ouvrait les cartons, il sortait l’objet et s’interrogeait sur sa fonction. D’apparence banale, il tenait facilement dans une poche de pantalon. C’était un morceau de bois enrobé d’un fil de fer tendu entre deux clous. Le ressort en métal fixé dans le bois sous le fil de fer était autrefois mobile, mais aujourd’hui il était bloqué. » (Page 113).

 » Vous devriez réfléchir, reprit-elle, rassurante. Il est temps de penser un peu à vous. Ni à lui, ni à vos enfants, ni au reste de la famille. Ni à vos amis et connaissances, pour autant qu’il vous autorise encore à les voir. Pour l’instant, vous ne devriez penser qu’à vous seule. Il est grand temps. Vous devriez cesser de vous sacrifier à cet homme, à sa volonté et à sa violence.
Marta ne pouvait pas se taire. Elle avait remarqué dans son cou des bleus en voie de disparition que le col de son chemisier avait du mal à dissimuler. Elle avait également une trace à côté de l’œil et ne se servait que d’un bras quand elle s’affairait dans la cuisine. Elle négligeait son apparence et portait tous les signes d’une personne enfermée depuis longtemps dans une relation abusive. Marta avait rencontré beaucoup de victimes de violences conjugales et elle en reconnaissait les traces, les attitudes destinées à masquer la souffrance, la honte que leur regard avait du mal à dissimuler. » (Page 119).

« Eyglo hésitait. Jusque-là, chaque fois qu’elle avait essayé, elle avait échoué à convaincre Konrad que le monde ne se résumait pas aux apparences, au visible, à l’explicable et au tangible, mais qu’il comportait d’autres facettes. Elle se demandait si elle devait lui dire qu’elle avait vu son père penché sur le piano, qu’elle avait laissé le couvercle du clavier fermé, qu’elle l’avait retrouvé ouvert le lendemain matin et que la touche bloquée la veille s’était libérée comme par enchantement. Prudente, elle jugea préférable de ne pas lui en parler. » (Page 177)

« Valborg n’avait pas la force d’entrer dans l’immeuble. Elle avait fait deux tentatives à deux jours d’intervalle, mais n’avait pas trouvé l’énergie de franchir cette porte. Quelque chose l’en empêchait. La perspective de revoir cet homme et de se retrouver face à lui après tout ce temps la terrifiait. Depuis cette affreuse nuit, elle l’avait uniquement revu en photo dans les journaux et avait pris la ferme résolution de ne jamais le contacter malgré les deux pensées qui l’obsédaient. Celle de l’enfant qu’ils avaient eu. Celle de la richesse que son violeur avait accumulée. (…)
Valborg l’avait immédiatement reconnu sur les photos publiées dans les journaux. C’était la première fois qu’elle le revoyait après l’horreur qu’il lui avait fait subir au Glaumbaer. » (Page 264).

 

 

2 commentaires sur « Passion polar scandinave: La Pierre du remords, Arnaldur Indridason. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s