Publié dans angoisse, cadavre, disparition inexpliquée, enquête criminelle, Passion polar français, pouvoir politique, XO éditions

Passion polar français: Dans l’Ombre du Loup, Olivier Merle.

Un peu d’humanité, que diable, dans ce monde harcelé par les criminels de tout acabit…Ou comment vivre son quotidien quand on côtoie le sordide presque chaque jour…

L’auteur:

téléchargementOlivier Merle, né le 6 septembre 1956 à rennes, est géologue, chercheur au laboratoire Magmas et Volcans et romancier français. Il est ‘auteur de très nombreux articles parus dans des revues internationales spécialisées en sciences de la Terre. Il est le fils du romancier Robert Merle, auteur de la série de romans historiques « Fortunes de France » et de romans divers, notamment « Week-end à Zuydcoote », paru en 1949. C’est en 2003 qu’il entame sa carrière littéraire avec la parution de L’épée maudite. A ce jour, il a publié une dizaine de romans. Dans l’Ombre du Tueur est le onzième.

Le roman:

Dans l’ombre du loup a été publié le 21 janvier 2021 par XO Editions. Le style d’Olivier Merle est énergique; pas de fioritures: les mots glissent tout seuls, permettant au lecteur de se concentrer sur le contenu, car rien de plustéléchargement (2) désagréable que de lire un polar truffé de coquilles ou de maladresses syntaxiques. « Il gagna son bureau et s’assit sur son fauteuil. À vrai dire, Grimm ne se sentait pas d’humeur à travailler. Il cherchait surtout à s’isoler. Il posa les pieds sur la table, jambes tendues, renversa la tête en arrière en fermant les yeux, les deux bras retombant de part et d’autre des accoudoirs. » (Page 93). Le découpage du texte, dont les chapitres sont signalés par de simples numéros, insérés dans des parties précisant le mois, l’enquête menée par le commandant Grimm et son équipe. Dialogues, passages narratifs dans lesquels l’auteur livre les réflexions et les ressentis des protagonistes et scènes d’action détaillées s’enchaînent harmonieusement: « Il n’osa pas décliner son statut de commandant de la police judiciaire, ignorant s’il devait rester discret sur ce point. Il s’apprêtait à expliquer qu’il avait rendez-vous avec M. Kerdegat quand il y eut un second déclic plus long, d’une tonalité plus basse, et la grille se déverrouilla. Il n’eut plus qu’à la pousser.
Grimm remonta la courte allée en gravier qui menait au perron de l’énorme porte d’entrée. Ce ne fut pas un serviteur en livrée qui lui ouvrit, mais l’employée de maison repérée par Ermeline, celle-là même qui prenait son travail tous les matins à 8 heures. Entre deux âges, d’allure impersonnelle, elle s’efforçait de conformer sa physionomie à la dignité et à la retenue qui seyaient à la classe sociale qu’elle servait. Grimm se présenta de nouveau. » (Page 60).

L’intrigue:

Janvier. L’épouse et les enfants de M. Lamaury exécutés dans leur maison d’Abidjan. Crime terroriste?

Février. Franck Laveraud exécuté dans son bureau. Vengeance.

Mars. Le commandant Grimm, muté trois mois plus tôt au SRPJ de Rennes, enregistre la plainte de monsieur Kerdegast, riche chef d’entreprise local, qui s’inquiète de lettres anonymes l’accusant d’être l’assassin de quatre personnes. Bien qu’il prétende ne pas les prendre au sérieux, il demande une enquête aussi discrète que diligente. Grimm, sommé par son chef d’y accorder toute son attention, s’aperçoit bientôt que Kerdegast est suivi par un homme en scooter.

Une seconde lettre, encore plus explicite, arrive. L’oeuvre d’un désaxé qui s’ennuie? D’un concurrent jaloux qui cherche à le déstabiliser? Une vengeance personnelle en rapport avec le passé de Kerdegast? Grimm et son équipe ont beau multiplier analyses de la lettre et de son contenu, aucun piste sérieuse n’émerge.

Dans le même temps, ils travaillent sur une affaire de drogue aux ramifications nationales, dont Rennes constitue un des maillons: Pujol, de la police judiciaire de Nîmes, avait réussi à infiltrer un groupe de dealers et à déterminer le lieu de leur prochaine livraison. Quartier du Blosne, au sud de Rennes. Grimm et son équipe n’ont plus qu’à mettre sur pied une opération visant le flagrant délit.

C’est alors qu’un sac poubelle contenant les morceaux d’un cadavre est déposé sur le perron de la villa de Kerdegast. Il s’agit du corps d’une femme qui a été étranglée puis découpée mais dont il manque la tête. Difficile, dans ces conditions, de l’identifier. Bien que Kerdegast nie farouchement toute implication dans cette sordide histoire, Grimm est persuadé qu’il en sait plus qu’il ne le prétend. Qui est la victime? Pourquoi l’a-t-on tuée de si horrible manière? Et pourquoi déposer le cadavre sur le perron de Kerdegast? Seule certitude: le crime a eu lieu ailleurs…Mais où??

Une enquête difficile pour le commandant Grimm dont la vie privée mouvementée ajoute à son sentiment de frustration qu’il peine à juguler…

Les personnages:

Les aspects de la vie privée du commandant Grimm évoqués par allusions. Conséquence, le lecteur s’interroge non seulement sur les particularités de l’enquête en cours, mais également sur le commandant: pourquoi prend-til un médicament? Pourquoi suit-il une psychothérapie? Pourquoi et dans quelles circonstances a-t-il été muté à Rennes? 

    • Hubert Grimm: commandant au SRPJ de Rennes; caractère de cochon, excellent flic; préfère l’action au travail de bureau; secret, peu causant et taciturne, mais aussi capable de convivialité et de gentillesse avec ses co-équipiers.
    • Jarry Corentin: capitaine sous les ordres de Grimm; très bon flic, plus vif et plus réactif que ses collègues; vise bien.
    • Blanchard Eric: capitaine sous les ordres de Grimm; très bon flic également; flegmatique, de très grande taille, ce qui le rend plus lent.
    • Ermeline Gasquet: vive, active, excelle dans de nombreux sports; personne qui dégage beaucoup de charme; apprend vite, don de l’observation et d’analyse, intelligente; originaire de Saint-Nazaire.
    • Commissaire Babut: divisionnaire, supérieur hiérarchique de Grimm; proche de la retraite.
    • Kerdegat: riche PDG d’une entreprise de télécommunications; connu dans la région; homme sûr de lui, ne doute jamais de ses capacités et de son jugement, habitué à ce qu’on lui obéisse et qu’on le ménage.
    • Sabine Mourot: amante de la victime.
    • Procureur Lestanger: politique avant tout, veut des résultats tout en ménageant les grosses huiles.
    • Amandine: ex de Grimm.

En conclusion:

téléchargement (1)De réelles qualités narratives pour ce polar. Sens de la description: « C’était un homme de petite taille, mais du genre râblé, costaud, assez large d’épaules, aux membres courts qu’on devinait puissants. Il avait le haut du crâne dégarni et les rares cheveux qu’il conservait au sommet du front étaient plaqués en arrière formant quelques lignes sinueuses destinées à dissimuler sa calvitie. Sur la nuque, les cheveux redevenaient abondants, recouvrant le cou, à l’inverse des tempes, coupées à ras. Le nez était large et long, si proéminent qu’il déterminait toute la physionomie du visage. Car ni les lèvres minces, comme absentes, ni le menton fuyant, ni les yeux allongés en deux fentes oblongues, ne pouvaient rivaliser avec un tel appendice qui lui mangeait presque le visage. » (Page 186).

Une intrigue bien ficelée, développant des méandres parfois un peu longs, par exemple les séances du commandant avec sa psy, ou les développements de sa vie privée. Néanmoins, Dans l’Ombre du Loup reste un polar intéressant, abrupt comme un coup de poing, égratignant au passage la bourgeoisie bien pensante, les pontes de la police qui pensent politique et résultats, oubliant que les flics interviennent sont confrontés chaque jour aux forces du mal, mais également à des victimes, des êtres humains malmenés par la vie.

Citations:

« Grimm avait l’impression d’être seul. Pas un visage relevé, pas un regard dans sa direction, ni ailleurs. Que des yeux fixant la petite machine extra-plate, qui semblait avoir été greffée sur la paume de leur main. Ces gens étaient absents, indifférents à ce qui les entourait, coupés du monde réel qu’ils ne voyaient même plus. C’était cela le paradoxe ! Ces individus, on les disait connectés, mais, en réalité, la machine les débranchait du monde sensible, celui qui se regarde, se touche et se respire. C’était si vrai qu’en certains coins du globe, les autorités avaient dû sévir pour éviter que ces zombies ne se fassent écraser en traversant la rue. L’esprit enfermé dans un ailleurs sans consistance, leur corps trompé se croyait lui aussi immatériel et se lançait au milieu des voitures, lesquelles, niant soudain leur inexistence, les percutaient sans détour. »

« Vous vous désespérez de l’état de notre planète qui se dégrade chaque jour un peu plus. Votre souhait le plus sincère serait une Terre propre, sans pollution, sans dégradation d’aucune sorte. Pour cette raison, on s’attendrait à ce que votre comportement soit en harmonie avec ce souhait. Il ne l’est pas. Bien au contraire. Étant finalement plus déprimé que révolté, vous laissez votre corps se dégrader à l’image de la planète. Voilà le nœud de vos contradictions, monsieur Grimm. Vous mangez mal, vous fumez trop, vous buvez – pas trop, j’espère – alors que la conscience écologique dont vous vous réclamez exigerait une exemplarité non seulement vis-à-vis de l’environnement, mais aussi de soi-même. »

 

 

 

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