Publié dans angoisse, disparition d'enfants, enlèvement d'enfants, fantômes du passé, harcèlement, Passion thriller français, peur

Passion thriller français: Hysteria, Beth Draven.

Un thriller angoissant sur le thème de l’amnésie et la maltraitance. Comment se sortir de ce cercle infernal sans y perdre la raison? Suivez le guide…

L’auteur:

téléchargementBeth Draven, lilloise de 37 ans, maman de deux petites filles, travaille également dans le secteur public où elle est spécialisée dans la gestion des relations sociales. Passionnée depuis l’enfance par l’écriture, elle a acquis au fil des années toute la discipline, la rigueur et l’équilibre créatif nécessaires à l’achèvement de sa première série : Stalking, publiée en 2018.

Le roman:

Hystéria a été publié par les éditions de la Chambre Noire en 2020. Le style est nerveux: « J’ai froid, le vent glacé traverse mon épiderme sans pudeur, mes paupières closes tressaillent, brûlent à l’envie de s’ouvrir. Mes membres se réveillent et crient leur douleur cuisante. J’inspire, très fort, avec la tentative désespérée d’infiltrer de la vie en moi, je hume l’air ambiant et ce réflexe de survie mécanique provoque le reflux de la substance non identifiée qui inonde l’intérieur de mes joues, et je m’écroule. » (Page 6)…manquant parfois de spontanéité dans le choix des mots pas toujours heureux: « Une légère nausée envahit ses joues »…

Le thème de la rencontre entre un médecin alcoolique, devenu une épave, et d’une femme amnésique est certes classique, exploité à de nombreuses reprises, aussi bien en littérature qu’au cinéma. Mais ici, la romancière apporte une dimension particulière grâce à une intrigue policière qui se greffe sur le thème de l’amnésie, avec beaucoup de brio, jouant subtilement avec les nerfs du lecteur qui ne parvient à décider si elle est une meurtrière ou une victime.

Construction: les chapitres écrits à la première personne et au présent, racontant l’histoire selon le point de vue d’Olivia, alternent avec des chapitres à la troisième personne rapportant des parties de l’intrigue selon le point des autres personnages principaux, notamment le docteur Scott et le mari d’Olivia, Bradley. De temps à autre, s’enchâssent des passages en italique racontant l’histoire de Sadie.

L’intrigue:

Un matin de février, la narratrice se réveille allongée sur un banc du parc Kerry, à Seattle. Ses vêtements sont déchirés, maculés de boue et de sang dont ses mains sont couvertes. Elle ne sait pas ce qu’elle fait là, ni dans quelles circonstances elle s’y est retrouvée. Elle ne sait même pas qui elle est. Elle n’a aucun souvenir de sa vie: si elle est mariée, si elle a de la famille et des enfants, si elle a un travail. La seule lueur d’espoir dans ces ténèbres est qu’elle reconnaît les alentours: le Space Needle, l’endroit où se trouve le dernier Starbucks ouvert. C’est donc qu’elle vit ici, à Seattle. Ou dans ses environs.

Admise à l’hôpital, elle reste un vrai mystère pour la police. Les contusions dont elle souffre n’explique en rien tout le sang dont elle est couverte. Le docteur Daniel Scott, dépressif et alcoolique, l’examine, bien que le chef du service de neurologie lui ait interdit de s’occuper des patients, suite à un événement dont le lecteur ignore tout. S’il a conservé son poste et son salaire c’est grâce à son beau-frère, Jack Carter, un des administrateurs de l’hôpital. Pourtant, contre toute attente, Jack lui confie le dossier de la femme amnésique, convaincu que le cas de « Madame X », comme le personnel l’a surnommée, pourrait lui offrir une seconde chance.

Le docteur Scott parviendra-t-il à percer le mystère qui nimbe la jeune femme? D’où viennent les nombreuses traces de brûlures de forme circulaire qui parsèment ses bras et l’intérieur de ses cuisses? Ce Bradley Reed qui vient la chercher quatre jours plus tard est-il réellement son mari? Si oui, pourquoi éprouve-t-elle un sentiment de répulsion à son égard? Pourquoi insiste-t-il pour récupérer son dossier médical? Serait-elle impliquée dans un accident? Pire, dans un meurtre? Qui est-elle? 

Les personnages:

  • Olivia Reed: artiste peintre; épouse de Bradley Reed. Jeune femme fragilisée par une enfance faite de privations et de mauvais traitements; courageuse, opiniâtre.
  • Daniel Scott: neurologue à l’hôpital Kindred de Seattle; un des tout meilleurs avant qu’il ne sombre dans l’alcoolisme et la dépression; de nature froide et insensible, n’extériorise pas ses sentiments.
  • Jack Carter: ex-beau-frère de Daniel Scott; directeur adjoint de l’hôpital Kindred. Crois toujours en lui et continue de le soutenir malgré ses déboires.
  • Bradley Reed: époux d’Olivia; appartient à une famille très riche et puissante; très attaché à Olivia.
  • Mary Smith: médecin urgentiste; amie de Daniel Scott.
  • Ted Warren: inspecteur de police chargé de l’enquête sur Olivia; intelligent, obstiné, bon enquêteur.
  • David Wilson: avocat d’Olivia; jeune et arrogant, l’un des meilleurs et il le sait.

En conclusion:

Hystéria est un très bon thriller, bien écrit, même si parfois le choix du vocabulaire n’est pas très heureux, à l’intrigue bien ficelée, mettant en scène des personnages attachants, complexes, comme le docteur Scott. Leurs motivations ne sont pas toujours très claires, mais c’est le lot de chacun. Cela les rend plus humains, plus à notre portée. Rien de plus agaçant, à mon sens, que des personnages surfaits dans une intrigue bancale. Rien de tout cela ici.

Le +: les passages en italique: les réminiscences d’Olivia, des scènes de sa vie d’avant, de son enfance et de sa jeunesse; mais également la voix intérieure du docteur Scott, du démon qui l’habite et le pousse à s’auto-détruire . Les scènes de délire sont très crédibles: « Sa respiration s’accélère, une transpiration collante recouvre chaque centimètre de sa peau, et son cœur qui bat la chamade prouve que son corps lutte: il n’est pas prêt, il refuse de souffrir. (…)La chair s’écarte sous la pression de la lame, le sang coule et se répand sur son visage. Daniel gémit. En ce moment précis, il aime la souffrance que lui procure l’entaille profonde dans son front. Un ou deux centimètres supplémentaires et il ira retrouver les acolytes du quatrième étage. Il sera poussé dans un fauteuil roulant par une infirmière, la bave dégoulinante au coin des lèvres, les fonctions cognitives réduites en bouillie. » (Page 36)

Citations:

« Je remets ma chemise en vitesse, asperge mon visage d’eau glacée. Mes mains tremblent et une nausée désagréable infeste mes joues. La farandole de mes souvenirs oubliés danse devant mes yeux. Une sueur fine recouvre ma peau d’une moiteur chaude; la poitrine haletante, je m’acharne à garder mon calme. Je secoue la tête avec obstination, mais c’est comme si je figeais ces souvenirs devant mes yeux. Ils reprennent leur place, là où ils aiment se loger, affolant mes méninges. « (Page 32).

 » Au début, Sadie pleurait, puis avec le temps, elle apprit que toutes les larmes de son corps ne suffirait pas à créer un miracle. Sans espoir, elle avait attendu, en se taisant, en baissant les yeux, courbant le dos, à genoux. Elle avait attendu des années, dans le silence, l’obscurité, la violence quotidienne. Et dans un coin bien caché de sa tête, là où personne ne pouvait aller hormis elle, elle pensait à sa liberté, à courir dans de grands jardins couverts de fleurs. Elle dessinait des lapins, elle rêvait d’une vie ensoleillée. » (Page 116).

« Olivia est apparue comme une évidence, un déclic, un sort lancé sur sa misérable existence. En toute bonne foi, Daniel n’a jamais pensé se servir d’elle pour se reconstruire; cependant, Olivia a raison. Il s’agit toujours de lui; à travers l’aide qu’il voulait lui apporter, c’est avant tout lui-même qu’il réconforte. Ce constat l’attriste, lui retourne les tripes, le dégoûte. C’est sans surprise que Daniel se met alors à penser à l’alcool, au bien que ça lui ferait de descendre une bouteille puis de s’endormir et arrêter de lutter. » (Page 182).

« Je ne la connais pas assez pour avoir confiance en elle; après avoir traverser l’enfer, se réparer intérieurement est un processus long et difficile. Par contre, j’ai appris à avoir confiance en la vie, en l’amour, en l’espoir. J’ai entrevu son tempérament révolté, sa volonté de ne pas demeurer une éternelle victime et ces traits de caractère m’engagent à croire qu’elle transformera ses épreuves en force. » (Page 267).

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