Publié dans éditions Gallimard, crime, disparition inexpliquée, Passion polar nordique, polar islandais

Passion polar scandinave: Les Anges Noirs, Aevar Orn Josepsson.

« Les Anges Noirs » offre un jeu de chat et de la souris absolument délectable!!

L’auteur:

OIP (1)Ævar Örn Jósepsson, né le 25 août 1963 à Hafnarfjordur, troisième ville du pays située non loin de la capitale, est un écrivain islandais, auteur de romans policiers. Il est le benjamin d’une fratrie de quatre enfants. Durant les deux premières années, il vit  à Garðabær, dans les environs de Reykjavik, puis à Hafnarfjörður. A 16 ans, il déménage à la campagne, près d’Akranes, où il termine l’école en 1983, non sans avoir participé à un échange scolaire avec la Belgique en 1981-1982.

En 1986-1987, il étudie le journalisme, les sciences politiques et la philosophie à l’université de Sterling, en Ecosse. Il s’inscrit en philosophie et littérature anglaise à l’université Ludwigs-Albert de Fribourg (Allemagne), d’où il ressort diplômé en 1994.

Ævar Örn occupe de nombreux postes au fil des années. Il s’embarque sur un chalutier à Akranes et fait de nombreux jobs d’été pendant ses études. On le retrouve employé de banque de 1984 à 1986. En 1986, il fait des programmes pour la télévision puis pour la radio en 1987-1988, tout en écrivant sur la musique populaire pour le journal Þjóðviljinn. A partir de 1994, il devient aussi journaliste, travaillant notamment pour le Morgunblaðið, pour le webjournal visir.is ou Ský magazine. En parallèle, il exerce ses talents de traducteur freelance. Depuis 1995, il travaille également à la radio nationale RÚV, soit ponctuellement, soit dans des programmes quotidiens.

Il publie son premier roman policier, Skítadjobb, en 2002. Ævar Örn est président de l’association des écrivains du crime scandinave (SKS, Skandinaviska Kriminalsällskapet). Il vit avec sa femme biologiste, Sigrún Guðmundsdóttir, et ses deux filles, à Mosfellsbær, près de Reykjavik.

Le roman:

Les Anges Noirs, Svartir englartéléchargement (1) dans la version originale parue en 2003, a été publié en 2012 par les éditions Gallimard, dans la collection Série Noire. Il est le seul titre des sept composant la série consacrée aux enquêtes du commissaire Arni à avoir été traduit en français. Le style est abrupt, journalistique, alignant juste les mots nécessaires: » Rien ne bougea et Birgitta put pénétrer à nouveau dans la pièce. La lumière de l’entrée faisait apparaître un bureau et un ordinateur. Elle scruta les murs, partout, sans y trouver d’interrupteur. Elle ressortit, observa le mur mais ne vit rien non plus. Étrange. Pourtant, c’était ainsi. Birgitta s’approcha du bureau, s’assit et chercha en vain une lampe avant d’allumer l’ordinateur. » (Page 8).

Construction: le prologue, particulièrement déconcertant, suscite l’envie d’en savoir plus…Et nous voilà pris dans les mailles du filet de Josepsson…Très peu de passages descriptifs et narratifs mais de très nombreux dialogues, propres à faire progresser l’enquête de manière significative, rendent le récit particulièrement vivants.

Thème sous-jacent: misogynie dans la police illustrée par la nomination, très mal perçue par certains, de Katrin, psychologue criminelle seulement âgée de 35 ans, au poste de chef de brigade remplaçante, pour satisfaire à la politique de quota des femmes dans la police islandaise: « Les rires s’estompaient bizarrement quand elle pénétrait dans la cafétéria, pour laisser place à des gloussements. Elle était l’objet de regards en coin, de messes basses qui la poursuivaient d’un bout à l’autre des couloirs. Il lui fallait affronter les sourires arrogants des hommes quand ils jugeaient qu’une femme ne devait ni ne pouvait se prononcer sur un sujet donné. Et faire face à une kyrielle de commentaires prétendument drôles, mais plutôt très péjoratifs. » (Page 26).

Fil rouge: fantasmagories et états d’âme d’Arni quand il interroge des femmes, agrémentées de petits pointes de dérision envers lui-même qui font sourire le lecteur, par ailleurs entraîné dans cette sombre histoire de meurtre: « Peu importe, elle restait quand même ultra-baisable, pensa-t-il. La culpabilité l’étreignit. Il s’étouffa presque avec sa propre salive. Allons! Tous les hommes s’expriment ainsi! Même à jeun! L aplupart en tout cas, sauf quelques marginaux insignifiants qui se permettent de tout dénigrer! Quand même, ce n’était pas une excuse. » (Page 161).

L’intrigue:

2003. Tout commence par une voiture vandalisée, un énorme 4×4 noir, celle du PDG en vue Steinar Isfeld Arnarsson. Puis par la disparition d’une femme, dans la nuit de samedi à dimanche. La même nuit. La disparue avait travaillé pour Steinar. Hasard ou fil ténu reliant les deux affaires?

Comment se fait-il que le dossier, présentant un exposé très complet de la situation, soit transmis par le brigadier en chef seulement deux heures après que l’ex-mari ait signalé la disparition de Birgitta? Pourquoi le dossier est-il confié à la PJ dès le premier jour de la disparition alors que, pour l’instant, aucun indice ne laisse supposer une histoire de meurtre? Qui est la personne qui semble s’y intéresser de très près, au point d’avoir interrogé les proches de la disparue, tôt le matin même. Il semblerait qu’elle veuille la retrouver avant la police. Mais pourquoi? Pour la protéger?

Malgré des recherches menées très sérieusement, la police ne trouve sur sa route qu’une accumulation de questions sans réponses: qui conduisait le véhicule de Birgitta le soir de sa disparition? Pourquoi est-elle allée chez Steinar cette nuit-là? Pourquoi a-t-on retrouvé son 4×4 sur le parking de la boîte de nuit? Depuis quand y est-il stationné? Pourquoi les enquêteurs retrouvent-ils de la suie à l’intérieur? Sa disparition a-t-elle un rapport avec sa situation familiale? Son activité professionnelle? Le commissaire Arni et son équipe nagent en plein brouillard…

Les personnages:

  • Birgitta Vesteindottir: programmatrice informatique free-lance très douée; mère de deux enfant, divorcée.
  • Arni Eysteins: commissaire à la PJ, look d’éternel étudiant, passif, grand fumeur.
  • Steinar Isfeld Arnarsson: PDG du groupe Médias, homme d’affaires réputé, populaire dans les medias.
  • Stefan Einarsson: brigadier en chef à la PJ, à la tête d’une brigade de quatre inspecteurs; fervent adepte de la vérification, 1m94.
  • Svavar: commissaire adjoint, à la tête de la section regroupant les deux brigades aux affaires criminelles; très frileux dans ses décisions.
  • Katrin Eithsdottir: psychologue criminelle, depuis dix ans dans la police, brigadier-chef remplaçante; pugnace dans ses enquêtes, raisonne logiquement, très douée.
  • Gudni: inspecteur de l’équipe de Stefan, depuis 35 ans dans la police; macho, sait s’imposer.
  • Maria: nouvelle épouse de Steinar; pas aussi écervelée qu’elle veut le paraître.
  • Asta: kiné dans un centre de convalescence et de rééducation, amie de Birgitta.
  • Kristjan: ex-mari de Birgitta, responsable des ventes dans une agence d’informatique.
  • Oskar: voisin de Steinar, garagiste.
  • Gudborg: ex-femme de Steinar, mère de ses enfants.

Les lieux:

L’action se déroule dans son intégralité à Reykjavik, mais l’auteur ne donne que peu de détails concernant les lieux principaux, qui de toute façon n’évoqueraient rien au lecteur non-islandais. Les plus importants sont…

La mise en scène soignée, aux détails très parlants: « L’escalier, raide et exigu, geignait à chaque pas. La moquette qui le recouvrait avait dû être un jour imprimée de roses mais les remontées ambiantes évoquaient tout autre chose. De légères émanations de pisse et de vomi s’insinuaient dans les narines d’Arni, soutenues par des relents de tabac froid et de bière éventée qui croissaient au fur et à mesure qu’il gravissait les marches. Sur le premier palier s’étalaient des chaussures en pagaille et il manqua trébucher sur une paire de bottes en caoutchouc des plus gigantesques quand une porte s’ouvrit avec un authentique bêlement. » (Page 145).

...Et le climat, qui exerce un impact, positif en l’occurrence, sur la façon de mener l’enquête: l’action se déroulant en juin, le soleil règne en maître, même à 21 heures du soir. Avec pour conséquences, les maisons équipées de rideaux occultants afin de plonger les pièces dans la pénombre et le fait que les gens sortent de chez eux plus longtemps, en faisant des témoins potentiels, comme le voisin de Steinar.

En conclusion:

Le +: la vraisemblance des étapes de l’enquête criminelle: reconstitution des derniers faits et gestes de Birgitta avant sa disparition à partir des témoignages de ses proches permet à Stefan et son équipe d’établir différents scenarii possibles et des hypothèses quant aux motifs de la disparition.

Un excellent polar nordique à l’intrigue bien ficelée et suffisamment élaborée pour susciter la curiosité puis un vif intérêt de la part du lecteur qui ne tardera pas à mettre le doigt dans l’engrenage, jusqu’à la ligne finale. Et quand il aura refermé le livre, il se dira en soupirant: « Dommage que les cinq autres titres de la série n’aient pas été traduits en français!!! »

Citations:

« Son quotidien était minable: des petits malfrats, des cas sociaux, des pseudo-braqueurs de banques et de boutiques qui devaient rembourser leurs dealers et ne pensaient même pas à masquer leur visage avant d’agir, ou alors omettaient intentionnellement de le faire pour être pris au plus vite et pour pouvoir rester quelque temps à l’abri de leurs persécuteurs. » (Page 106).

« Internet est bien établi et le profil de consommation est le même qu’en Amérique…Un registre national complet et accessible à tous. Une société qui consomme plus de numéros d’identification et de renseignements par citoyen que d’eau courante. Et puis, ici, nous avons un peuple inerte qui ne se mobilise jamais pour rien. » (Page 174).

« Arni n’avait pas peur des morts. Des vivants, si. Eux, avaient le pouvoir de lui nuire, de le menacer, de le blesser. Alors qu’un corps n’était qu’un corps. Inoffensif. La compassion ne lui faisait pas défaut, au contraire, il vivait en empathie avec les autres, ceux qui souffraient dans leur âme ou dans leur chair. Les cadavres ne lui inspiraient nulle pitié. Bien qu’il n’eût jamais été touché directement par la disparition d’un proche, il savait que ceux qui restaient méritaient une plus grand attention que celui qui était parti. » ( Page 248).

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