Publié dans adultère, éditions J'ai Lu, cadavre, Mafia, Passion thriller français, place des femmes

Passion thriller français: Les Mafieuses, Pascale Dietrich.

Deux soeurs que tout oppose se lancent à la poursuite d’un tueur à gages inconnu afin de sauver leur mère des griffes de la mafia…

L’auteur:

téléchargementPascale Dietrich est née à Tours en 1980. Sociologue à l’INED à Paris, elle travaille sur les inégalités face au logement et les conditions de vie des plus démunis. Elle est l’auteur de nouvelles et des romans Le Homard et Une île bien tranquille.

Le roman:

Les Mafieuses a été publié en 2019 par les éditions Liana Levi puis en 2020 en version poche par les éditions J’ai Lu. Le style est simple, fluide, agréable à lire. Le roman se distingue par son ton désinvolte et les nombreuses pointes d’humour qui l’émaillent: « Face à elle, les plantes vertes alignées sur le carrelage paraissent totalement déprimées. Le ficus donnait l’impression d’avoir envie de sauter de son pot pour en finir une fois pour toutes… » (Page 19)… »Comment réagirait-il en apprenant que sa mère était narcotrafiquante? Peut-être existait-il une façon habile et pédagogique de présenter les choses? Malheureusement, impossible de demander l’avis de la psychologue scolaire. » (Pages 27-28)… »-Tu pourrais refaire ta vie avec un aborigène, ne put s’empêcher de plaisanter Dina. Subrepticement, l’image de Michèle au bras d’un homme en pagne s’afficha dans leurs cerveaux. » (Page 67).

Construction: chaque chapitre, raconté au passé à la troisième personne, est dédié alternativement à l’une des trois femmes racontant l’histoire de son propre point de vue.

Fil rouge: paysages de montagne qui constituent l’arrière-plan de nombreuses scènes, que ce soit le décor vu par la fenêtre ou celui dans lequel évoluent les personnages.

L’intrigue:

Novembre. Météo maussade. Humidité. Leone Acampora, parrain de la mafia grenobloise, agonise sur son lit d’hôpital. Il va bientôt rejoindre ses ancêtres; mais pas question de faire le voyage sans Michèle, son épouse bien aimée, sur la tête de laquelle il a mis un contrat.

Dina et Alessia, leurs deux filles, ont choisi des voies différentes: tandis que la première s’investit dans l’humanitaire, la seconde, que n’étouffe aucun scrupule, utilise sa pharmacie comme couverture pour son trafic de drogue, « Homéopathie » étant le nom de code pour « cocaïne » et ‘Carte vitale » signifiant  » Tu es en danger de mort ».

Malgré leurs différences, les deux soeurs, mues par la volonté de sauver leur mère et de changer les règles dictées par les hommes, s’engagent dans une course contre la montre à la poursuite d’un tueur à gages inconnu. Parviendront-elles à faire taire leurs dissensions et à le démasquer à temps?

Les personnages:

  • Michèle Acampora: épouse de Leone, mafieux local; c’est elle qui négociait en coulisse afin d’arrondir les angles entre les petits chefs; elle s’occupait également de blanchir l’argent sale de son mari.
  • Dina: fille de Michèle et Leone; chargée d’étude dans l’humanitaire.
  • Alessia: seconde fille de Michèle et Leone; pharmacienne et narcotrafiquante; pratique le tai-chi; douée pour l’organisation, inventive et efficace.
  • Bernard: meilleur ami de Leone.
  • Marcus: le gars du supermarché.
  • Remo Lanfredi: ancien patron de Leone désormais à la « retraite ».
  • Cosimo Lanfredi: fils de Remo; inventif et efficace; a passé de nombreuses années en prison.
  • Madeleine: veuve d’un des cadres de la mafia; mafieuse de la vieille école; très attachée au respect des valeurs; a élevé ses fils dans la tradition; proche amie de Michèle.
  • Thierry: mari d’Alessia; ex-mannequin extérieur au Système; musicien.

En conclusion:

Avec Les Mafieuses, nous réalisons une plongée dans le Système, joli euphémisme pour désigner la mafia, du point de vue des femmes qui, quoique les hommes en pensent, y jouent un rôle essentiel: celui d’arrondir les angles, de maintenir les liens tout en perpétuant les traditions: « Elle avait elle-même contribué au business de Leone. Quand il y avait des tensions dans le clan, c’est elle qui facilitait les arrangements. Elle négociait en coulisses avec les autres femmes, devant une tasse de café. Dis à ton mari de faire un effort là-dessus et le mien fera ça. Elles trouvaient un terrain d’entente tandis que leurs hommes bombaient le torse comme des coqs, incapables de concessions. » (Pages 48-49).

Au début, tout se passe bien: le style est alerte, ponctué de nombreuses pointes d’humour, le scénario prometteur. Les personnages attachants, pas caricaturaux. Mais voilà, le petit grain de sable qui vient tout faire capoter ne tarde pas à faire son apparition: le scénario s’embourbe dans des méandres sans intérêt débouchant sur un final décevant. Cette course poursuite pour retrouver le tueur engagé par leur père prends des allures de bouffonnerie macabre. Je respecte le travail d’écriture de l’auteur, ce qui ne m’empêche pas de regretter que les riches promesses du scénario se soient évanouies dans les brumes alpines… ne laissant au final qu’un roman agréable à lire, certes, mais qui laisse un goût d’inachèvement.

Citations:

« Quoi qu’il en soit, quand elle était entrée à urgences Majeures en tant que chargée d’études, elle était enthousiaste, convaincue d’avoir trouvé sa voie. Son travail serait utile, en tout cas plus que celui d’un banquier ou d’un expert en communication. Aujourd’hui, elle n’en était plus si sûre. Les multiples rapports sur la pauvreté qu’elle produisait avait pour principal effet d’enfumer la population en lui laissant croire que tout le monde ne se fichait pas complètement de la misère humaine. Ses écrits étaient lus par un cercle restreint de spécialistes qui débattaient entre eux inlassablement, pinaillaient sur la pertinence d’un terme ou la précision d’un chiffre, si bien qu’au bout d’un moment, les personnes qui vivaient vraiment ces situations s’effaçaient derrière les indicateurs. » (Page 18).

« C’est parce que tu ne travailles pas avec des beaufs. J’ai remarqué que dès que les mecs sont bien installés, à l’aise dans leurs baskets, ils se croient les rois du monde. Alors que quand ils sont dans une situation plus inconfortable ou inhabituelle, ils font moins les malins. » (Page 60).

« Repoussant du pied les pommes de pin échouées sur le sol, elle songea que les pensées de l’ermite devaient se réduire à des choses aussi basiques qu’une fleur, un nuage biscornu ou une pousse sortant de terre, ce qui représentait de nos jours un luxe phénoménal. » (Page 116).

« Au fond, l’humanitaire et la mafia constituaient deux réponses opposées à un même problème: ces organisations se développaient quand c’était le chaos, que les gens étaient livrés à eux-mêmes et que l’Etat ne faisant pas son boulot. La mafia offrait un statut et des ressources à ceux qui ne trouvaient pas de place dans l’économie légale. Quant aux ONG, elles aidaient à peu près les mêmes à survivre sans jamais inquiéter les gouvernements véreux ni s’attaquer aux véritables injustices. » (Page 123).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s