Publié dans angoisse, éditions Hugo Thriller, crime, disparition d'enfants, enquête criminelle, Passion thriller français

Passion thriller français: Les Yeux Bleus, Sébastien Didier.

« Le temps était un terreau vivifiant pour la haine. Il la couvait, la sculptait, l’aiguisait. Jusqu’à ce qu’elle soit enfin prête à frapper et à crucifier des vies tout entières. »

L’auteur: 

téléchargementSébastien Didier est originaire de Nice, où il vit avec sa famille.

Il est passionné de lecture et d’écriture depuis toujours, mais aussi de cinéma et de nouvelles technologies.

Je ne t’oublie pas (2018) est son premier roman.

Il a été finaliste du concours Thriller « Derrière les Portes » sur la plateforme d’écriture Fyctia et a obtenu le coup de pouce de l’écrivain B. A. Paris qui l’a qualifié de « véritable page-turner ».

Le roman:

Les Yeux Bleus a été publié par els éditions Hugo Poche en 2020, dans la collection Suspense.téléchargement L’écriture est agréable, fluide, les détails étant disséminés çà et là sans alourdir le style: « Le journaliste remballa ses affaires en les fourrant pêle-mêle dans une serviette en cuir qui n’avait pas l’air d’en être à son premier tour de piste elle non plus. Ils sortirent du bâtiment et se dirigèrent vers le salon de thé qui faisait l’angle de la rue. » (Page 279).

Construction: l’histoire se déroule sur trois époques: 2015; 1986 raconté à la troisième personne; 2018: certains chapitres étant racontés au passé à la première personne par Anthony, et d’autres à la troisième personne selon le point de vue d’autres personnages. Chaque chapitre indique le lieu, la date et l’heure, comme dans une reconstitution judiciaire ou journalistique.

L’intrigue:

Lentement, l’auteur déroule les fils de son histoire comme on pose des jalons: les investigations d’Anthony; l’enquête de police en arrière-plan; l’enquête de Jacques Belleville en 2015. A charge pour le lecteur de les suivre et de les démêler…

1986. Près de Saint-Paul-de-Vence, toute une famille est sauvagement assassinée dans sa villa. Crime monstrueux, à ce jour impuni, resté dans les mémoires sous le nom de l’Affaire Armand.

Décembre 2018. Maxime, âgé de quatre ans, disparaît soudain du jardin de la demeure familiale dans lequel il jouait tranquillement. Seul indice: le portait donnant sur la rue est entrouvert de quelques centimètres. Seule certitude: le petit garçon a été enlevé dans un laps de temps de seulement dix minutes. Anthony et Estelle, ses parents, savent que chaque minute passée réduit les chances de le retrouver sain et sauf.
Coup de théâtre: Lise, la soeur d’Estelle, et son compagnon Fabrice, soupçonnés d’avoir commandité l’enlèvement, sont arrêtés: « Il reste à espérer que cette avancée dans l’enquête permettra de retrouver l’enfant sain et sauf. L’alerte enlèvement n’a en revanche pas été levée et une véritable chasse à l’homme est engagée depuis hier pour retrouver l’enfant ainsi que le ravisseur ou ses complices. » (Page 70).

2015. Jacques Belleville, gendarme à la retraite, bénévole à l’AAFV, reprend le dossier de l’affaire Armand. Il constate que trop de questions sont restées sans réponse. => Quel est le lien avec les événements de 2018?

2018. Claude Cerutti, le patriarche et grand-père maternel de l’enfant, persuadé qu’il s’agit d’un complot contre sa famille, envoie Jo, son homme de main, mener sa propre enquête. Mais les Cerutti reçoivent un colis contenant une demande de rançon et les vêtements que Maxime portait le jour de sa disparition. Une terrible course contre la montre s’engage alors…

Les personnages:

  • Anthony Delcourt: ancien journaliste, romancier; père du petit Maxime.
  • Estelle: son épouse et mère du petit Maxime; caractère plus soumis et influençable que sa soeur.
  • Claude Cerutti: père d’Estelle et Lise; homme intraitable, toujours maître de ses émotions, sait prendre la bonne décision au bon moment; à la tête d’un empire immobilier.
  • Michèle: épouse de Claude; mère d’Estelle et Lise.
  • Fabrice Vergeot: compagnon de Lise; galériste.
  • Lise: soeur d’Estelle; caractère fougueux; irradie un magnétisme auquel peu d’hommes sont capables de résister; aussi intraitable que son père.
  • Stéphanie: actrice; soupçonnée d’avoir aidé le ravisseur.
  • Christian: amant de Stéphanie.
  • Bruce Jenkins: avocat de la famille Cerutti; a grandi avec Lise et Estelle, leurs pères étant très amis; a vécu un an aux Etats-Unis.
  • Jacques Belleville: gendarme à la retraite; sait travailler à l’intuition, pointilleux; bénévole auprès de l’AAFV, association d’aide aux familles de victimes dont la mission est d’apporter un nouvel éclairage sur des dossiers oubliés.
  • Claire Perret: commandant auprès du BRI, brigade spécialisée dans les affaires criminelles graves, telles que braquages à main armée ou enlèvement avec séquestration: femme de caractère, ne s’en laisse pas conter.
  • Lieutenant Kowalsky: son adjoint.
  • Joseph-Marie, dit Jo: ami intime et homme de main de Claude Cerutti.
  • Philippe Berthier: ancien associé de Patrick Armand.

Les lieux:

L’agencement des lieux démontre le sens de la mise en scène de l’auteur, créant un contraste saisissant entre les événements tragiques et les décors où ces derniers se déroulent:

Rue où habitent les Delcourt: « Mon regard embrassa notre petite rue qui offrait toujours le même tableau de calme e de sérénité. Les bordures fleuries, les haies et les arbustes soignés au millimètre…Constituaient un véritable écrin pour la dizaine de maisons qui s’y lovaient. » (Page 17) =>Ce décor de carte postale, empreint d’une fausse sérénité, abrite le Mal et ne peut en protéger ses habitants.

Leur villa: « Une villa magnifique sur les hauteurs de Nice, posée dans un parc forestier millénaire avec un panorama à couper le souffle sur le versant italien de l’une des plus belles baies du monde. cadeau de mariage de mes chers beaux-parents…doté d’un salon d’été et sa terrasse en teck qui avançait sous les arbres pour venir encadrer la piscine à débordement ». (Pages 20-22) =>Décor en carton-pâte, digne d’une comédie romantique, sauf que l’histoire que raconte Les Yeux Bleus n’est pas du tout romantique.

Parfait contraste avec la villa des Delcourt, le commissariat où tout « portait le poids des ans et des coupes budgétaires. Murs décrépits, peinture écaillée, carrelage fendu, meubles et matériel informatique hors d’âge », donnant une bien piètre opinion de la police et des moyens dont elle dispose.

En conclusion:

Le -: Moi qui suis une lectrice expérimentée de romans policiers et de thrillers, deux faiblesses dans le scénario m’ont sauté aux yeux et mis un petit bémol à mon enthousiasme: rien ne dit comment la police a fait le lien avec Lise au point de l’arrêter pour l’enlèvement de son neveu? Dans l’affaire Armand, comment Patrick Armand a-t-il soupçonné que ses jumeaux n’étaient pas de lui? => Détails-clefs non négligeables car ils sont le facteur déclencheur des événements conduisant aux crimes.

Le +: Mêler la fiction à la réalité en  intégrant à l’histoire les frère Mariani et leurs malversations financières, Claude Cerutti étant un homme d’affaires qui a bâti sa fortune avec l’immobilier, secteur grevé par toutes sortes d’escroqueries, les citant comme d’éventuels suspects dans l’affaire Armand, est un vrai coup de maître: « Les Mariani et leur bande étaient les plus belles crapules du monde, de vrais salauds, des cow-boys sans foi, ni loi. Ils étaient tout ce que vous pouvez imaginer. Mais s’il y a bien une chose qu’ils n’auraient jamais faite, c’est buter des gosses. » (Page 281)… »Il y a quelques années, j’avais participé à la rédaction d’un dossier qui dénonçait des malversations financières dans bon nombre d’opérations immobilières azuréennes. Terrains acquis illégalement, pot-de-vin pour les permis de construire, pressions lors des votes d’assignation des plans d’urbanisme…La liste était longue. Et devinez qui apparaissait en filigrane à chaque fois. -Claude Cerutti. -Tout juste » (Page 287) => Serait-ce le mobile de l’enlèvement du petit Maxime?? Vous le saurez en lisant Les Yeux Bleus...

Citations:

« Chaque fois qu’il ressentirait l’envie de constater que ce cold case, comme on disait aujourd’hui, ne pouvait plus accoucher d’une aucune nouvelle piste, il la regarderait. Et il penserait à ce que lui disait Jean-Jacques Bompard, son tout premier commandant de caserne. A l’époque, les relevés ADN et les ordinateurs n’étaient encore que de la science-fiction. Les enquêtes à mener au quotidien relevaient plus souvent de la brouille de voisinage que d’un crime mafieux tiré du dernier Scorsese…Il ne cessait de répéter la même maxime, encore et encore. » Il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui sait ou qui a vu quelque chose. » (Page 84).

« La douleur était intenable. J’avais l’impression qu’on me perforait l’abdomen avec une pointe. L’air me manquait. J’avais envie de disparaître, que tout cela cesse, que mon imagination macabre se mette en pause quelques minutes. Juste quelques minutes, par pitié. » (Page 195).

« Elle avait raison. Je pouvais ajouter cet épisode à la longue liste de choses que nous avions passées sous silence ces dernières années. Tout ce que nous ne disions plus par peur, par paresse ou tout simplement parce que nous ne pensions pas l’autre susceptible de nous comprendre et de nous aider. Tout ce qui avait conduit notre couple là om il en était avant le drame de la disparition de notre enfant. » (Page 337).

« Tu vois, Joseph-Marie, l’homme est capable du plus beau, du plus incroyable, du plus irréel. Il construit des bâtiments qui touchent le ciel, il peut aller sur la lune, il soigne des maladies impensables. Mais il est aussi capable du pire. Parce que le pire, malheureusement, c’est souvent ce qu’il y a de plus facile. » (Pages 499-500)

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