Publié dans angoisse, cadavre, Editions Plon, Passion thriller français

Passion thriller français: Rendors-toi, Tout va bien. Agnès Laurent.

Pouvez-vous affirmer avec certitude que vous connaissez vraiment ceux avec qui vous vivez, ceux que vous côtoyez chaque jour? En êtes-vous certain?

L’auteur:

Grand reporter à l’Express, férue d’actualité, Agnès Laurent puise son inspiration dans les faits divers et de société. Elle utilise sciemment les ficelles du métier de journaliste pour construire l’intrigue de ce premier roman, que l’on peut sans conteste qualifier de noir. 

Le roman:

Rendors-toi, tout va bien a été publié par les éditions Plon en 2021. Le style d’Agnès Laurent, dont c’est le premier roman, est haché, composé de phrases courtes s’enchaînant à une cadence de mitraillette: « Il attrape ses crayons et les aligne sur le bureau à un demi-centimètre d’intervalle. L’un d’eux n’est pas parfaitement parallèle aux autres, il le redresse légèrement. Il fait glisser ses dossiers jusqu’au bord de la table, s’arrête juste avant la chute. Il récupère les tasses à café sales, se lève pour les laver. Il se rassied. Il a de la chance, pour une fois, il n’a pas à prévenir le mari. Les collègues de Sète s’en chargent, il est chez eux depuis ce matin. » (Page 10). Parfois, l’auteur utilise le style télégraphique afin de mieux dépeindre le désarroi du personnage: « Fuite d’eau dans le garage. Gazon à couper. TVA à préparer. Mon cerveau refusait de passer en mode pause. 2 heures du matin, 3 heures, 4, 5. Quand je me suis levé, j’étais épuisé. Et Christelle dormait toujours. J’ai pris une douche, vite fait, je me suis pas rasé et je suis parti. » (Page 19).

Construction: chaque chapitre commence par un titre qui précise le jour, l’heure et l’endroit précis (ville et lieu), comme dans un compte-rendu judiciaire ou dans un article de journal. L’essentiel des conversations entre les protagonistes sont en style indirect, parti pris de l’auteur qui établit une certaine distance entre les faits relatés et le lecteur, comme lorsqu’on rapporte les propos de quelqu’un ou que l’on raconte une histoire ou des événements de seconde main. J’avoue que ce procédé est assez déroutant, surtout dans un thriller, où l’on s’attend à une interaction plus directe.

L’intrigue:

Un accident de la route. Une autoroute un jour de grand départ dans la région de Sète. La victime est une femme. Qui est-elle? Une épouse, une mère, une personne quelconque, sans histoire? Pourquoi, quelques heures à peine après l’accident, son mari a-t-il été arrêté par les gendarmes?

A charge pour les enquêteurs de reconstituer les faits et gestes qui ont précédé son départ. Que faisait-elle sur cette autoroute, loin de sa famille et de sa maison? Que fuyait-elle? Guillaume, son mari, du fond de sa cellule, essaie de comprendre ce qui a bien pu lui passer par la tête. Ils forment un couple heureux, une famille unie.

Bien sûr, son travail l’accapare et l’empêche d’être autant présent à la maison qu’il le voudrait. Mais c’est pour leur assurer une vie aisée et confortable. Alors, que n’a-t-il pas su ou voulu voir derrière cette façade lisse? Et si lui aussi portait sa part de responsabilité dans le drame qui se joue?

Les enquêteurs interrogent tour à tour toutes les personnes qui ont croisé la route, ce matin-là, de Christelle et de Guillaume, qu’ils croyaient bien connaître, et pourtant acteurs d’un terrible fait divers. Certains actes inavouables dépassent de loin les pires scénarii.

Les personnages:

Gilbert, propriétaire du bar dans lequel Guillaume Dumont, directeur financier d’une conserverie, et mari de la femme accidentée, prend chaque matin son café avant de se rendre à son travail. Franck, garagiste, ami de Guillaume, la banquière du couple, des voisins, des mamans que Christelle côtoie à l’école de ses filles…Autant de personnages issus de la vie de tous les jours donnant son caractère de fait divers à Rendors-toi, Tout va Bien. Chacun vit une vie banale, ordinaire, comme chacun de nous, avant que cet univers ne bascule dans le cauchemar, rappelant à chaque protagoniste qu’au fond de chacun de nous sommeille le Mal. A nous de choisir si nous le réactivons ou pas…

En conclusion:

Rendors-toi, Tout va Bien est un thriller dont l’action se déroule sur une journée, au cours de laquelle les enquêteurs tentent de reconstituer les faits et gestes de Christelle, femme accidentée, qui dissimule un lourd secret. Toute la question est de savoir si Guillaume, son mari, partage ce secret, ou pas…Agnès Laurent propose de sonder l’âme humaine, de comprendre comment une femme, qui bénéficie, en tout cas en apparence, de tout ce que la vie peut offrir, un gentil mari, deux fillettes adorables, une maison spacieuse et confortable, l’aisance financière, peut basculer du côté sombre et perpétrer des actes épouvantables. Thriller psychologique, donc, à l’intrigue échafaudée de main de maître, pierre après pierre, pour mener le lecteur sur la route du doute. Tout l’intérêt est de s’immiscer dans l’esprit de Christelle et Guillaume afin de comprendre ce qui a dérapé et à quel moment…

Exploitant le thème éculé du « Connait-on ceux auprès de qui nous vivons, ceux que nous côtoyons quotidiennement », Agnès Laurent apporte sa contribution avec ce roman intimiste, bien construit, qui se lit d’une traite. 

Citations:

« Après tout, ils s’aimaient non? Elle disait oui, elle pensait non. Elle l’imaginait avec d’autres femmes, elle n’osait pas lui demander, elle n’en trouvait aucune trace. Non, il n’y en avait pas d’autres. C’était elle, elle n’était pas à la hauteur. Comment aurait-elle pu l’être? Elle n’avait pas fini ses études, elle ne travaillait plus depuis dix ans. Non douze. Elle ne savait même plus. Guillaume remplissait sa vie de mille activités, elle non.  » (Pages 106-107)

« A travers le pare-brise, il devine son agitation, elle a vu la fumée, elle s’affole. Forcément. Elle a besoin d’aide, il se sent l’âme d’un chevalier. Il accélère pour arriver à sa hauteur, la circulation est dense, il a du mal à passer sur la file de gauche. Enfin, il se glisse dans un interstice. Elle croit sans doute qu’il veut reprendre la poursuite. Elle accélère à son tour. Elle ne devrait pas, sa voiture n’est plus en état, elle va la lâcher. » (Page 174).

 

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