Publié dans éditions Hugo Thriller, cadavre, enquête criminelle, maltraitance, Passion polar français, prostitution, psychologie des personnages, serial killer

Passion polar français: L’Arlequin, Sandrine Destombes.

Nous retrouvons le commissaire Max Tellier dans une sombre enquête qui la mènera à affronter ses propres démons. Palpitant !!

L’auteur:

sandrine destombesSandrine Destombes est née à Paris en 1971. Elle a toujours vécu et travaillé dans la capitale. Elle a étudié le droit quelques mois, puis a fait des études à l’école pour les Métiers du Cinéma et de la Télévision. Ainsi, depuis 25 ans, elle travaille dans la production d’événements. Auteur de sept romans, son dernier ouvrage, Madame B, a remporté le prix de la Ligue de l’Imaginaire-Cultura.

Le roman:

L’Arlequin, publié une première fois en 2015 aux éditions Nouvelles Plumes, a ététéléchargement entièrement récrit pour la présente édition par Hugo Poche. Le style de Sandrine Destombes est fluide et entraînant, enchaînant des mots et des tournures simples afin de se focaliser sur le contenu, ce qui ne signifie pas que l’auteur sombre dans la facilité, bien au contraire. Elle privilégie une langue accessible afin de permettre au lecteur de se concentrer sur l’enquête: « Max alluma son ordinateur et se massa les tempes en fixant l’écran. La journée allait être longue…Elle ouvrit un document vierge et nota les points que venait de lui exposer Paul et qu’elle estimait assez importants pour ne pas être oubliés. Cela lui permettrait également d’avoir un support quand elle se retrouverait face à la veuve de Desbeaux. » (Page 68).

Thèmes: prostitution, trafic d’êtres humains, tueur en série.

La petite touche de l’auteur: humour: outre le caractère difficile et la personnalité attachante du commissaire Maxime Tellier, l’auteur distille des pointes d’un humour parfois désopilant, parfois grinçant, souvent issues des pensées de son personnage: « Tout le monde l’accueillait chaleureusement, un verre à la main. Max n’y comprenait rien. Elle ne fêtait que ses cinq ans de poste. Ils feraient quoi pour ses dix ans? Un feu d’artifice au Champ-de-Mars? Quant à son pot de départ à la retraite, elle ne préférait même pas y penser! »… »Max lui serra la main en retour, incapable de dire quoi que ce soit. -Une prochaine fois, peut-être, dit-il avant de saluer Alex et José, et de s’éloigner. -Oui, peut-être, répondit Max dans un filet de voix. Oui, peut-être….Wouah! c’est sûr qu’avec autant de répartie, le mec ne va pas pouvoir tenir une seconde sans vouloir te revoir! » (Page 60)… »-Tu peux m’expliquer pourquoi il se passe toujours plus d’une heure entre le moment où une fille te dit qu’elle arrive et le moment où c’est vraiment le cas? Vous vivez en perpétuelle ellipse temporelle ou quoi? Max posa son sac dans un coin et lui répondit avant même de lui faire face: -Et toi, tu peux m’expliquer pourquoi les mecs ne peuvent pas s’empêcher de nous comparer aux autres filles alors qu’ils savent pertinemment qu’ils signent leur arrêt de mort en le faisant? » (Page 244).

L’intrigue:

Mi-décembre. Trois morts suspectes dans le même immeuble du 16e arrondissement de Paris. Albert Desbeaux, pharmacien, a vraisemblablement été poussé sous un bus. Serait-ce un meurtre commandité par son épouse aristocrate à cause de ses mœurs douteuses? En rapport avec le fait qu’il se trouvait dans le collimateur des Stups pour trafic d’amphétamines? Ou Max et son équipe ont-ils affaire à un serial killer?

C’est alors qu’une ancienne affaire resurgit, une enquête remontant aux débuts de Max, quand elle travaillait sous les ordres de son mentor, Enzo Bertolone: en moins de trois semaines, deux victimes « sauvagement agressées, cause de la mort identique, tout comme la mise en scène des corps…Exactement le même mode opératoire que pour Irina Povlona dont le crime avait été attribué au proxénète Sergueï Coscas. De terribles doutes gangrènent peu à peu l’esprit de Max: serait-il possible qu’ Enzo se soit trompé de meurtrier? Comment envisager une telle option? Et si c’était le cas, cela signifiait que le véritable assassin de la jeune femme courait toujours et était responsable des deux meurtres de L’Isle-sur-la-Sorgue? Comment endosser une telle responsabilité?

Max, se replongeant dans ses souvenirs, est contrainte d’admettre que, douze ans plus tôt, l’enquête a peut-être été classée un peu trop vite…Et de coopérer avec le capitaine Brémont…Et surtout, d’en parler avec Enzo…

Les personnages:

  • Maxime Tellier: commissaire à la Crim; n’aime ni les mondanités, ni les effusions superflues; ne supporte pas le froid; mauvais caractère mais grand cœur.
  • Favre: commissaire divisionnaire, chef de Max.
  • Jeanne: enquêtrice de l’équipe de Max; délurée, excentrique;
  • Thomas: enquêteur de l’équipe de Max; côté gendre idéal, sourire charmeur; connaissance approfondie des nouvelles technologies, esprit matheux.
  • Paul: enquêteur de l’équipe de Max; patience exemplaire, gentillesse désarmante; possède le don rare de se faire apprécier dès la première minute.
  • José Moreno: plus ancien membre de son équipe.
  • Enzo Bertolone: ancien instructeur et mentor de Max; retraité en Italie.
  • Fabio Cavalli: commandant aux Stups depuis qu’il a quitté les Moeurs; ami de José.
  • Antoine Brémont: capitaine de gendarmerie au DSC, Département des Sciences du Comportement, avec qui Max collabore; peut se montrer didactique et encourageant…ou tyrannique.
  • Lieutenant N’Guyen: équipier de Brémont.
  • Lieutenant Rocca: équipier de Brémont.
  • Charles Beauvois: ancien instructeur du capitaine Brémont, retraité du contre-espionnage; participe à l’enquête.

En conclusion:

De nombreuses qualités pour cette ré-écriture d’un roman initialement publié en 2015.

Son originalité: un crime ancien, en apparence résolu, qui trouve ses ramifications dans le présent…Ou une enquête actuelle dont les racines remontent à une affaire vieille de douze ans…C’est selon. En tout cas, les fils d’une intrigue qui se mêlent tout en abordant des thèmes aussi douloureux que le trafic d’êtres humains, la prostitution. Et oblige Max à comprendre l’essence même de son métier: ne jamais, JAMAIS, se fier aux apparences. Aller au fond des choses et ne négliger aucun fait, si minime soit-il. Sa confiance en son mentor, alors qu’elle n’était qu’une bleue, l’a égarée sur une fausse piste. Bien entendu, elle ne lui jette pas la pierre. Comme on dit, l’erreur est humaine. Sauf que certains se payent au prix fort…

Les réflexions in-petto de Max en italique souvent drôles, la commissaire étant une adepte de l’auto-dérision, principe rafraîchissant, l’empêchant de tomber dans la neurasthénie, et permettant au lecteur de lever un peu le pied avant de se replonger dans les horreurs que les humains sont capables d’infliger aux autres.

Le +: les tueurs en série vus d’un point de vue scientifique avec l’intervention du capitaine Brémont, joignant la réalité à la fiction d’une manière vivante: « Tout ça pour dire, reprit le capitaine Brémont, que je serai ravi de collaborer avec vous sur cette affaire. Vous vous êtes déjà retrouvée face à un tueur en série, vous savez que le timing est quelque chose qu’on ne peut pas prendre à la légère, et enfin, je sais d’expérience qu’il ne faut jamais rien refuser à une femme déterminée. » (Page 95).

Vous l’aurez compris, je suis une fan inconditionnelle de Sandrine Destombes. J’apprécie particulièrement son style énergique mais également son empathie. Certes, elle raconte des histoires dérangeantes, sanglantes et glauques parfois, mais elle le fait sans voyeurisme, sans se complaire dans la violence gratuite. Certaines choses, notamment la prostitution, la maltraitance, doivent être dénoncées, et elle le fait avec brio, toujours en tenant compte de la psychologie de ses personnages enquêteurs, tellement humains, eux aussi en proie à des émotions pas toujours faciles à contrôler.

Citations:

« Elle essaya de jauger sa sincérité. Cet homme la déstabilisait. Max se vantait d’être en mesure de déceler au premier rendez-vous ce qui mettrait un point final à une éventuelle relation. Un sixième sens qui la mettait instinctivement en alerte et qu’elle vivait comme une malédiction. Ce pouvait être un comportement trop suffisant, ou à l’inverse trop mièvre. Un passé trop chargé, une attitude arrogante…Il y avait toujours un détail qui l’empêchait de s’emballer. Enzo disait que c’était une manière puérile de se protéger. » (Page 140).

« Qui vous parle de faute? Certainement pas moi! Et personne ne le fera dans cette salle. La faute n’incombe qu’à un seul homme. Notre tueur. Un psychopathe qui tue pour ressentir un simple frisson. Un frisson que vous pourriez avoir en regardant un film d’horreur. C’est lui le responsable, Max, et personne d’autre. Mettez-vous bien ça dans la crâne sinon vous risquez de vous perdre en chemin. Croyez-moi! » (Page 271).

« Max était prostrée dans son appartement, un verre de vin à l amain, son arme de service dans l’autre. Cela faisait deux heures qu’elle était assise à même le sol, sans bouger. Elle avait tenté d’établir le bilan de sa vie, de chercher une raison de persister. En vain. Elle ne doutait pas un seul instant que le docteur Landberg serait en mesure de l’aider à traverser cette énième épreuve mais elle n’était pas sûre d’en avoir envie. Elle était fatiguée. Fatiguée de se battre. Fatiguée d’attendre des jours meilleurs. » (Page 388)

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