Publié dans affaire non résolue, éditions Hugo Thriller, cadavre, crime, enquête criminelle, Passion polar français

Passion polar français: Ainsi sera-t-il, Sandrine Destombes.

Dans ce troisième volet, le commissaire Maxime Tellier mène de front trois enquêtes avec la détermination et le talent qui la caractérisent. Captivant!!

sandrine destombesL’auteur:

Sandrine Destombes est née à Paris en 1971. Elle a toujours vécu et travaillé dans la capitale. Elle a étudié le droit quelques mois, puis a fait des études à l’école pour les Métiers du Cinéma et de la Télévision. Ainsi, depuis 25 ans, elle travaille dans la production d’événements.

Le roman:

téléchargementAinsi sera-t-il, paru aux éditions Nouvelles Plumes en 2016, a été entièrement réécrit cette présente version publiée par les éditions Hugo Thriller dans la collection Poche en octobre 2021. Le style de Sandrine Destombes est fluide et entraînant, enchaînant des mots et des tournures simples afin de se focaliser sur le contenu, rendant la lecture aisée et agréable. Le lecteur a ainsi tout le loisir de se concentrer sur l’enquête, même lorsqu’elle aborde des passages plus techniques: « Je pense que les secouristes nous auraient fait part de cette petite fantaisie. Non, à mon avis, celui qui a fait ça maîtrise très bien son affaire. Je viens d’envoyer un échantillon de peau et de sang à la toxicologie mais je ne serais pas étonné qu’ils trouvent également un peu d’opium et de datura, en plus de la cigüe…Si on se fie à Platon, lut-il d’un ton grave, la description des symptômes de Socrate, quelques minutes avant sa mort, laisse à penser que ce dernier a succombé à une paralysie respiratoire. Or, selon les études de la toxicologie moderne, la cigüe tachetée isolée ne peut causer un tel symptôme. L’hypothèse d’un mélange de cigüe, de datura et d’opium semble plus probable. » (Pages 54-55).

Les très nombreux dialogues entre les enquêteurs, les séances de briefing participent à rendre le roman vivant et rythmé, très réaliste.

Thèmes: corruption qui gangrène la police et les instances judiciaires.

Le +: l’humour énergisant est sans conteste l’ingrédient qui donne au style de Sandrine Destombes sa touche personnelle; une façon bien rafraîchissante de ne pas sombrer dans le pathos et le gore inutile: « Elle avait constamment reproché aux médecins leurs réponses évasives qu’elle prenait pour des faux-fuyants. « On ne peut rien dire à ce stade. Tout dépend de lui, maintenant. Il ne faut pas trop y croire, mais ne perdez pas non plus espoir! » Cette phrase était de loin sa préférée! Quand je pense que t’as fait dix ans d’études pour me sortir un truc pareil! Même Madame Irma se mouillerait plus que toi! s’était-elle empêchée de répondre à chaque fois.  » (Page 28)… »Désolée, chef, j’étais concentrée sur l’affaire du prêtre. -Eh bien, ça attendra! Les mecs que vous avez pointés du doigt dans votre rapport sont en train de tomber comme des mouches. Faut qu’on arrête l’hémorragie et fissa. -Comment vous voulez qu’on procède? Wilhem nous attend dans son bureau. -A l’IGPN? -Non, au McDo du coin. Bien sûr à l’IGPN, où voulez-vous qu’il nous attende?! » (Page 269)…Et le sens de la formule: « L’IGPN ne l’avait pas prise au sérieux jusqu’ici et il lui faudrait garder son calme si elle voulait avoir une chance de leur faire changer d’état d’esprit. Du calme et surtout pas de sarcasme, se dit-elle en négociant un virage. N’oublie pas à qui tu as affaire. Ces gars-là devaient déjà cuisiner Guignol dans leurs rêves d’enfants! » (Page 68).

L’intrigue:

Quelques semaines après les événements narrés dans L’Arlequin, Maxime est partie panser ses plaies chez Enzo, son ancien mentor, dans sa maison en Italie. Tandis que Fabio Cavalli est toujours dans le coma. L’enquête pour retrouver celui qui lui a tiré dessus est confiée à une autre unité de la brigade criminelle: « Fabio travaillait aux Stups et cherchait à faire tomber une taupe au sein de son service au moment des faits. »

Quatre mois plus tard, l’IGPN, au vu de nouveaux éléments, reprend l’enquête: Rivet, celui qui planquait avec Fabio a été retrouvé dans sa cuisine une balle dans la tête tirée à bout portant avec son arme de service. D’après sa déclaration, Rivet s’était absenté quinze minutes pour chercher des clopes et de la bouffe. A son retour, il avait trouvé son collègue baignant dans une mare de sang et tout l’équipement de surveillance saccagé.

Mais Max, qui voue une confiance mitigée aux enquêteurs de l’IGPN, reprend le dossier en sous-main, sans en informer Favre, son patron. Tout ce dont elle dispose est que Fabio « cherchait à démanteler un gros réseau de trafiquants, des Russes appartenant à un groupe connu sous le nom de Svodov. Il était en planque devant leur QG. On a appris depuis que les Ruskovs étaient au courant. C’est le témoignage d’un indic des Stups qui nous a permis d’en arriver à cette conclusion. » (Pages 44-45).

Tandis qu’elle s’occupe des affaires courantes, un joggeur meurt d’une fausse crise cardiaque dans les jardins du Ranelagh. Or, il s’avère que le père Francis, prêtre traditionnaliste, était loin de faire l’unanimité. Vengeance? Règlement de compte? Une affaire sensible qui oblige Max et son équipe à marcher sur des oeufs, au moment où le pape François tente par tous les moyens de rétablir la crédibilité de l’Eglise bien malmenée par les affaires de pédophilie.

C’est alors que resurgit une ancienne affaire: le meurtre jamais élucidé de la femme et de l’enfant du capitaine Brémont avec qui Max avait collaboré lors de l’enquête sur L’Arlequin. Vincent Gouvier, ami et ancien coéquipier du capitaine, bouleversé par sa prochaine paternité, terrorisé à l’idée que le tueur pourrait peut-être s’en prendre à sa femme enceinte, part en chasse du tueur, quinze ans après les faits.

Bien que chargée de deux dossiers brûlants, Max suit son ami dans sa quête de la vérité, peut importent les conséquences. =>Ainsi sera-t-il propose une intrigue touffue, se déroulant sur plusieurs axes, mais facile à suivre.

Les personnages:

  • Maxime Tellier: commissaire à la Crim; n’aime ni les mondanités, ni les effusions superflues; ne supporte pas le froid; mauvais caractère mais grand cœur.
  • Favre: commissaire divisionnaire, chef de Max; sait déceler les expressions des visages.
  • Jeanne: enquêtrice de l’équipe de Max; délurée, excentrique; instinct très développé.
  • Thomas: enquêteur de l’équipe de Max; côté gendre idéal, sourire charmeur; connaissance approfondie des nouvelles technologies, esprit matheux.
  • Paul Morin: enquêteur de l’équipe de Max; le doux rêveur du groupe, d’une patience exemplaire, gentillesse désarmante; possède le don rare de se faire apprécier dès la première minute.
  • José Moreno: plus ancien membre de son équipe; ami de Fabio.
  • Enzo Bertolone: ancien instructeur et mentor de Max; retraité en Italie.
  • Fabio Cavalli: commandant aux Stups depuis qu’il a quitté les Moeurs; ami de José.
  • Edouard Voriot, allias père Francis: victime, prêtre traditionnaliste.
  • Mademoiselle Maubroux: intendante de la paroisse de Notre-Dame d’Auteuil, célibataire.
  • Père Antoine: prédécesseur du père Francis qu’il n’appréciait pas du tout; prêchait la tolérance et l’acceptation des autres communautés.
  • Charles Beauvois: ancien instructeur du capitaine Brémont, retraité du contre-espionnage; homme très cultivé, donne parfois des conseils à Max.
  • Alex Gouvier: amie de Max.
  • Vincent Gouvier: mari d’Alex, ami du capitaine Brémont; capitaine de gendarmerie à Lisieux.

En conclusion:

Ainsi sera-t-il, suite directe de L’Arlequin, propose une intrigue complexe dans laquelle Max mène plusieurs enquêtes indépendantes. On aurait pu croire que cette pléthore d’intrigues criminelles aurait alourdi le roman. Mais il n’en est rien. Car Sandrine Destombes manie sa plume avec une telle dextérité qu’elle peut remporter tous les défis sans que cela ne nuise à son récit. Sa langue dynamique qui n’est pas de bois n’hésite pas une seconde à donner des coups de pied salvateurs dans la fourmilière, comme ici en s’attaquant au thème tabou des flics ripoux.

Petit bémol: sans vouloir vous spolier, je regrette que l’auteur ait fait disparaître l’un de mes personnages préférés…A l’occasion, il faudra que je lui en parle 🙂

Le +: les pensées in-petto de Max et ses commentaires => J’apprécie beaucoup ce personnage de femme qui ne se prend pas au sérieux, qui n’hésite pas à se regarder avec dérision, qui exige d’elle le meilleur; qui fonce tête baissée pour voler au secours des victimes et des laissés-pour-compte qu’elle rencontre sur sa route de flic; derrière cette façade rude et son mauvais caractère se cache une femme sensible au grand cœur, qui, bien qu’elle en ait bavé dans sa vie, n’est ni résignée, ni aigrie.

Comme toujours, avec Sandrine Destombes, ce roman ne vous laissera ni indifférent, ni mort d’ennui…mais avide de retrouver Max dans une nouvelle enquête.

Citations:

« C’était la première fois qu’Enzo voyait Max baisser les bras. Elle n’avait plus la force de se battre, disait-elle. Se battre pour quoi d’ailleurs? Pour un monde où des hommes pouvaient se laisser aller à leurs pires pulsions sous prétexte que la vie n’avait pas été facile avec eux? Que leur maman ne les pas assez câlinés ou encore que leur petite amie leur avait manqué de respect? C’était une lutte sans fin. Il y aurait toujours une mauvaise graine prête à pousser quelque part. » (Page 8).

« Ces derniers mois avaient été marqués par une série d’erreurs judiciaires et tout le monde pointait du doigt son voisin. D’aucuns estimaient que la police bâclait ses enquêtes, faute de moyens, d’autres que le parquet expédiait les procès pour désengorger le système. Le commissaire divisionnaire Favre, qui approchait de la retraite, voulait que son service soit irréprochable. »(Page 58).

« Jeanne patientait en discutant avec un SDF qui avait élu domicile sur le parvis de l’église. Max n’en fut nullement étonnée, c’était même devenu un passage obligé. Jeanne avait décrété que les vagabonds étaient des indics de premier choix, pour qui savait leur parler. Invisibles aux yeux de la société, ils assistaient impavides à toutes sortes de drames, entendaient moult discussions, même les plus sensibles. Jeannne ne les qualifiait d’ailleurs pas d’indics mais de super espions. » (Page 186).

« Entre ses frasques et ses ambitions politiques, le père Francis ne lui inspirait que peu de respect. Sa mort ne pouvait pas rester impunie mais Max manquait d’empathie envers la victime, ce qui était d’ordinaire son moteur premier. Il lui restait encore une demi-heure de route et elle s’obligea à faire le point sur ce dossier. » (Page 315).

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