Publié dans éditions Lajouanie, cadavre, corruption, crise économique, homicide, Passion polar français, pouvoir politique, trafic de drogue

Passion polar français: Pour Quelques Millions, Carl Pineau.

Un roman trépident qui entraîne le lecteur de Paris à Cuba sur les traces d’un assassin sans scrupule. Palpitant!!

L’auteur:

carl pineauCarl Pineau est né à Nantes en 1966. très jeune, il se met à fréquenter la vie nocturne de la ville. Il se fait d’ailleurs embaucher par une discothèque pour en animer les soirées. Les lieux cultes des nuits nantaises deviennent pour lui un univers familier.
À 21 ans, il quitte le monde de la nuit et reprend des études.
Bien que Nantes soit sa ville de cœur, il la quitte en 2009, avec sa femme et ses deux enfants, pour aller voir le monde et réaliser son rêve d’enfant: écrire. La famille se fixe  au Québec, où Carl suit les cours de création littéraire de l’université de Laval et entame L’Arménien.
Depuis 2015, la tribu habite en Thaïlande, où Carl continue d’écrire: les trois tomes de la trilogie Nantaise puis Pour quelques millions.

Le roman:

Pour Quelques Millions a été édité par les éditions Lajouanie en juin 2021. Le style de l’auteur est énergique, sans fioritures ni bla-bla. Les mots justes pour un rythme effréné, sans négliger pour autant de soigner son écriture: « Le jeune homme se jeta en avant et s’aplatit au sol. La balle le manqua d’un cheveu. Cette fois, il avait perçu la détonation, à l’évidence assourdie par un silencieux. Il roula dans le caniveau et s’abrita derrière une voiture. Après quelques secondes, il entendit la moto démarrer. Il se leva d’un bond, prêt à s’élancer, mais l’engin disparaissait déjà au coin de la rue. » (Page 71)

Thèmes: corruption, magouilles politiques, prostitutions, exploitation impunie de la misère humaine.

L’intrigue:

2011. Marthe est retrouvée morte à son domicile. Elle s’est pendue au-dessus du billard. Malgré quelques doutes, la police, faute de preuves incriminantes, conclut à un suicide et classe l’affaire. Mais Conrad, son fils, à l’époque âgé de quatorze ans, ne pouvait pas croire que sa mère s’était donné la mort. Seulement, s’il avait raison, qui avait « pu commettre un acte aussi ignoble? Et pourquoi?

Cinq ans plus tard, le jeune homme découvre que son père a donné un chèque de vingt mille euros à Lazario Nuria, réfugié politique cubain ami de Conrad, alors que les deux hommes prétendent se détester…C’est alors que le cadavre de Laurène Serviez, membre de l’Institut International de Recherche sur la Paix, qui avait servi d’alibi à Joren pour la nuit du présumé suicide de Marthe, est retrouvé par hasard. L’enquête détermine que la jeune femme a été abattue d’une balle dans le dos deux mois plus tôt avant d’être jetée dans un marais près de Fontainebleau. Si Joren est l’auteur du meurtre, pourquoi avoir attendu cinq ans pour supprimer ce témoin gênant? Laurène l’aurait-elle fait chanter? Se serait-elle montrée trop gourmande?

Tous les fils de cette intrigue complexe semblent conduire à Cuba où Miguel, frère de Lazario, personnage peu ragoutant, vit de trafics en tous genres dans le but de partir à Paris se refaire une virginité et commencer une autre vie. Conrad, qui veut échapper aux sbires que Simon a payés pour le descendre, se rend à La Havane, dans le but de découvrir le fin mot de l’histoire.

Les personnages:

  • Marthe: mère de Conrad, fondatrice d’une ONG, veuve de ministre; femme au caractère bien trempé.
  • Joren Aelters: analyste financier international; père de Conrad; second mari de Marthe.
  • Conrad: fils de Joren et Marthe; âgé de 19ans.
  • Lazario Nuria: ancien boxeur professionnel, réfugié politique en France; ami de Conrad; demi-frère de Miguel Nuria.
  • Héloïse Jarousseau: fille de Marthe et du ministre Jarousseau, demi-soeur de Conrad; attachée parlementaire; à l’aise financièrement; caractère austère, peu avenant; jouit de solides soutiens politiques.
  • Miguel Nuria: demi-frère de Lazario, père de Dahlia; fils d’une Cubaine et d’un Russe; ancien responsable régional de la Douane générale.
  • Peter Horak: compagnon d’Héloïse; fils d’immigré tchécoslovaque, diplômé de Normale Sup.
  • Manuela Kurskova: maîtresse de Joren; esprit frondeur, têtue, intelligente.
  • Christian Meyer: responsable de l’Office Central de Lutte contre le crime Organisé.

Les lieux:

L’essentiel de l’intrigue se déroule à Cuba après Castro dont l’auteur restitue fidèlement l’ambiance. Celle d’une cité à la dérive, cherchant à aller de l’avant tout en pansant ses plaies. Loin des clichés destinés aux touristes, riches de préférence. Le tout dans un style toujours aussi bouillonnant. « Ils remontèrent l’avenue Paseo Marti, bordée d’immeubles aux couleurs pastel. En traversant une ruelle grouillante, ils croisèrent une grosse Noire, attifée d’un short jaune fluo et d’un haut rouge, qui frappait son mari à coups de parapluie…Sam avait le cerveau embrumé par l’alcool. Les odeurs d’égouts, les ordures obstruant les caniveaux, l’air imprégné d’humidité n’arrangeaient rien…Le long de cette promenade qui menait jusqu’au port, une faune disparate déambulait: femmes à peine vêtues, travestis en talons aiguilles, mendiants, vendeurs à la sauvette. » (Page 62)

En conclusion:

Ce que j’apprécie avec les romans de Carl Pineau est que, bien qu’il nous plonge dans un univers brutal où règnent le mépris de la vie humaine et le profit à tout prix, jamais il ne sombre dans la vulgarité, ni la violence gratuite. Pour quelques Millions offre un récit vivant, au rythme soutenu, affermi par de nombreux dialogues et des scènes d’action vibrantes de réalisme: « Les consommateurs se turent soudainement. Conrad sentit les regards dans son dos. Pendant quelques secondes, il n’y eut aucun mouvement, le serveur gardait ses yeux braqués sur son vis-à-vis, attendant une explication. Le jeune homme resta coi, immobile. Deux types s’étaient levés et se dirigeaient vers la porte en verre. Pendant un millième de seconde, Conrad regretta d’avoir laissé son arme dans la boîte à gants puis il songea que c’était sans doute mieux ainsi. » (Page 131). 

Je vous avais prédit, après la lecture de la Trilogie Nantaise, que Carl Pineau s’imposerait parmi les grands noms du polar à la française. Avec Pour Quelques Millions, c’est chose faite!!

Citations:

« Meyer réalisa pourquoi l’autre l’avait contacté. Donnant donnant, je te fournis des tuyaux mais tu me renvoies l’ascenseur par un coup de pouce professionnel. Il avait l’habitude de ce genre d’appels du pied. Depuis qu’il avait été nommé à la tête de l’OCLCO, il se découvrait des tas d’amis, et c’était d’ailleurs la raison pour laquelle il ne participait plus aux rencontres entre anciens: trop d’encartés politiques prêts à tout pour gravir les échelons, trop d’hypocrisie derrière les plaisanteries courtisanes. » (Page 120).

« Depuis la divulgation par Le Monde des cent quarante personnalités possédant des comptes offshore, le Panama Papers est devenu un scandale politique. Le président s’est cru obligé d’intervenir pour rassurer le bon peuple sur sa volonté que les enquêtes des services fiscaux donnent lieu à des procédures judiciaires. La vérité c’est que toute la classe politique pète de trouille…Alors une ou deux saisies de sociétés merdiques tomberaient à nommé et démontreraient notre efficacité dans la lutte contre les paradis fiscaux. » (Page 153).

« Pour ma démission, sourit-elle, n’aie aucun remords. De toute façon, c’était ma dernière affaire. Je suis fatiguée de m’impliquer pour faire tomber ses sous-fifres qui s’en tirent avec des peines minimales. Pendant ce temps, les gros poissons qui brassent des millions passent à travers les mailles. Je voulais surtout combattre le fléau du trafic des femmes…Or depuis des années qu’on lutte face à des réseaux du crime organisé, les filles débarquent de plus en plus nombreuses sur les trottoirs de Paris…Torturées, violées, droguées jusqu’à l’overdose, nos élites s’en foutent, ils remuent leurs petits bras dans l’air devant les caméras, mais en réalité, ils disent amen au système parce qu’ils jouissent de ses avantages. Ils se vautrent impunément dans la fange comme les porcs qu’ils sont. » (Page 253).

 

Un commentaire sur « Passion polar français: Pour Quelques Millions, Carl Pineau. »

  1. « Depuis la divulgation par Le Monde
    des cent quarante personnalités possédant
    des comptes offshore, le Panama papers
    est devenu un scandale politique. Le Président
    s’est cru obligé d’intervenir pour rassurer le bon peuple
    sur sa volonté que les enquêtes des services fiscaux
    donnent lieu à des procédures judiciaires. La vérité,
    c’est que toute la classe politique pète de trouille ».

    « J’ai entendu parler de soupçons de
    rétro-commissions… De ce que je sais,
    le volet judiciaire n’est toujours pas terminé.
    On dirait que personne n’est pressé de faire
    la lumière sur cette éventuelle corruption
    au cœur de l’irréprochable République… ».

    « C’est le monde tel qu’il tourne. Les gens sont avides
    d’évènements catastrophiques immédiats, ensuite il faut
    entretenir la machine par de nouveaux drames,
    leur maintenir la tête sous une tourmente médiatique.
    Les étourdire d’infos jusqu’à les priver de discernement ».

    Quand s’annonce le temps des élections pestilentielles, le marigot où croupissent les requins aux intérêts bien compris, les élites qui s’ébattent sous les ors de la République s’agitent: il s’agit de ne pas effaroucher le bon citoyen-électeur. Le Président, à qui on ne demandait rien, a même poussé la chansonnette. Comment, dans ces conditions, différencier les alligators des crocodiles quand c’est caïmans pareil ?

    Pactole: 40 milliards de dollars. Une paille ! Les broutilles, c’est pourboire au petit personnel !

    Un suicide pour commencer. Suicide, mais pas que… Un chèque qui relance la conversation, une hypothèse en amenant une autre… Le récit tourne vite à la litanie macabre. Les cadavres se ramassent à la pelle et les mouches festoient à Paris comme à Cuba. Les intérêts et les dividendes se conjuguent à l’urgence de l’indicatif tant il y a de monde sur l’affaire. Et des ombres. Beaucoup. Des trucs que tu lis dans Médiapart et que t’oses pas y croire. Pas chez nous, ma bonne dame ! Et pourtant…

    Madame est morte. Sa fille, le roi et le petit prince s’en vont chercher leurs vérités dans un panier de crabes. Où l’on manie le cran d’arrêt, la pendaison, les arts martiaux, le flingue, le tourne-vice et la machette à l’envi. Il n’y a qu’à choisir le modus operandi.

    Délaissant le pavé nantais pour le fil de l’actualité, Carl Pineau vous offre un voyage dans un monde tellement effarant que l’on est tenté de ne pas lui prêter crédit. Ben, tiens ! Si j’avais pas su, j’aurais pas cru. Et quand on est pas cru, on est cuit ! (Pierre Dac).

    Pour quelques millions ! – Carl Pineau – Il n’y a pas de rhum sans alcool – (Éditions Lajouanie – 337 pages – 18 €).

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