Publié dans éditions Albin Michel, cadavre, crime, crise économique, enquête criminelle, Passion polar

Passion polar: Au cinquième étage de la faculté de droit, Christos Markogiannakis.

Quand un criminologue écrit un polar…Je vous laisse découvrir le résultat, mais, à coup, sûr, vous serez séduits…

L’auteur:

téléchargementChristos Markogiannakis, né en 1980 à Héraklion en Crète, est un auteur et romancier grec. Il a étudié le droit et la criminologie à Athènes et à Paris et a travaillé pendant plusieurs années comme avocat pénaliste.

Auteur de romans policiers mêlant l’art et le crime, qu’il appelle ses « Criminarts », Christos Markogiannakis réside actuellement à Paris où il effectue un travail de recherche sur la représentation du meurtre dans l’art. Il est l’auteur de deux essais qui analysent la représentation du crime dans les tableaux, Scènes de crime au Louvre et Scènes de crime à Orsay.

Le roman:

Au Cinquième étage de la Faculté de Droit, paru en Grèce en 2014, a été publié par les éditions Albin Michel en 2018. Le style fluide est neutre, tel un compte-rendu journalistique, afin de laisser place aux éléments de l’enquête, sans s’encombrer de détails inutiles: « A peine arrivé dans son bureau, il avait étalé devant lui tous les clichés, ceux qui avaient été pris par la police scientifique sur le lieu de crime et ceux du médecin légiste. Cette mosaïque macabre occupait les trois quarts de la table. La surface restante disparaissait sous le rapport d’autopsie et l’analyse de la scène de crime. » (Page 135). L’histoire est racontée à la 3e personne, au passé.

Construction: chaque début de chapitre précise la date, l’heure et le lieu, comme dans un rapport d’enquête.

L’intrigue:

14 février au matin. Dans les couloirs de la faculté de droit, section de criminologie, au 5e étage, découverte de deux corps: Irini Siomou, maître de conférences, et le doctorant Anghelos Kondylis: tous les deux ont été abattus par balle la veille au soir, aux environs de vingt-trois heures. Chargé d’enquêter sur ce double meurtre fort mystérieux, le jeune diplômé Christophoros Markou entre de plain-pied dans l’univers secret de l’Université. Qui a tué et pourquoi?

Qu’a-t-il bien pu se passer? Que faisaient les deux victimes à une heure aussi tardive dans les locaux de la faculté de droit? Comment expliquer que des coups de feu aient été tirés sans que le gardien n’entende quoi que ce soit? Et comment expliquer le choix des victimes? Avaient-elles une chose en commun qui le justifie ou était-ce juste du hasard?

Qui avait un mobile pour assassiner Siomou qui ne s’entendait avec personne et faisant régner une ambiance pesante dans le département? A peu près n’importe quel collègue ou étudiant, vu que tout le monde ou presque possède une clef du bâtiment…

Pourquoi Kondylis, qui rentrait de son séjour à Paris, est-il venu directement de l’aéroport alors que son rendez-vous avec le docteur Daniéli, sa directrice de thèse, avait été annulé? Et où est passée la sacoche en cuir qu’il avait avec lui en arrivant? Et celle de Sioman dont elle ne se séparait jamais?

Autant de questions auxquelles le jeune inspecteur devra trouver de réponses s’il veut faire la lumière sur ces crimes qui endeuillent la faculté. Entre ambitions professionnelles, compromissions, lâchetés et vanités, il aura fort à faire, d’autant que mobiles et suspects se bousculent…

Les personnages:

  • Christophoros Markou: second de la Direction de la Police de la région de l’Attique, diplômé en criminologie; policier expérimenté, compétent, s’investissant sans réserves sur les dossiers dont il est chargé.
  • Irini Siomou: maître de conférences; femme austère, sévère et rigide, souvent blessantes avec les étudiants et peu appréciées de ses collègues.
  • Anghelos Kondylis:  né avec une cuillère en argent dans la bouche, toujours habillé à la dernière mode, éternel étudiant; jeune homme charmant, cultivé, qui s’entend bien avec tout le monde, sans cesse entouré d’une cour d’admirateurs.
  • Olympia Danéli: professeur à la tête du département de criminologie et directrice de thèse d’Anghelos.
  • Ioannis Vellis: ancien directeur du département et ancien directeur de recherches de Danéli, professeur émérite; apparence placide en toutes circonstances; homme doux et calme.
  • Nikolaos Mavridis: ami personnel de Kondylis; maître de conférences, enseigne la méthodologie de la recherche en criminalité; homme ouvert et heureux de vivre.
  • Légros: professeur qui assure le cours sur le crime organisé; le seul qui s’entendait bien avec Siomou.
  • Nikoleta Strobakou: secrétaire du département; gère toute la gestion et l’administration; est donc au courant de pas mal de choses…
  • Véra Konsta: ancienne étudiante en sociologie, a suivi le même master qu’Anghelos et que le capitaine Markou qu’elle aide officieusement.

Les lieux: 

La particularité de ce roman est qu’il se déroule à huis-clos, dans les locaux da l’université d’Athènes, au cinquième étage précisément. De ce fait, les seules descriptions détaillées concernent le lieu du crime et ses environs: « au bout du couloir qui desservait sept bureaux d’enseignants et quatre salles de cours, ainsi que les toilettes de l’étage, près du hall d’entrée. » (Pages 17-18) =>Plutôt curieux comme endroit pour abattre deux personnes. Si ce n’était l’heure tardive, n’importe qui aurait pu déranger le tueur. Extrêmement perturbant…
D’autant que le département jouit d’une reconnaissance et d’une réputation internationales, attirant de nombreux candidats…Mais la face cachée est bien moins reluisante, car le département est un microcosme où se jouent des conflits, des rivalités, des ambitions, des lâchetés aussi, créant une atmosphère délétère peu propice à une ambiance de travail où chacun pourrait se consacrer à ses études et ses recherches en toute sérénité.

En conclusion:

Un polar très intéressant parce qu’il donne de la Grèce d’aujourd’hui un aperçu différent de celui de Petros Markaris dans Pain, éducation, libertéLiquidations à la grecque, ou encore Le Justicier d’Athènes, romans plus ancrés dans les difficultés quotidiennes sur fond de faillite du pays. Au cinquième étage de la faculté de droit est un polar dans la pure tradition du whodunit avec des personnages travaillant dans le même lieu, tous suspects car tous ayant un mobile et l’occasion, si on considère les alibis facilement démontables. 

Le +: particularités de l’enquête menée par Markou qui a fréquenté le département lors de ses études en criminologie, deux ans avant les meurtres. Il connaît la plupart des professeurs et certains étudiants. Déjà, à l’époque, il avait ressenti le malaise qui minait le département, sans se douter que les choses pourraient aller aussi loin: « Le point de départ était toujours le même: la posture scientifique d’Untel contestée par ses collègues ou u désaccord théorique qui débouchait neuf fois sur dix sur des attaques et des jugements personnels, quand cela ne dégénérait pas en violence verbale. Les étudiants, d’abord un peu surpris, puis franchement amusés de voir surgir ces disputes… ne se doutaient pas que ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Ces scènes divertissantes étaient le signe de l’atmosphère délétère qui régnait dans le département et qui, sans que personne puisse le deviner à l’époque, laissait présager l’événement qui l’avait ramené sur les lieux, ce 14 février. » (Page 17).

Citations:

« Même si l’acte est mal réfléchi, même s’il est mal exécuté, il reste toujours la possibilité de crimes impunis ou non élucidés. Le trou noir de la criminalité, vous le connaissez mieux que moi. Et puis, la vie ne ressemble pas aux romans policiers et aux séries télévisées où les méchants sont toujours punis. » (Page 38).

« Pour l’instant, il était bredouille. Aux yeux de son patron, c’était acceptable -même si le ministère attendait des résultats rapides, Markou l’avait senti au son de sa voix. Le boss n’était pas né de la dernière pluie, il savait bien que dans une affaire si complexe, en à peine quarante-huit heures on ne pouvait s’attendre à des miracles. C’était le ministre qui n’avait probablement pas la moindre idée de ce qu’était une enquête policière: tout ce qui l’intéressait, c’était de marquer des points pour sauver sa peau alors qu’un remaniement ministériel était en vue. » (Page 49).

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