Publié dans affaire non résolue, éditions Albin Michel, disparition inexpliquée, fantômes du passé, Passion polar nordique, racisme

Passion polar nordique: Dossier 64, Jussi Adler Olsen.

Une nouvelle enquête du département V mené par Carl Mork sur le thème du racisme. Du grand Adler-Olsen…

L’auteur:

téléchargementCarl Valdemar Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois né à Copenhague en 1950. Il a étudié des domaines aussi variés que la médecine, la sociologie, la politique ou le cinéma. Ancien éditeur de littérature et de comics, il est l’auteur d’une série de romans policiers intitulée « Les Enquêtes du Département V » commencée en 2007 avec Miséricorde..

Le roman:

Dossier 64, Journal 64 dans la version originale parue en 2010, a été publiée par les éditions Albin Michel en 2014, puis par Livre de Poche en 2016. Comme les tomes précédents, Dossier 64 existe également dans une version audio publiée par Audiolib en 2016. Le style de Jussi Adler-Olsen est d’une grande simplicité: l’auteur raconte son histoire sans s’encombrer d’effets de style, un peu comme dans un compte-rendu journalistique.

Le ton est désabusé, empreint de désillusion, d’un certain fatalisme face à la nature humaine mais se distingue des autres auteurs scandinaves par les pointes d’humour désopilant dont il parsème son roman: « Carl fronça les sourcils. Borge Bak? S’il connaissait Borge Bak? Le vice-commissaire du Département A, qui avait demandé une année sabbatique pour ensuite prendre sa retraite anticipée. Ce connard hypocrite? -Nous nous entendions presque aussi bien que toi et moi, pour te donner une idée, lâcha Carl, ironique…Carl tourna la tête vers les arcades d’où Rose arrivait à petits pas, avec à l’épaule un sac à main de la taille d’une valise. C’était quoi son projet? Passer des vacances au bureau? » (Page 20)…

Thèmes: racisme, ségrégation et purification ethnique par l’avortement et la stérilisation abusifs.

Fil rouge: l’épidémie de rhume que Carl cherche à fuir par tous les moyens: « Quelle journée de merde. Lui qui avait espéré passer quelques heures lénifiantes à somnoler en ne pensant à rien, voilà qu’il se retrouvait avec un mètre linéaire de nouvelles affaires à traiter dont deux occupaient déjà passionnément son assistante…Le simple fait que Rose s’y intéresse était déjà de mauvais augure. Ajouté à cela, toutes les sept secondes, de l’autre côté du couloir, Assad évacuant ses miasmes en une série d’éternuements sonores, propulsant des hordes de microbes hors de son placard à balai, contaminant ainsi tout le sous-sol. » (Pages 72-73).

L’intrigue:

Vingt-cinq ans après les événements racontés dans le prologue. La violente agression à l’encontre d’une tenancière d’une agence d’escorts-girls incite Rose, la secrétaire de Carl, à ressortir du tas de dossiers d’affaires non résolues celui d’une curieuse disparition: celle de Rita Nielsen, une prostituée, survenue le 4 septembre 1987, à Copenhague. Du jour au lendemain, sans laisser de traces. A l’époque, l’enquête avait conclu à un suicide. Et l’affaire avait été classée.

Pourtant, à la relecture des détails du dossier, l’hypothèse du suicide est peu probable. Parallèlement à ce nouveau dossier, l’enquête qui a coûté la vie au collègue de Carl, Anker, et où lui-même a bien failli y passer, est toujours en cours. La maison délabrée dans laquelle il s’étaient fait tirer dessus a été démolie, dégageant une caisse en bois contenant des restes humains d’un homme tué au pistolet à clous. De la même façon que les deux types de Soro. Et que les cadavres retrouvés en Hollande.

Tandis que remonte à la surface une histoire surgie du passé: la mort de l’oncle de Carl par noyade en 1978 . Pourquoi son cousin Ronny clame-t-il à qui veut l’entendre que la mort de son père n’était pas accidentelle? Pourquoi prétendait-il en être responsable? Et accusait son cousin Carl d’avoir été son complice? Comme si cela ne suffisait pas, les circonstances floues de l’attaque subie par Anker, Hardy et Carl n’ont jamais été élucidées, mais de graves soupçons pèsent sur la complicité d’Anker…Question qui restera à jamais sans réponse, Anker ayant été tué lors de l’attaque.

Les ennuis semblent s’accumuler au-dessus de la tête de Carl: pourquoi les policiers ont trouvé une photo de l’homme, dont les restes ont été découverts sur les lieux même de l’attaque subie par Carl et ses collègues deux ans plus tôt, aux côtés de Carl et Anker? Une intrigue aux dont les fils embrouillés plongent les enquêteurs au coeur d’un sombre épisode de l’histoire du Danemark, où l’influence des extrêmes est plus que jamais d’actualité.

Les personnages:

L’équipe d’enquêteurs:

  • Carl Morck: lieutenant de la police criminelle de Copenhague depuis 10 ans; électron libre, grande gueule, très peu apprécié de ses collègues et de sa hiérarchie: « Il harcèle ses hommes, il fout la merde partout, il ne répond jamais quand on l’appelle, son bureau est un bordel sans nom et, pour couronner le tout, il s’est mis les types du médico-légal à dos. » (Page 16).
  • Rose: assistante de Carl; mauvais caractère, souvent en retard, dégaine de punk.
  • Assad: assistant et homme à tout faire de Carl; originaire de Syrie.
  • Marcus Jacobsen: chef de la criminelle; homme désordonné à la pensée bien structurée; n’oublie jamais le moindre détail.
  • Lars Bjorn: adjoint de Marcus; excellent inspecteur, grande expérience, taux d’élucidation d’affaires élevé.
  • Borge Bak: vice-commissaire du département A en retraite anticipée.
  • Hardy: ex-collègue de Carl, handicapé depuis la fusillade qui a coûté la vie à leur équipier; perspicace, capable de voir les affaires sous un autre angle, vit avec Carl.

Les autres:

  • Curt Wad: fondateur et dirigeant du parti Rene Linier.
  • Karl-Johan Henriksen: successeur de Curt Wad.
  • Beate: épouse de Curt Wad.
  • Nete: laborantine.

En conclusion:

Ce quatrième opus de la série consacrée au département V confirme les qualités des précédents: un humour grinçant, des personnages récurrents qui évoluent de manière intéressante, entre leur mission d’enquêteurs et leur vie privée; le trio formé par Carl, Rose et Assad est particulièrement drôle: Assad, le réfugié politique aussi intelligent que naïf, aux ressources insoupçonnées; Rose, la secrétaire complètement excentrique qui n’hésite pas à tenir tête à son patron, mais très efficace quand elle veut s’en donner la peine; et Carl, le flic désabusé qui a échappé de peu à la mort, qui voudrait juste qu’on lui foute la paix, coincé entre un beau-fils complètement allumé et une ex-femme qui l’est encore plus. Contre toute attente, le trio fonctionne à merveille, apportant la touche de fantaisie nécessaire pour alléger des intrigues souvent très sombres, voire glauques…

…Mais aussi un style comparable à nul autre; des intrigues bien construites bien que parfois un peu complexes; le fait que la spécialité du département V soit les cold case permet à l’auteur d’aborder des épisodes de l’histoire du Danemark à l’encontre de l’image sans aspérité qu’on lui prête bien souvent à tort. Un roman captivant où l’on ne s’ennuie pas une minute malgré les 665 pages de la version poche.

Citations:

« Hum…L’instinct du policier venait de se réveiller en Carl, et cela l’agaça. Rose avait réussi à susciter son intérêt. Les questions montaient en lui comme des bulles à la surface d’un verre d’eau gazeuse, à la queue leu leu. » (Page 37).

« Au fil des années quatre-vingt, Curt Wad avait vu avec satisfaction la droite progresser dans le pays et, en cette fin du mois d’août 1987, presque tous les medias prédisaient une victoire des conservateurs aux élections. C’était une époque formidable pour Curt Wad et pour ceux qui pensaient comme lui. Le parti d’extrême droite Opsvingspartiet pestait contre l’immigration, et de plus en plus de groupements chrétiens et d’associations à l’échelle nationale se rassemblaient autour des orateurs populistes rompus à l’art de stigmatiser la moralité moribonde et la décadence de la société, sans peur de bafouer allègrement le respect des droits de l’homme. » (Page 159).

« Des yeux froids la jaugeaient. « Il faut que tu apprennes une chose, Nete. Vous n’êtes pas ici pour qu’on vous accorde des privilèges, ni qu’on vous rende la vie plus facile. Vous êtes ici pour apprendre que même lorsqu’on est mauvaises et stupides comme vous l’êtes, on peut tirer des satisfactions de l’existence en accomplissant les tâches qu’on aime le moins. Vous êtes ici pour apprend à vous comporter comme des êtres humains et pas comme des animaux, ainsi que vous l’avez fait jusqu’à présent. » (Page 420).

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