Publié dans affaire non résolue, éditions Hugo Thriller, enquête criminelle, maltraitance, manipulation psychologique, Passion polar français

Passion polar français: Le Dernier Procès de Victor Melki.

« Nous œuvrons pour le présent, éventuellement le futur, mais on ne peut pas réparer le passé. »

L’auteur:

Sandrine Destombes est née à Paris en 1971. Elle a toujours vécu et travaillé dans la capitale. Elle a étudié le droit quelques mois, puis a fait des études à l’école pour les Métiers du Cinéma et de la Télévision. Ainsi, depuis 25 ans, elle travaille dans la production d’événements.

Le roman:

Le Dernier procès de Victor Melki a été publié en octobre 2021 par les éditions Hugo thriller. Le style est fluide et énergique, agréable à lire, vocabulaire neutre, constructions de phrases simples mais efficaces: « L’homme était manifestement tombé dans le lac, et sans une intervention extérieure, une bonne âme pour le réchauffer, il allait attraper la mort. Pourtant, personne ne s’approcha pour lui tendre la main. Les réactions furent même à l’opposé. Laissant parler leur instinct, plusieurs mères se précipitèrent vers leurs enfants pour les éloigner ce cet individu pour le moins étrange. » (Page 40).

Construction: les chapitres au présent racontent l’enquête menée par le commissaire Tellier. Les passages en italique racontent des événements survenus dans un passé proche: une femme qui décède dans les locaux de la mairie d’Apt; un homme qui s’immole par le feu dans un square situé à Strasbourg; etc…L’auteur sème ainsi les cailloux blancs que nous, Petit Poucet livrés à notre instinct d’enquêteur, suivons afin de tenter de reconstituer le tableau final.

Thème: réponses que l’on peut apporter aux carences et failles du système judiciaire lorsqu’un coupable n’est pas puni: « Le jour du verdict, une femme l’avait approché à la sortie du tribunal. Elle lui avait glissé à l’oreille que s’il ne se faisait pas  à l’idée de laisser un fou dangereux en liberté, des gens très sérieux pouvaient l’aider. Le médecin n’avait pas prêté attention à ces propos sur l’instant, mais ils s’étaient insinués en lui. Trois ans plus tard, alors que Victor avait été déclaré apte à réintégrer la société, avec comme seule condition le fait d’être suivi, la colère du médecin n’était pas retombée. Il avait ressorti la carte de visite qu’il avait précieusement gardée. » (Page 364) =>Thème notamment abordé dans le brillant roman de Tony Parsons Le Club des Pendus

L’intrigue:

Fin du printemps. Quatre mois que Max s’est mise en disponibilité. Qu’elle tourne en rond comme un fauve en cage. Un soir, en rentrant chez elle, elle trouve un message glissé sous sa porte: un faire-part de décès lui annonçant le lieu et la date de la cérémonie célébrée en hommage à Christian Mallard. Bien que passablement soule, Max était certaine au moins d’une chose: elle ne connaissait cet individu ni d’Eve, ni d’Adam!!  Son nom figurant sur l’enveloppe attestait qu’il ne pouvait s’agir d’une erreur. Alors qui le lui avait envoyé?

Autant aller sur place, à l’église Saint-Louis de Grenoble, voir de quoi il retourne plutôt que de rester à se morfondre seule chez elle. Arrivée sur place, sa curiosité se mue en incompréhension totale lorsqu’elle lit le message sur la couronne mortuaire: « L’ordalie a parlé, Christian a échoué. Max Tellier ». Ou je deviens folle. Ou quelqu’un me fait une mauvaise plaisanterie, pense Max. Quoiqu’il en soit, elle ne l’apprécie que modérément…

Après quelques recherches, Max constate que l’acte de décès est un faux. Dans quel but? Et pourquoi l’impliquer dans cette histoire? Question cruciale à laquelle il était urgent de répondre. Mais consciente qu’elle ne peut mener ses investigations sans le soutien logistique de la police, elle fait appel à Antoine Brémont, ravi de l’aider.

Cette affaire aurait-elle un lien avec un meurtre perpétré cinq ans plus tôt par Simon Péroski, conseiller municipal ayant contresigné la fausse déclaration de décès? L’homme, n’ayant écopé que de trois ans d’hôpital psychiatrique pour BDA, bouffée délirante aigüe, reste introuvable. Peu à peu, Max et Antoine remontent la piste d’une organisation décidée à combler les failles du système judiciaire et punir les coupables de peines exemplaires.

Les personnages:

  • Maxime Tellier: commissaire à la Crim; n’aime ni les mondanités, ni les effusions superflues; ne supporte pas le froid; mauvais caractère mais grand cœur.
  • Favre: commissaire divisionnaire, chef de Max.
  • Jeanne: enquêtrice de l’équipe de Max; délurée, excentrique;
  • Thomas: enquêteur de l’équipe de Max; côté gendre idéal, sourire charmeur; connaissance approfondie des nouvelles technologies, esprit matheux.
  • Paul: enquêteur de l’équipe de Max; patience exemplaire, gentillesse désarmante; possède le don rare de se faire apprécier dès la première minute.
  • José Moreno: plus ancien membre de son équipe.
  • Enzo Bertolone: ancien instructeur et mentor de Max; retraité en Italie.
  • Antoine Brémont: capitaine de gendarmerie au DSC, Département des Sciences du Comportement, avec qui Max collabore; peut se montrer didactique et encourageant…ou tyrannique.
  • Lieutenant N’Guyen: équipier de Brémont.
  • Charles Beauvois: ancien instructeur du capitaine Brémont, retraité du contre-espionnage; participe à l’enquête.

L’atmosphère:

Jeu de piste macabre: les SMS reçus par Max, la filature invisible dont elle est l’objet, le fait d’être manipulée comme une vulgaire marionnette par un ou des meurtriers qui l’emmènent où ils veulent, les cadavres qu’elle trouve sur sa route, son implication dans ce jeu de piste macabre auquel dont elle ne connaît pas la raison, tout concourt à créer une ambiance pesante. Le sentiment d’angoisse va crescendo: « Elle se frotta le visage et regarda sa montre. Vingt-deux heures trente. Elle avait dormi deux heures d’affilée. Elle regroupa ses affaires et les jeta en vrac dans son sac à main. Par réflexe, elle consulta son téléphone et vit le message en attente…Elle crut un instant à une mauvaise blague et se retourna plusieurs fois avant d’admettre qu’il ne restait plus qu’elle dans le wagon. Prise de vertige, elle se rassit un instant et relut plus calmement les instructions de son messager anonyme:

« Vous faites bien de dormir

Prenez des forces

Ce n’est que le commencement. »

En conclusion:

Un quatrième volet des enquêtes de Max Tellier de grande qualité, dont l’originalité est que Max, en disponibilité, ne dispose pas de son équipe habituelle. Elle la joue solo, ne pouvant compter que sur l’aide officieuse du capitaine Brémont. Elle va devoir montrer ce qu’elle a réellement dans le ventre. Aller au bout de cette folie au risque d’en sortir encore plus perturbée qu’au début de l’enquête. Mais le commissaire Tellier est une femme courageuse, tenace, qui dispose de bien plus de ressources qu’elle ne le pense.

Un polar intelligent qui tient la route. Des personnages intéressants. Un thème qui pose question et nous confronte à notre conscience. Tout ce qu’il faut pour passer un moment de lecture captivant et addictif. Nous n’avons qu’une hâte: que le commissaire Tellier réintègre au plus vite son équipe et nous entraîne dans une nouvelle affaire. Pour notre plus grand plaisir.

Citations:

« Max avait compris en travaillant à ses côtés que profileur n’était pas un métier à proprement parler. C’était avant tout un état d’esprit. Une capacité à s’extraire des normes de la pensée. Le capitaine Antoine Brémont était en mesure, le temps d’une enquête, d’oublier les remparts de la société, ses codes de conduite et sa morale. Il éludait toute notion de bien ou de mal pour se substituer aux âmes déviantes qu’il devait appréhender. L’empathie du capitaine allait bien au-delà de ce que le commun des mortels pouvait endurer. Max y voyait une force qu’elle était loin de maîtriser. » (Pages 44-45).

« Mais tout porte à croire que l’homme que nous devons sauver n’est pas seulement une victime. Il est également un criminel. Un criminel que notre système judiciaire a décidé de laisser en liberté. Alors, ma question est simple, Max. Est-ce que ce point est un problème pour vous? » (Page 173).

4 commentaires sur « Passion polar français: Le Dernier Procès de Victor Melki. »

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