Publié dans angoisse, éditions De Borée, crime, disparition d'un enfant, malédiction, mystère, Passion thriller français, psychologie des personnages

Passion thriller français: L’étrange locataire de Madame Eliot, Sylvie Baron.

Premier roman de Sylvie Baron, avant qu’elle ne s’installe en Auvergne: le style qui fait sa réputation déjà bien en place…Une très agréable (re)découverte…

L’auteur:

téléchargement (1)Sylvie Baron est romancière, mais également professeur d’économie et gestion, passionnée de littérature, amoureuse des jardins à l’anglaise, de la nature et des grands espaces. C’est pourquoi, elle a choisi de s’installer en  Haute Auvergne  pour poursuivre son travail d’écriture.

Admiratrice des « grandes dames du crime » comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou Patricia Mac Donald, elle a à cœur de retracer cette atmosphère si particulière des romans dits à énigme avec des personnages forts et  attachants et des intrigues diaboliques.

Ses histoires, au nombre de treize, proposent des fictions ancrées dans le présent et s’inscrivent pour la plupart dans ce territoire si fort du Cantal. Règle à laquelle Sylvie déroge dans ce roman dont l’action se situe dans l’Oise, à proximité de Chantilly.

Le roman:

L’étrange locataire de Madame Eliot a été publié par les éditions du Bord du Lot en 2009 sous le titre Le Locataire, puis réimprimé en 2012 sous son titre actuel, puistéléchargement (1) publié en 2022 par les éditions De Borée en version poche. Le style est vif, piquant, direct avec ses mots qui s’enchaînent avec bonheur, sans entraves:  » Plongée dans ses profondes réflexions sur la qualité humaine, elle ne vit pas tout de suite l’inconnu qui s’engageait sur le sentier menant à leur propriété. Quand elle l’entendit, il était trop tard pour s’enfuir sans qu’il la voie et son orgueil étant plus grand que sa timidité, elle resta sur son perchoir: « Pas question d’avoir l’air d’une peureuse! » (Page 15).

D’emblée, le lecteur est séduit par le ton un tantinet bravache, revigorant, avec un soupçon d’impertinence et un zeste de fantaisie:  » Elle aimait bien ses lunettes cerclées d’or, comme celles de Lydia à l’école, cela faisait chic! Ses yeux verts ressemblaient à ceux du chevalier Galaad et c’était plutôt bon signe. Mais un chevalier se devait d’être glabre, or celui-ci avait une superbe moustache blond-roux, aux poils aussi raides que ceux du chien Skepsy. La comparaison lui parut amusante, finalement il tenait plus du chien que du chevalier! » (Page 16).

Construction: des chapitres courts assurent le rythme soutenu maintenant le lecteur en alerte constante; les passages en italique révèlent les motivations du tueur, laissant des indices si infimes qu’il est impossible de l’identifier avec certitude, ce qui fait tout le sel du roman, mais également son intention de commettre un nouveau meurtre, histoire de faire monter la pression.

Thème: sauvegarde du patrimoine et d’une qualité de vie proche de la nature que seule une existence loin des villes modernes peut offrir; dans le roman, dénoncer un projet autoroutier motivé non par le bien-être des populations mais par de vulgaires préoccupations économiques, quitte à détruire un environnement rural.

Fil rouge: passionnée par les histoires des Chevaliers de la Table Ronde, les constantes références de Catherine, allant jusqu’à trouver des équivalents dans son quotidien (personnages, coutumes médiévales).

L’intrigue:

Suite au décès de son mari et de leur fils deux ans plus tôt dans un accident de voiture, Maud Eliot doit prendre une décision drastique si elle veut garder leur maison qui lui coûte trop cher. La solution serait de vendre mais elle ne peut s’y résoudre. Ce serait lui arracher le cœur. La solution: prendre un locataire.

C’est alors que se présente Bernard Lancieux, un historien à la recherche d’un logis provisoire afin de mener à bien ses recherches sur le Grand Condé. Le jour de l’enterrement de madame Cédille, une charmante vieille dame avec qui Maud s’entendait très bien. Morte dans des conditions curieuses, il faut bien se l’avouer: elle qui avait le vertige, pourquoi s’était-elle penchée à la fenêtre du deuxième étage pour arracher la vigne vierge?

Pour quelle raison Maud, sans vraiment se l’avouer, se sent-elle mal à l’aise en présence de l’historien? Quelques jours plus tard, elle découvre le corps sans vie de sa femme de ménage, madame Frémi, dans sa chaufferie. Rupture brutale des vertèbres cervicales à la suite d’un choc violent. Bien que certains détails ne collent pas, le médecin conclue à un accident, comme pour madame Cédille.

Tandis que le village déplore la disparition du petit Mathieu, garçon turbulent de dix ans, Bernard parvient à convaincre Maud de se lancer dans la bataille contre le projet autoroutier. Ensemble, ils reprennent chaque pièce du dossier afin d’en découvrir les failles. Mais la jeune femme ne peut s’empêcher de se sentir troublé et inquiète. Morts violentes soi-disant accidentelles, disparition mystérieuse, l’étau semble se resserrer autour d’elle. La peur ne tarde pas à s’abattre sur le village comme un nuage maléfique.

Les personnages:

Des personnages attachants et bien campés que l’on peut classer en deux catégories: les cerises et les soupes…

  • Maud Eliot: bibliothécaire, veuve; s’intéresse à l’histoire locale; personnalité enthousiaste et généreuse, loyale, impulsive et franche, , bien que parfois renfrognée et méfiante à l’excès.
  • Catherine: fille de Maud âgée de dix ans; nature fantasque, imagination fertile, adore se raconter des histoires; enfant intelligente et attentive, mais qui pouvait se montrer sauvage et arrogante.
  • Bernard Lancieux: historien; locataire de Maud; homme attentionné, sympathique, qui sait écouter; n’aime ni la ville, ni les hôtels; rigueur intellectuelle et sens de la précision, sait manier les chiffres avec dextérité.
  • Madame Frémi: femme de ménage de Maud; veuve depuis dix ans; femme aussi vive de langue que de geste malgré sa corpulence; curieuse, certes, mais dévouée.
  • Père de Maud: tolérant, tenace, un grand sens de l’humour; sait respecter la vie privée de sa fille tout en étant présent.
  • Fred: propriétaire du café: baba cool passionné de pêche, un beau parleur qui a des idées sur tout; mais sa gouaille dissimule un coeur d’or et une nature très pudique.
  • Alain Tellier: notaire; homme charmant, bien que suffisant et maniéré; amoureux de Maud.
  • Père Cugi: curé de la paroisse; homme érudit et sensible, certainement pas fait pour le monde moderne.

Les décors:

L’action se situe dans un village anonyme de l’Oise, non loin de Chantilly. Les seules indications précisent qu’il s’agit d’une paroisse rurale, « perdue comme un îlot anachronique parmi la mer de modernité de la région parisienne ». Des descriptions soignées, bien intégrées dans l’intrigue.

Les Chênes: nom de la maison de Maud, « qui avait un air à la fois sévère et baroque, avec ses murs anciens, son fronton de pierres de taille, ses grandes baies ouvertes sur le sud, sa véranda en demi-cercle et sa tourelle jolie mais un brin prétentieuse…perdue dans son écrin de verdure, loin de toute civilisation. » =>Raisons pour lesquelles Maud et son mari l’avaient tout de suite aimée…

La cuisine des Chênes: grande pièce chaleureuse et accueillante, carrelée de tommettes rouges, « dans laquelle ronflait un magnifique poêle de faïence digne de nos grands-mères. » Tout à fait à l’image de sa propriétaire.

La tourelle de la maison, logement de Bernard: extension rajoutée à la construction originelle trente ans plus tard, complètement indépendante du reste de la maison. Comporte au rez-de-chaussée « un vaste salon agrémenté d’une vaste cheminée », à l’étage une chambre et une salle de bains. Une décoration simple mais de bon goût, et fort bien exposé.

En conclusion:

Premier roman de l’auteur, L’étrange locataire de madame Eliot pose d’emblée le style et les thèmes qui caractériseront ses romans tout au long de sa déjà fructueuse bibliographie: des personnages souvent hauts en couleur, attachants et sympathiques, d’autres louches et antipathiques; des intrigues habilement ficelées autour de thèmes forts, toujours en lien avec la préservation du patrimoine, de l’environnement, d’un mode de vie proche de la nature, de valeurs telle que l’authenticité, la probité, la solidarité, l’amour…

Sylvie Baron a cela pour elle qu’elle n’est jamais dans le jugement tranché, que ce soit pour ou contre. Dans ses romans, elle donne toujours la parole aux deux parties opposées. Au lecteur de faire la part des choses…Et de découvrir le ou les coupables; car n’oublions pas que Sylvie excelle à concocter des intrigues et des mystères criminelles originales, car toujours menées par des détectives amateurs, souvent contre leur gré, pris dans les événements qui troublent leur quotidien.

Citations:

« Elle aperçut sur un noisetier proche une mésange à tête noire et un petit verdier qui se disputaient les premiers chatons de saule. Les précoces perce-neige pointaient le bout de leur nez dans le massif, et les boutons de camélia commençaient à s’entrouvrir. La nature avait toujours eu le don de l’apaiser. Devant ce spectacle éternel et changeant, elle trouvait sa force et son équilibre. » (Page 28).

« Pétrifiée, tétanisée, puis réalisant sans y croire toute l’horreur de la situation. Maud se mit à hurler d’effroi et à éclater en sanglots. Sans être capable de raisonner, elle courut vers la porte et trébucha à nouveau sur la chose. Elle crut alors mourir de peur et de répulsion, ses cris redoublèrent de vigueur et d’intensité, ils n’avaient plus rien d’humain. Ses mains tremblantes s’agripèrent sans efficacité à la poignée. « (Page 47).

« Cela l’ennuyait, car plus que la mort elle-même, c’est son approche qui était voluptueuse. Voir l’incrédulité s’inscrire sur tous ces visages, puis le saisissement, la peur, la terreur, la souffrance et le vide…Une jouissance terrible s’emparait alors de lui, car il détenait ce pouvoir sans pareil de défaire la vie. La mort était l’acte ultime, une rédemption nécessaires pour ces êtres falots et dépravés qui ne méritaient pas leur place en ce monde. » (Pages 113-114).

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2 commentaires sur « Passion thriller français: L’étrange locataire de Madame Eliot, Sylvie Baron. »

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